L’ASVITTO sur la grâce présidentielle: « Au moins 2419 prisonniers doivent être libérés… »

L’ASVITTO sur la grâce présidentielle: « Au moins 2419 prisonniers doivent être libérés... »
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Par Serge Lemask, togo-online.net
Mercredi, 1048 détenus de la prison civile de Lomé ont bénéficié d’une grâce présidentielle. D’après l’ASVITTO, sur la liste des graciés, certains ont déjà purgé leur peine et auraient été libérés depuis longtemps. Tout en demandant au gouvernement de prendre des mesures d’anticipation raisonnables et sans calculs politiciens, l’ASVITTO fait savoir qu’au moins 2419 prisonniers doivent être libérés afin, selon le discours de Faure Gnassingbé , de ralentir, maîtriser et mettre un terme à la transmission de ce fléau dans les 13 prisons du Togo. Lecture!

DÉCLARATION RELATIVE AU DISCOURS DU CHEF DE L’ÉTAT ET AUX TROUBLES AU SEIN DE LA PRISON CIVILE DE LOMÉ

L’ASVITTO RESTE VIVEMENT PRÉOCCUPÉE PAR LES MESURES INSUFFISANTES LIÉES AUX PRISONS ET DEMANDE AU GOUVERNEMENT DES DISPOSITIONS D’ANTICIPATION RAISONNABLES ET SANS CALCULS POLITICIENS

Le 1er avril dernier le Chef de l’Etat s’est adressé à la nation dans un discours relatif à la pandémie du Corona virus (COVID-19). Cette adresse quoique tardive peut soulager l’opinion nationale à croire à une prise de conscience des autorités politiques sur la grave crise sanitaire qui secoue le monde entier en ce moment.

L’ASVITTO vient saluer “l’état d’urgence sanitaire” décrété dans le discours de SEM, Faure Gnassingbé.
Du discours aux réalités, l’ASVITTO constate l’absence de pragmatisme dans certains domaines notamment dans les lieux de privation de liberté. Les prisonniers qui constituent l’une des couches vulnérables au risque très élevé de propagation de cette maladie semblent être négligés au vu des mesures prises par les autorités pour combattre le fléau de l’heure. Ce qui explique d’ailleurs le soulèvement qui a eu lieu au sein de la prison civile de Lomé où les détenus ont exprimé légitimement un sentiment d’hostilité face à ce qu’ils considèrent comme un mépris de leur dignité par les autorités du pays. Aussi selon les sources bien informées, sur la liste des <<1048>> personnes libérées par <<grâce présidentielle>>, il y aurait des personnes qui ont purgé leur peine et auraient été libérées depuis longtemps. Comme éléments de preuve allégués et qui paraissent sérieux, le décret présidentiel N°2020-022/PR portant la liste des personnes bénéficiaires de ladite grâce, le numéro 596 du nom de d’Almeida Michel et le numéro 737 répondant au nom de N’soukpoe Kodjovi auraient été libérés avant le décret parce qu’ils auraient purgé leur peine.
Si cette information est avérée, le chiffre aurait été gonflé, et ceci ne répond pas aux mesures d’anticipation du Chef de l’état qui a déclaré dans son discours : << notre force réside dans l’anticipation et la prise de décisions, de mesures et de dispositions énergiques afin d’endiguer la propagation de la pandémie>>.

Qu’à cela ne tienne, l’état des lieux des prisons fait par le Directeur de l’administration pénitentiaire du Togo, M. Idrissou Akibou et qui est disponible sur le site officiel du gouvernement démontre selon les statistiques le niveau très élevé de la promiscuité occasionnée par la surpopulation carcérale avec son taux officiel de 181%. Ceci étant, sur <<5300>> prisonniers enregistrés pour <<2881>> places, au moins 2419 prisonniers doivent être libérés afin, selon le discours du président, de <<ralentir, maîtriser et mettre un terme à la transmission de ce fléau>> dans les 13 prisons du Togo.

Ceci dit, pour éviter les troubles à l’intérieur des centres de détention et des pertes en vie humaine dans le contexte de la pandémie du Covid-19, à l’instar de l’incident à la prison civile de Lomé le 02 avril 2020: << il est essentiel que les autorités de l’Etat tiennent pleinement compte de tous les droits des personnes privées de liberté et de leurs familles ainsi que du personnel pénitentiaire et de leur santé lorsqu’elles prennent des mesures pour lutter contre la pandémie>> conformément aux Avis du Sous-comité pour la prévention de la torture aux États parties et aux mécanismes nationaux de prévention liés à la pandémie de Corona virus adopté le 25 mars 2020.

Aussi, l’Observatoire International Pénitentiaire (OIP), en s’adressant aux gouvernements a constaté que << chaque prison constitue un foyer épidémiologique en puissance>>, et tout en déclarant une <<urgence sanitaire>> des lieux de privation de liberté, demande l’encellulement individuel comme seule mesure <<à même d’assurer des conditions de confinement acceptables afin de prévenir la propagation de l’épidémie et garantir la dignité des personnes détenues>>, et l’Observatoire déclare que seules les personnes << condamnées dans le cadre d’affaires terroristes ou pour des violences domestiques>> ne peuvent bénéficier des mesures de <<libération anticipée>>.

Vu la priorité de l’heure et au regard de << l’état d’urgence sanitaire >> décrété, l’ASVITTO invite le Chef de l’Etat à se soumettre aux obligations internationales sans aucune forme de calcul politicien dans le respect de sa parole de vouloir rester <<à l’écoute des propositions constructives visant à permettre au Togo de remporter ce combat face au Corona virus>>, car autrement, il sera tenu pour seul responsable de toutes les conséquences malheureuses de cette pandémie dans les prisons puisqu’il serait, selon les indiscrétions, le seul obstacle à la libération par anticipation des détenus conformément aux recommandations internationales.

Enfin l’ASVITTO invite le Chef de l’Etat, à prendre des mesures sérieuses et dignes d’un homme d’Etat pour sauver les vies humaines.

Fait à Lomé, le 03 avril 2020
Pour l’ASVITTO
Le Président
M. ATCHOLI KAO MONZOLOUWÈ

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