Chronique de Kodjo Epou : Un nouveau front de litige s’ouvre

Par Kodjo Epou, Washington DC, USA
Le gouvernement a mis en route un processus de recensement des Togolais vivant à l’étranger. C’est un passage obligé si on veut, un jour, aboutir au vote de la Diaspora. Tous les pouvoirs africains qui ont pu associer leurs ressortissants de l’extérieur à la vie publique nationale sont passés par cette opération: le comptage, sans tri politicien, de leurs diaspora. L’exemple du Ghana est des plus édifiants et le résultat alléchant, palpable. Il se trouve que le Togo est atypique. Ses autorités veulent-elles réellement faire des expatriés des acteurs à part entière des grandes orientations politiques et économiques? Rien n’est moins sûr. Des faits graves, certains encore frais dans les mémoires, militent pour le doute. Du coup, les esprits se braquent à l’idée d’un Haut Conseil des Togolais de l’Etranger (HCTE). Avec raison. Mais, peut-on dire OUI au vote de la diaspora et NON au recensement? Quelle alternative propose t-on? Le NON ne suffit pas et ne peut être, seul, une option crédible. Il faudra le soutenir avec un projet concurrent basé sur des facteurs pratiques et matériels. Ou, veut-on attendre le changement de régime à Lomé avant tout recensement? Ça rompt avec le realpolitik. Alors, une réflexion beaucoup plus mûrie s’impose.

Une compatriote de Lyon, en France, sur une plate forme de CODITOGO, suggère que la question du HCTE initié par le gouvernement soit abordée autrement que par un niet absolu. Elle écrit textuellement ce qui suit: “Après avoir écouté l’audio du CTS et lu la lettre de Coditogo, Si vous réfutez tout ce que le régime met en place qu’est-ce que vous proposez ? A mon humble avis la diaspora doit être intelligente et faire des propositions, parce qu’ils sont dans leurs logiques… que vous acceptiez ou non, ils feront ce qu’ils ont prévu, est ce que nous avons des moyens de les arrêter ?? Ceux qui refusent systématiquement ce que le régime fait sans avoir une alternative vont se retrouver comme pour les élections législatives de 2018…Vous ne pouvez pas dire que vous irez aux élections présidentielles et refusez de vous inscrire sur les listes électorales…Deuxième point : tous ceux qui vont aux Togo par avion donnent des informations aux compagnies et celles-ci les transmettent automatiquement à l’état…donc ne vous inquiétez pas pour vos coordonnées, ils les ont déjà sauf ceux qui ne voyagent pas au pays. C’est ma petite contribution concernant le débat sur le HCTE”.
Marie Lyon.

Que nous inspirent les propos de cette dame qui s’exprime sur la plate-forme de CODITOGO ? Quoi qu’on en dise, s’il est vrai que le projet HCTE, tel que libellé et acté, présente d’énormes faiblesses de procédure, l’on remarque que les réactions à l’emporte pièces des différentes associations de la Diaspora portent elles aussi des tares, symbolisant un cruel manque de coordination. Ces différentes déclarations affichent une fracture à faire pavoiser Lomé qui raffole des divisions d’en face. C’est en tout cas une preuve de plus que la Diaspora ne parvient toujours pas à viabiliser ses expertises, à valoriser les immenses potentialités dont elle dispose face aux multiples assauts et pièges du pouvoir. Les Togolais vont ils se tourner lamentablement le dos ou se mordre à belles dents sur cette question de recensement de la diaspora, une question de nature simple que les autres pays ont su régler le plus simplement au monde? Il fallait au Pr Dussey, le ministre en charge de ce dossier sensible, de faire un travail de terrain, par des contacts personnels ciblés, auprès des responsables des associations diasporiques avant de lancer l’opération. Il en a le génie, il peut en avoir l’argent.

Quant à ce qui concerne la Diaspora, doit elle se contenter de fustiger ce qu’elle considère comme une provocation de « son ministre de tutelle » et après, se replier dans l’inaction? Combien sommes-nous? Quel est le schéma démographique réel de la diaspora? S’il nous est donné de voter, quels sont les pays qui devront faire l’objet d’attention particulière? Ce sont-là des chiffres à savoir! A travers un recensement. C’est vrai, le ministre, tel un paysan ivre qui laboure la charrue devant le bœuf, a frustré plus d’un avec la procédure. Malgré la bonne volonté apparente de Robert Dussey, il irrite par l’impression qu’il donne de piloter une opération qui porte les marques des manœuvres connues du RPT/UNIR.

