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Friday, July 23, 2021

Que cherche la Russie en Afrique ?

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  Que cherche la Russie en Afrique ?
Vladmir Poutine et Faustin Touadéra

C’est à une percée spectaculaire de la Russie que les Africains assistent depuis quelques années. Après avoir réussi à arracher la Centrafrique à la France, Vladimir Poutine lorgne désormais le Mali.

La Russie reprend pied en Afrique, après une longue éclipse depuis l’effondrement de l’URSS. Indiscutablement, le continent noir est dans son viseur. En République centrafricaine, la percée a été spectaculaire. Aujourd’hui, les Russes veulent profiter de la dissolution de la force Barkhane au Sahel pour étendre un peu plus leur influence en Afrique. Cela, au détriment de la France. En effet, la décision d’Emmanuel Macron, le 10 juin 2021, de dissoudre la force Barkhane au Sahel ouvre un nouveau front russe.

Ne nous méprenons pas. L’amour retrouvé de la Russie pour l’Afrique n’est pas gratuit. Le président russe, Valdirmir Poutine, se met plein les poches. Les yeux russes sur le continent noir rapportent très gros, notamment en ventes d’armes. En avril 2020 déjà, le vendeur d’armes russe Rosoboron export annonçait son premier contrat pour approvisionner des bateaux d’assaut dans un pays en Afrique subsaharienne. Le nom du destinataire a été dissimulé. Cela marquait le premier contrat d’exportation de produits navals finaux de fabrication russe vers cette région depuis les vingt dernières années. Si cette information est passée inaperçue, elle s’ajoute à un schéma : la Russie est en train de construire son chemin pour prendre pied en Afrique et étendre sa carte d’exploitation d’armes sur le continent.

Aujourd’hui, la Russie représente 49 % du total des exportations d’armes vers l’Afrique, selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. L’Algérie reste le plus gros client russe en Afrique depuis plusieurs années. Ce pays est suivi par l’Egypte, le Soudan et l’Angola. Au début des années 2000, 16 pays africains achetaient des armes russes, principalement des avions de chasse et des hélicoptères de combat. Entre 2010 et 2019, ils sont passés à 21.

L’intérêt grandissant de la Russie pour l’Afrique s’explique non seulement pour des raisons économiques mais aussi politiques et stratégiques. La Russie voit en l’Afrique un partenaire clé potentiel dans la vision pour un ordre mondial et multipolaire. Le tout premier sommet Russie-Afrique à Sochi, en 2019, n’était qu’un moyen pour identifier les possibilités russes de coopération sur le continent noir. Et sans surprise, les marchés d’armes ont été au centre de l’attention lors du sommet. Les délégués africains ont été invités à des expositions d’armes russes : du train à réaction subsonique Yakovlev Yak-130, au système de missiles Pantsir et des systèmes de missiles sol-air Tor-M2KM en passant par des armes plus petites, dont un nouveau fusil d’assaut Kalachnikov de la série AK-200. Une exposition qui (dé)montrait que la Russie n’avait pas l’intention d’offrir de nouvelles technologies perturbatrices dans le domaine des armes. Au contraire, la Russie a simplement mis l’accent sur l’amélioration des modèles les plus demandés. Ceux-ci incluaient des avions, des missiles, des tanks, les systèmes de défense aérienne et l’artillerie. Pour la Russie, l’Afrique appartient à un continent instable représentant une menace internationale, à la lumière des activités des groupes terroristes. Une instabilité qui nourrit un sempiternel marché d’armes.
Bref, l’Afrique est le continent où la Russie peut librement pousser ses exportations d’armes.

Une vision géopolitique

Mieux, en comparaison avec d’autres grands acteurs, les accords d’armement avec la Russie n’exigent pas de conditions politiques ou celles relatives aux droits de l’Homme. Dans certains cas, la Russie comble le vide laissé par les fournisseurs européens ou américains.
En dehors de l’armement et de la sécurité, la Russie s’appuie sur trois secteurs économiques qu’elle maîtrise bien : les hydrocarbures, le secteur minier et le nucléaire. Dans le secteur des hydrocarbures, les entreprises russes sont présentes au Maghreb (Rosneft en Egypte, Gazprom en Algérie et en Lybie) comme en Afrique subsaharienne. En effet, Lukoil est la plus active des sociétés russes, étant présente au Ghana, au Cameroun en RD Congo et au Nigeria. Dans le secteur minier et métallurgique, les entreprises russes sont aussi très actives, notamment Rusal dans les bauxites en Guinée, Nordgold dans l’or en Guinée et au Burkina Faso, Vi Holding dans la platine au
Zimbabwe, Alrosa dans les diamants en Angola, Renova dans le manganèse en Afrique du Sud, pour n’en citer que quelquesunes. Le nucléaire est le troisième secteur où la Russie souhaite se développer en Afrique. Rosatom a des partenariats avec d’autres pays africains, tels l’Ethiopie, le Nigeria, la Zambie, le Ghana.
Dans tous ces secteurs, la Russie agit via des entreprises publiques (Gazprom, Rosneft, Rosatom etc.) et des géants privés proches des élites politiques russes (Lukoil, Rusal). Comme on le voit, les motifs économiques du déploiement de ces entreprises en Afrique et les considérations géopolitiques sont étroitement liés. Autre chose, La Russie, qui figure parmi les premiers exportateurs mondiaux de blé et de tournesol, se taille une part de marché de choix auprès des minotiers et huiliers d’Afrique du Nord. L’offensive commerciale russe a également été lancée dans le domaine informatique dans les entreprises étatiques africaines avec MyOffice, notamment au Cameroun, en RD Congo et au Burundi. MyOffice offre une alternative aux Américains (Microsoft), sur le segment des logiciels bureautiques à des prix attractifs. Enfin dans le domaine de la finance, la banque Renaissance Capital occupe une place de choix. À travers cinq bureaux (Lagos, Narobi, Johannesburg, Le Cap, Le Caire), la Russie mène ses affaires sur le continent noir. La récente entrée du Centre Russe pour l’Export au capital de la banque panafricaine Afreximbank se fonde quant à elle sur la volonté de soutenir les entreprises russes sur les marchés africains.
Le bilan sera fait lors du prochain sommet Russie-Afrique de 2022.

Lamine Thiam

Source : DIASPORAS NEWS

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