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CITE AU QUOTIDIEN : NE PAS ALLER TROP LOIN…

Les unes des journaux

CITE AU QUOTIDIEN :  NE PAS ALLER TROP LOIN…
Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE

Par Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE
Connaissez-vous le mythe d’Icare ? En voici le résumé. Dédale avait construit un labyrinthe où il fut jeté avec son fils Icare par le roi Minos dont le fils, le Minotaure, avait été tué dans ce labyrinthe. A la recherche d’un moyen pour sortir du labyrinthe, Dédale trouva finalement une solution : il fabriqua des ailes pour son fils et pour lui-même avec des plumes d’oiseaux collées ensemble. Quand ils furent prêts à partir, Dédale dit à Icare de ne voler, ni trop haut près du soleil, ni trop bas près de la mer. Ils prirent donc leur envol mais Icare fasciné par le soleil s’en approcha à tel point que la cire qui collait les plumes de ses ailes se mit à fondre, les plumes à tomber. Icare commençait à tomber, et il ne pouvait plus remonter car, près de la mer, l’écume marine l’alourdissait … Icare fut précipité dans la mer où il se noya. Ce mythe grec peut être interprété de diverses manières, et particulièrement par la nécessité de l’obéissance aux parents. Mais nous, nous aimerions attirer votre attention sur un élément qui nous a paru très important : Icare s’est laissé tellement griser par l’impression de toute puissance que lui donnait ses ailes, qu’il est monté, monté jusqu’à dépasser la limite qui lui a été fixée, il a ainsi trouvé malheur.

Pourquoi évoquer ce mythe ?

En ce moment dans notre pays, on a l’impression qu’il n’y aura pas de limites aux exigences gouvernementales qui pourrissent la vie des citoyens. Ces derniers jours cela a été l’affaire de l’augmentation des frais de péages et la taxe sur les véhicules à moteur : en plus des difficultés du quotidien avec le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, l’atmosphère plombée par les questions issues de la crise sanitaire, notamment la vaccination avec AstraZeneca, voilà qu’on ajoute une nouvelle charge à toutes celles que les citoyens n’arrivent pas à assumer. Et le pire, c’est qu’on essaie d’empêcher les citoyens de protester.

Jusqu’où ira-t-on ?
Déjà en 2018, une révision de la loi N°211-010 du 16 mai 2011 fixant les conditions d’exercice de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques publiques, restreignait notablement la liberté de manifestation.

Maintenant, des rumeurs circulent sur le désir de revenir sur la loi inspirée de la loi française du 1er juillet 1901 qui régit la vie associative dans notre pays. Cette loi devait protéger la liberté d’association des citoyens, on voudrait en faire un instrument qui décourage les citoyens de s’associer pour défendre des objectifs communs. De la même façon les députés auraient envisagé de rendre la vaccination obligatoire en opposition à la liberté donnée à tout citoyen de choisir le traitement de son choix.

De fait, tout cela ce sont des rumeurs, probablement sans aucun fondement. Par conséquent, ce qui nous intéresse ce n’est pas de répandre de fausses rumeurs mais d’attirer l’attention sur la fascination de la toute-puissance qui semble animer certaines personnes dans notre pays.

Cela se remarque spécialement dans le ton employé pour parler à ses concitoyens : on donne des ordres aux citoyens comme à des subordonnés. En fait les choses se passent comme à l’envers de ce qu’elles auraient dû être. En effet, « si l’on s’en tient à son étymologie le mot ministre signifie serviteur. En effet, il vient du mot latin minister, qui a été formé de minus, inférieur, forgé à l’imitation de magister, maître. Cela devrait étonner nombre de citoyens togolais pour qui le ministre est un grand personnage, qui se déplace avec gardes du corps, qui commande tout un département de l’administration… » (Cf. Tribune Où sont les serviteurs modèles ? du 8 février 2019) Ainsi, ce sont les ministres qui devraient se préoccuper de connaître les désirs des citoyens pour les réaliser. Au minimum, ils leur devraient respect, parce que sans citoyens pas de ministres.

Mais le pire, dans la situation actuelle, c’est qu’on profère des menaces à peine voilées. Par exemple dans le communiqué du 24 mars 2021, qui annonçait des restrictions à cause du développement des cas de COVID-19 dans le pays, au lieu de rassurer les citoyens sur l’efficacité du vaccin et des autres mesures pour empêcher la contamination, on lit à l’article 17 « le Gouvernement met en garde contre la désinformation sur les médias et les réseaux sociaux et rappelle que les auteurs s’exposent à la rigueur de la loi »

Pourquoi cet article ? Pour faire peur aux citoyens ? Oui certainement et ça marche car à l’annonce du couvre-feu probable, les gens ne se sont pas demandés s’il serait efficace contre la contamination, l’angoisse a encore monté d’un cran : « Ça va recommencer ? », car on n’a pas oublié les brimades subies lors du couvre-feu de l’année dernière. Et de se précipiter pour aller se faire vacciner pour ne pas avoir des histoires.

Bref, c’est la peur qui constitue le fond des relations entre les citoyens et ceux qui croient qu’on doit leur obéir au doigt et à l’œil. Il est vrai qu’un certain nombre d’entre eux ne sont pas des élus. Sinon ils sauraient que c’est l’élu qui doit craindre ce que penserait de lui l’électeur. Mais dans nos contrées, beaucoup de postes électifs sont devenus des postes à nomination : de ce fait on n’a de compte à rendre qu’à celui qui vous a nommés. Tant qu’il est satisfait de vous, vous pouvez continuer sur votre lancée, et aller de plus en plus haut, comme Icare, fasciné par le soleil de la toute puissance et de l’impunité. L’aspect pédagogique ne doit-il pas prendre le dessus sur les menaces ? La peur peut-elle construire durablement le vivre ensemble dans nos pays en Afrique ?

Franchement que dire d’un SASSOU NGUESSO élu président à 77 ans au Congo avec plus de 88,5% des suffrages, pour un sixième mandat. On en rirait, si les Congolais n’enduraient pas tant de souffrances dans un pays producteur de pétrole : des citoyens dans la misère, quotidiennement affamés à cause des arriérés de salaires et même de retraites, tandis que 60% des jeunes sont au chômage.

Où est donc passé l’argent du pétrole ? Personne n’a répondu à cette question qui risque de se poser longtemps puisque SASSOU NGUESSO a pourtant été réélu sans difficulté après 36 années de gestion non transparente. Il n’a donc pas de compte à rendre à la population congolaise, dont il terrorise une partie : ceux qui prétendent lui tenir tête. Du coup c’est le FMI ou Transparency International (165ème pays sur 180 en matière de corruption) qui lui posent problème mais pas les citoyens Congolais !

Jusqu’où nos dirigeants iront-ils, fascinés par le soleil de la toute-puissance, avant de se faire brûler ?
Nos Icare nationaux continueront à voler grisés par le pouvoir, jusqu’au moment où ils sauront qu’on ne peut pas se contenter de satisfaire une seule personne, celle qui vous a nommée : les plumes tomberont un jour car elles vont se décoller, alors c’est l’humidité exhalée par les larmes de ceux qui auront refusé l’expérience d’une gouvernance démocratique, qui les alourdira et les précipitera dans la mer.

Lomé le 26 mars 2021

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