Notre Diaspora vaut son pesant d’or. Dans tous les sens du terme: valeur, intérêt, mérite. Le pouvoir va-t-il, peut-il, sur ce projet purement administratif, faire son « political business(game)as usual » c’est-à-dire jouer à saute-mouton et saupoudrer la réalité au nom d’obscurs desseins? Les Togolais de l’étranger, surtout ceux vivant en Occident, ont contribué à l’économie togolaise jusqu’à concurrence 12% du PIB brut en 2018 grâce aux transferts d’argent destinés à endiguer la misère des ménages, fonds sans lesquels cette misère déjà atroce aurait triplé voir quadruplé dans le pays. Cette population de la diaspora représente une bouffée d’air inestimable pour le pays. Elle est, tacitement, le premier soutien du régime. Son opinion devrait compter. Il y a donc nécessité de recadrer le processus devant aboutir à la mise en place du Haut Conseil des Togolais de l’Étranger. Cet organe est utile. C’est un passage important vers le vote de la Diaspora tant réclamé.

Parce que personne ne doit tricher ou bomber la poitrine sur ce chapitre, Je suggère que notre compatriote kag Sanoussi (France), expert en intelligence négociationnelle, spécialiste de gestion des conflits et des négociations complexes, utilise ses immenses talents pour rapprocher les points de vue sur le projet HCTE, autour d’une table, de préférence en France, sous forme d’une réunion de concertation et d’échanges entre les délégués du ministère des AE et les représentants des associations de la diaspora. Objectif: trouver un accord, entre autres, sur comment organiser une co-gestion du “data base” du système de recensement.

Les forces professionnelles et intellectuelles de la diaspora sont incommensurables et se trouvent en son sein. Aussi peuvent elles (ces forces) permettre à cette Diaspora de se saisir de tout projet du gouvernement la concernant, et le retourner positivement, tant à son propre profit qu’au bénéfice de notre peuple qui ne voit plus son salut qu’à travers le Père céleste et les enfants de ses entrailles vivant à « Ablotsi ». Pour la grande majorité, “Dussey a du pain sur la planche” , pour ne pas dire que sa position, peu enviable, se situe entre le marteau et l’enclume dans le cadre strict de ce projet. Non seulement qu’il va affronter les murs de refus auprès de ses compatriotes expatriés, il devra aussi subir les mesquineries et hostilités de certains de ses propres collègues du gouvernement sur cette question de la diaspora. Quelle stratégie va t-il penser afin de maintenir durablement l’adhésion à son projet des sphères caciques du pouvoir pétries de médiocrité. De sa capacité à mettre en confiance et à charmer, de part et d’autre, va dépendre la réussite du HCTE.

Beaucoup de « golden boys and girls » bardés de diplômes obtenus auprès des plus grandes universités occidentales aimeraient bien aider la mère-patrie en offrant leurs expertises acquises mais, s’ils acceptent de saisir une quelconque main tendue du pouvoir et de prendre part à un projet comme celui-ci, ils chercheront à s’entourer de garanties et s’assurer qu’ils sont les murs porteurs associés à la réparation d’un état failli et qu’ils n’iront pas s’aventurer dans une jungle politicienne qui échappe à toutes les lois.

On le voit, si pour ce ministre, le projet est une semelle à avaler, il n’est pas moins vrai qu’il constitue également une couleuvre à ingurgiter pour les concernés, les Togolais de l’étranger qui, dans le souci de commencer, quelque part, à bâtir une base de données qui les recense et atteste leur propre cohésion, devront accorder pour une énième fois le bénéfice du doute au processus en cours. Il importe d’aller à la rencontre de la question du comment s’approprier ledit projet pour l’amender. Il faut se souvenir que s’il n’y avait eu un cafouillage monstre de l’opposition en 2013 sur les réformes, Faure serait en train de boucler définitivement son dernier mandat en 2020. Doit-on continuer de faire fi du passé et remettre bis repetita les mêmes erreurs?

Ce que le pouvoir a mis en place, à première vue, peut servir d’outil. Les étapes ont été faussées, cela est vrai; mais comment accéder à la co-gestion du système informatique mis sur pied et avoir accès aux données? Telle aurait dû être la quête. Face à un régime aussi rompu dans la désinvolture, il faut à cette Diaspora, chaque fois, casser le noyau pour avoir l’amande. A son corps défendant, cela se comprend. Aussi doit-elle remettre cent fois l’ouvrage sur le métier comme nous l’apprend Nicolas Boileau car, malgré la crise de confiance, c’est dans les choses qu’on aura travaillées et retravaillées inlassablement qu’on pourra obtenir les résultats attendus. Et si les instances de la diaspora pouvaient faire des propos de notre dame de Lyon, Marie, la pierre angulaire d’une réflexion plus approfondie!

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