samedi, août 13, 2022

CITE AU QUOTIDIEN / POUR LA PAIX : DES MOTS MAGIQUES

CITE AU QUOTIDIEN / POUR LA PAIX : DES MOTS MAGIQUES
Maryse QUASHIE et Roger Ekoué FOLIKOUE

“La paix commence au fond des coeurs, dans nos regards, dans nos paroles… ” chante Mgr Nicodème Barrigah
Et au fond du coeur, la paix commence quand on peut se dire à soi- même puis à l autre: Je reconnais mes torts, je demande pardon.
Ces mots ont une puissance de transformation individuelle et collective.
Bonne lecture de la tribune de cette semaine.

Par Maryse QUASHIE et Roger Ekoué FOLIKOUE
Le 20 juin 2022, les restes de Patrice LUMUMBA, ancien Premier Ministre de la RDC, assassiné le 17 janvier 1961 à l’âge de 36 ans, ont été remis à sa famille. Il a fallu une longue attente de plus de soixante années pour cela. En fait, cela n’aurait jamais même dû se passer car l’ordre avait été donné de dissoudre le cadavre du patriote dans de l’acide ; c’est un dernier acte crapuleux, le vol d’une de ses dents par un policier belge qui a permis cette restitution. Patrice LUMUMBA représentait-il un tel danger qu’on ait voulu faire disparaitre toute trace de lui et de ses compagnons de lutte ? Quoi qu’il en soit sa famille va pouvoir lui offrir des funérailles, mais sa famille ne sera pas toute seule, toute l’Afrique s’unira à la famille LUMUMBA et aux Congolais pour cela, pour bien dire à ses assassins que même sans la restitution de cette dent, personne n’aurait oublié ce digne fils d’Afrique qui a donné sa vie pour la liberté et la dignité des habitants du continent.

En fait, si nous parlons de tout cela ici, c’est parce que lors de sa dernière visite qui s’achevait le 13 juin 2020, PHILIPPE Roi des Belges avait juste exprimé ses regrets pour tout ce qui avait été fait par les colons Belges en RDC. En effet, sans compter l’assassinat de LUMUMBA, il y a eu bien d’autres crimes, notamment sous le règne de LEOPOLD II plus précisément entre 1885 et 2008. Marc WILTZ, dénonce ces crimes dans un ouvrage intitulé « Il pleut des mains sur le Congo » (en référence à la pratique de l’administration belge qui demandait de couper une main de chaque indigène tué, afin de justifier l’usage de chaque balle des fusils de ses fonctionnaires). L’auteur parle de 10 millions de morts, un tiers de la population du Congo de l’époque. Ce pan de l’histoire a été soigneusement occulté pendant de longues années par les soins de la famille royale elle-même d’abord. Cette même famille royale en la personne de PHILIPPE, 5ème Roi des Belges après LEOPOLD II tient à ne pas présenter des excuses à ce sujet. Pourquoi ?

Pourquoi la plupart des responsables occidentaux, rois, premiers ministres, présidents de la république, refusent-ils d’emboiter le pas au Pape JEAN-PAUL II qui en 1992, au cours de son premier séjour au Sénégal, demanda pardon aux Africains pour les siècles d’esclavage ?
Par peur de demande de réparations ? Qu’est-ce qui pourrait réparer les trois siècles d’esclavage avec les millions de personnes arrachées à leurs familles et dont une bonne partie sont mortes en mer ? Quelle réparation possible pour le siècle de colonisation émaillé de massacres dont celui des Congolais ?

En fait, la réticence à présenter des excuses, n’est-ce pas plutôt une manière de ne pas se reconnaître solidaires des personnes qui ont commis ces crimes ? Mais faisant cela n’est-ce pas se comporter comme si on n’était pas concerné par ces crimes, et, pour les victimes et leurs descendants, une manière de ne pas contribuer à la guérison de graves blessures reçues? Par conséquent, ne prépare-ton pas ainsi le terreau à de nouvelles violences soit par vengeance du côté des descendants des victimes, soit par la reproduction de tels crimes par de nouvelles générations d’Occidentaux à cause de la légèreté avec laquelle le problème a été traité ? D’où viennent, en effet, les mauvais traitements infligés aux Noirs d’Amérique, telle la mort de George FLOYD sous les genoux d’un policier blanc ?

