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Thursday, December 3, 2020

Alpha Condé, Alassane Ouattara et la soif du 3ème mandat: Des faits qui expliquent le jeu trouble de la CEDEAO dans la crise togolaise

Les unes des journaux

Alpha Condé, Alassane Ouattara et la soif du 3ème mandat: Des faits qui expliquent le jeu trouble de la CEDEAO dans la crise togolaise
Faure Gnassingbé, Alpha Condé et Alassane Ouattara

En 2017, des manifestations populaires réclamant la fin du règne des Gnassingbé ont eu lieu au Togo. Alors qu’ils nourrissaient eux-mêmes l’envie de s’éterniser au pouvoir, Alpha Condé et Alassane Ouattara s’impliquent dans la résolution de la crise et pèsent sur les décisions prises par la CEDEAO. Avec leur soif pour un 3ème mandat aujourd’hui, on peut aisément comprendre les raisons de l’échec de la médiation de la CEDEAO.

En 2017, le vent de la révolution populaire s’est encore levé sur le Togo. A l’initiative du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, toute la population réclame la fin de la dynastie des Gnassingbé. Devant l’ampleur de la contestation, Faure Gnassingbé fait appel à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour tenter une médiation. Une première vague de médiateurs parmi lesquels l’ancienne ministre de la Guinée Aïchatou Mindaoudou et Mohamed Ibn Chambas, Représentant spécial des Nations Unies en Afrique de l’Ouest est récusée par l’opposition togolaise. En cause, la personnalité de ces médiateurs qui ont aidé Faure Gnassingbé à se maintenir au pouvoir en 2005.

Devant ce refus, la CEDEAO nomme le président ghanéen Nana Akufo-Addo à la tête de la médiation. Il est secondé par son homologue guinéen Alpha Condé. Mais en décembre 2018, avec la tenue des élections législatives organisées de façon unilatérale par le RPT/UNIR, les Togolais sont unanimes à conclure à un échec de la médiation de la CEDEAO.

Des chefs d’Etat favorables à la dictature au Togo

Si dans les débats, certains observateurs accusent l’opposition togolaise de n’avoir pas été pragmatique dans sa lutte, ils doivent aussi convenir que l’organisation communautaire qui s’est impliquée dans la résolution de la crise a joué un rôle déterminant, mais assez trouble dans l’enlisement de cette crise.

En 2018, alors qu’il était médiateur dans la crise togolaise, Alpha Condé nourrissait l’envie de se présenter pour un 3ème mandat dans son pays, en violation de la Constitution qui limitait le mandat présidentiel à deux. Il ne pouvait que jouer dans le camp de Faure Gnassingbé qui, lui, se préparait à entamer un 4ème quinquennat à la tête du pays. Ce n’est qu’après l’épisode Togo qu’Alpha Condé que l’on disait démocrate et contre le pouvoir à vie, s’est mis à dérouler son programme dans son pays. Il commence d’abord par faire distiller au sein de l’opinion nationale son envie de rempiler pour un 3ème mandat en modifiant la Constitution. Il entretenait lui-même le suspens autour de la question jusqu’à l’annonce officielle du référendum constitutionnel qui s’est tenu le 22 mars 2020. Avec la nouvelle Constitution, Alpha Condé peut s’offrir son 3ème mandat.

Avec son homologue guinéen, Alassane Ouattara fut un acteur clé des négociations entre le pouvoir et l’opposition togolaise. Il est souvent intervenu et consulté même par les acteurs politiques togolais. Alors qu’il affichait une attitude favorable aux revendications de limitation de mandat présidentiel portées par l’opposition à Faure Gnassingbé, le président ivoirien se voyait bien président de la République pour un 3ème mandat. Même si, malgré le référendum du 30 octobre 2016 qui a vu sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel, il a toujours affirmé ne plus vouloir être président de la République après 2020.

Il vient de surprendre le monde entier en faisant découvrir son vrai visage, celui d’un homme avide de pouvoir. « J’ai décidé de répondre favorablement à l’appel de mes concitoyens me demandant d’être candidat… Je suis donc candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020… Le risque que notre pays recule dans bien des domaines, tout cela m’amène à reconsidérer ma position », a déclaré Alassane Ouattara. Lui qui se disait conscient de son âge avancé et déclamait son envie de passer la main à une jeune génération se voit tout d’un coup rajeuni par le décès de son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly et le seul capable de diriger son pays. D’ailleurs, nombre d’observateurs estiment que la parenthèse Amadou Gon Coulibaly n’était qu’une diversion. Si Alassane Ouattara voulait réellement passer la main, ce ne sont pas les ressources humaines qui manquent au sein de son parti, encore moins dans la Côte d’Ivoire tout entière.

En dehors d’Alassane Ouattara et Alpha Condé, le Nigérian Muhammadu Buhari et le Béninois Patrice Talon préparaient aussi, chacun dans son pays, des coups de forces électoraux. Ils ne pouvaient qu’agir en solidarité avec leur pair togolais.

En réalité, Alpha Condé et Alassane Ouattara qui furent des acteurs de taille de la médiation de la CEDEAO dans la crise togolaise avaient intérêt à faire gagner Faure Gnassingbé, histoire de se donner bonne conscience dans leur soif du pouvoir à vie. S’ils avaient la moindre envie de quitter le pouvoir en cette année 2020, ils auraient volontiers laissé tomber leur filleul togolais. La CEDEAO a échoué à faire respecter ses recommandations par les autorités togolaises parce que ceux qui la constituent nourrissaient les mêmes ambitions que Faure Gnassingbé.

G.A. / ournal Liberté du 10 Août 2020

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