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Friday, July 30, 2021

CITE AU QUOTIDIEN : DU COMPLOTISME A L’ANGELISME, TROUVER UN JUSTE MILIEU ?

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CITE AU QUOTIDIEN : DU COMPLOTISME A L’ANGELISME, TROUVER UN JUSTE MILIEU ?
Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE

Par Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE
Il y a pratiquement un an maintenant lorsque le Coronavirus a cessé d’être un problème chinois pour devenir progressivement une pandémie, des rumeurs ont circulé en Afrique, tendant à démontrer que ce virus avait été inventé contre les Africains, pour les exterminer, parce qu’ils seraient trop nombreux. Jusqu’à présent cette thèse largement colorée de complotisme fait des adeptes, qui vont jusqu’à nier l’existence de la maladie.

Mais comment ne pas en arriver là, lorsqu’au moment même où le vaccin Astra Zeneca est l’objet de doute dans de nombreux pays, on prétend que ceux qu’on a envoyés chez nous seraient inoffensifs parce que fabriqués en Asie et appartenant à des lots différents de ceux de l’Europe. Mais selon quelle formule sont-ils fabriqués ? S’ils étaient fabriqués autrement s’appelleraient-ils encore Astra Zeneca ?

Cette réponse démagogique rencontre cependant l’attitude teintée d’angélisme de ceux qui croient à la philanthropie de ceux qui soutiennent l’initiative COVAX de l’OMS. Pourquoi les Occidentaux participent-ils à cette initiative ? Pour aider les pauvres pays Africains qui sans eux ne pourraient jamais s’offrir ce vaccin ? Quel humanisme !
Imaginez un instant que la plus grande partie de la population européenne et nordaméricaine soit vaccinée, si les centaines de millions d’Africains n’étaient pas vaccinés, ne feraient-ils pas courir le risque d’une nouvelle contamination aux Occidentaux, à cause des doutes sur l’immunité acquise après les vaccinations actuelles, surtout avec les mutations du virus ?
De plus si les Africains ne se vaccinaient pas, comment les laboratoires pourraient-ils écouler tous les vaccins fabriqués par les firmes internationales ? Vous rappelez-vous les débats autour de l’Hydroxychloroquine qu’on ne voulait pas utiliser pour protéger les intérêts de l’industrie pharmaceutique ?

Alors dans cette histoire de vaccins n’y aurait-il pas lieu d’aider ceux qui en dernier ressort doivent prendre la décision de se faire vacciner à voir clair ? Il faut donc des réponses précises et objectives aux questions que les citoyens sont en droit de se poser :

  • Qu’est-ce qui a protégé les Africains jusque-là ? Dans ce cas est-il indispensable de leur inoculer un virus contre lequel ils ont été, en majorité, protégés par rapport aux prévisions initiales faites par des institutions internationales ?
  • Ou bien est-ce l’insuffisance des dépistages qui fausse quelque peu les résultats de la pandémie en Afrique ?
  • Quel serait le meilleur vaccin en fonction du contexte africain ? Plusieurs dimensions sont à prendre en compte : une relative protection, les coûts et les conditions de mise en route d’un programme de vaccination à grande échelle, le maintien de la température pour la conservation du vaccin choisi, les effets secondaires prévisibles après les expériences sur les autres continents, etc.

Dans le fond nous n’attendons pas les réponses de ceux qui préfèrent leur casquette d’hommes politiques à leurs blouses blanches de scientifiques.

Nous attendons des réponses de ceux qui ont fait des études dans ce domaine, de ceux qui sont des spécialistes de la question, et qui dans cette question de santé publique, de vie ou de mort, ne laisseront pas la peur du politique dominer sur le souci de la vérité de l’information.

C’est une question de vérité, d’honnêteté et d’éthique. Le discours politique ne doit pas prendre le dessus sur le discours scientifique vrai et transparent.

Nous espérons alors que dans les prochains jours nous aurons un débat dépassionné qui permettra à nous citoyens de trouver notre solution individuelle et collective sans verser ni dans le complotisme ni dans l’angélisme.

Il y a une remarque à faire cependant. La tentation d’aller d’un extrême à l’autre, du complotisme à l’angélisme, est au cœur de nos rapports avec le monde occidental. Ainsi on crie au complot contre l’Occident dans le cas présent mais dans d’autres domaines une forme d’angélisme se dégage car nos cris ont moins d’intensité.

Par exemple, pourquoi nos chefs d’Etat, lors même de visites officielles, supportent-ils de ne pas être accueillis à l’aéroport par leur “pair” français ? Serait-il possible, en Afrique, de changer le cérémonial habituel de la réception en grande pompe et des foules massées le long du parcours de l’aéroport au palais présidentiel ? Pourrait-on envoyer chercher Emmanuel MACRON à l’aéroport par un secrétaire d’Etat ou un ministre et ne le recevoir qu’à l’entrée du palais présidentiel ? Du coup n’est-ce pas normal que les média français, même publics, ne fassent même pas mention de la visite d’un président africain ?

Et pourtant, de retour de telles visites, nos chefs d’Etat se félicitent de “l’accueil chaleureux” dont ils ont été l’objet, des excellentes relations qui existent entre leur pays et la France, des nouvelles pistes de “coopération” qui ont été ouvertes lors de la visite officielle.

Et que dire de chefs d’Etat à qui la France a donné légitimité en reconnaissant les résultats d’élection largement contestables et contestés des dirigeants des pays où les intérêts de la France sont bien protégés, alors que ces chefs d’Etat continuent à mendier la faveur d’une visite officielle en France ?

Dans un autre registre, la France modulerait ses relations avec les pays africains en fonction de leur respect des principes des Droits Humains. C’est comme cela que le Bénin et le Sénégal, ont été classés comme bons élèves. Mais que dit la France des derniers événements au Sénégal où il y a mort d’hommes dans le cadre de manifestations populaires ? Que dit la France des “manœuvres” plus ou moins légales, sous le couvert de la justice cependant, pour écarter les opposants ? Cela serait-il acceptable en France ? Mais cela relève de la politique intérieure, n’est-ce pas ? Pas d’ingérence, telle est la réponse prévisible.

Sur ce chapitre nous finirons avec la question de la francophonie, fêtée en grande pompe le 20 mars chaque année, donc bientôt. Mais qu’est-ce que les Africains ont gagné en réalité ?
Des systèmes scolaires d’où sont pratiquement absentes leurs langues, des élèves en situation d’échec à cause de la langue d’enseignement qui est pour eux une langue étrangère ? De la non-application de la Déclaration de Bamako (3 novembre 2000) encourageant l’installation de la démocratie dans les pays francophones ?
C’est vraiment le Rwanda qui a été le grand gagnant dans cette affaire : un pays anglophone par choix (et non à cause de l’histoire seulement) qui pourtant a obtenu le poste de Secrétaire Général de la Francophonie !

Alors, lorsqu’il y a des vagues de sentiment antifrançais en Afrique, doit-on immédiatement en déduire que cela relève d’un certain complotisme alimenté par des personnes et des pays qui en veulent personnellement à la France ? Ou doit-on affirmer que la France a toujours été aux côtés des Africains pour leur plus grand bien, qu’elle les aime à cause d’un long passé d’excellentes relations ?
Les citoyens apprennent de mieux en mieux à trouver la bonne réponse. Et leurs désirs en matière de coopération dépendront de cette bonne réponse.
Mettre l’humain au cœur des relations permettra une véritable co-opération à tous les niveaux et dans différents domaines.

Lomé, le 17 mars 2021

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