Pourtant depuis notre enfance nous le savons, pour qu’un conflit soit vraiment réglé il y a quelques mots magiques à prononcer : « JE RECONNAIS QUE J’AI EU TORT ET JE TE DEMANDE PARDON ». Ce sont ces mots que nos parents faisaient dire en cas de conflit à l’un ou à l’autre et parfois même aux deux protagonistes. Les jeux reprenaient alors entre des enfants réconciliés jusqu’à la prochaine dispute.

Il semble bien que ce que font les parents, c’est ce que l’ONU devrait réaliser entre les peuples en guerre, en nommant des médiateurs, en interposant les Casques Bleus entre les parties en conflit jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. On arrive rarement à cela. Au contraire les nouvelles guerres s’expliquent en partie par l’humiliation vécue par ceux à qui on a démontré qu’ils n’étaient pas du bon côté. Certains analystes expliquent de cette manière le conflit russo-ukrainien actuel. Et lorsque ce conflit russo-ukrainien cessera (quand alors qu’il a tout l’air de devoir durer encore longtemps ?), s’il n’y a pas de reconnaissance de torts suivie de demande de pardon, ne devons-nous pas nous attendre à ce que renaisse un nouveau conflit dans quelques années ?

Entre individus également il semble qu’on ne connaisse plus la valeur de ces mots magiques : combien de fois n’entendons-nous pas des victimes, des personnes dont quelqu’un a tué par exemple un parent, déclarer : « il faut qu’il reste en prison toute sa vie, s’il n’est pas puni, je ne pourrai pas faire mon deuil ! »

Dans le cadre national, c’est encore pire : on a l’impression qu’en politique, les mots magiques sont même interdits, et pas seulement en cas de conflit. Pourtant, lorsqu’on a fait de mauvais choix, lorsqu’on a fait une erreur, n’est-ce pas plus simple de le reconnaître ? Au contraire, on cherche toujours à se justifier, à démontrer qu’on a eu raison, que le problème se situe ailleurs que chez soi-même. Il s’ensuit alors des raisonnements qui brillent par la mauvaise foi de leurs producteurs, par des approximations et des arrangements de la vérité des faits, etc. Et, bizarrement reconnaître ses torts en politique, cela correspond souvent à un retrait de la vie politique. On n’aurait pas droit à l’erreur en politique ?

POURTANT, imaginons un rassemblement des différents acteurs de la vie politique des trente dernières années dans notre pays, le Togo. Chacun aurait accepté de reconnaître ses torts et demanderait pardon pour cela. Cela ne nous permettrait-il pas de sortir de l’impasse actuelle, de pouvoir nous remettre en route ensemble ?
On peut déjà entendre certains nous dire que cela n’arrivera jamais, que c’est un rêve !

Serions-nous alors condamnés à une vie politique où mène toujours le jeu celui qui a su démontrer qu’il est seul à avoir raison, une vie politique où demander pardon pour ses erreurs est un aveu de faiblesse ?
Le pardon ne permet-il pas d’aller au-delà des déchirures pour reconstruire le lien social afin de nous donner un avenir ? Le pardon difficile, en référence à Paul Ricœur, n’est-il pas la force d’un peuple qui veut avancer ? Car le pardon libère l’auteur de l’acte et préserve la victime de ne pas refaire le mal subi.
Pour notre part, nous croyons en la force réparatrice et transformatrice du pardon, et un pardon dans la vérité et dans l’amour. En effet, notre engagement de citoyens prend tout son sens en ce que la justice, pilier du vivre-ensemble, réglemente notre vie commune mais aussi en la conviction que l’harmonie ne peut régner entre personnes différentes qu’à condition qu’à un moment donné chacun reconnaisse ses torts et demande pardon.

C’est pourquoi, nous ne baissons pas les bras, nous continuons à nous battre. Voilà pourquoi, nous ne cesserons pas de parler, de partager nos points de vue avec vous, nos fidèles lecteurs. Mais, nous allons observer une pause durant ce mois de juillet 2022 et c’est pour mieux revenir. Nous vous remercions pour votre fidélité qui constitue notre force. A nous revoir en août 2022 !!!

citeauquotidien@gmail.com

Lomé, le 24 juin 2022

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