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CITE AU QUOTIDIEN : QUELLE EST LA CLE DU CHANGEMENT SOCIAL EN AFRIQUE FRANCOPHONE ?

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CITE AU QUOTIDIEN : QUELLE EST LA CLE DU CHANGEMENT SOCIAL EN AFRIQUE FRANCOPHONE ?
Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE

Par Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE
24 février 2021 : on commente sur RFI les résultats provisoires de l’élection présidentielle au Niger. Le dauphin du président sortant a gagné a annoncé la CENI. C’est alors que l’observateur africain à qui on demande ce qu’il pense des protestations de l’opposition, renvoie d’un revers de main ce point d’analyse « En Afrique c’est une habitude pour le perdant de dire que le gagnant a triché ». Il y a pourtant eu des échauffourées à Niamey toute la nuit. Est-ce que celui qui dit cela saisit lui-même la dévalorisation des Africains que comporte cette réponse ? Toutes les personnes qui se sont vues voler une victoire dont elles étaient certaines sont-elles des mauvais perdants, alors que les cas de refus d’alternance sont légion en Afrique francophone et que les mandats multiples sont justement le résultat d’élections gagnées par le même parti de mandat en mandat.

Mais au-delà du mépris pour les candidats et les électeurs que contient l’affirmation de l’observateur, elle dit aussi en quelle piètre estime on tient les élections dans notre sousrégion. On peut en effet se poser raisonnablement cette question : Y a-t-il des gens pour croire encore aux élections comme source de changement social en Afrique francophone ?
Et pour ce qui concerne notre pays, à quelles élections participerions-nous encore dans l’espoir qu’elles apporteront enfin le changement si ardemment désiré ?

Pourtant lorsqu’on propose une période de transition, comprise comme un temps de rupture avec la période de gouvernance non démocratique pour préparer le passage à une société plus juste et équitable, il y a encore des gens pour dire que ce n’est pas réaliste.

Pourquoi ? Que pourrait-on proposer de plus réaliste ?

Le statu quo ? Evidemment non parce que, bien que le régime en place ait ses supporters, il est raisonnable d’affirmer qu’une majorité des citoyens n’en peut plus et aspire désespérément au changement (même au sein du régime). On ne peut donc pas proposer à ces personnes de ne rien changer. Pendant combien de temps encore ? Un autre demi-siècle ?

Faudrait-il en passer par une situation insurrectionnelle ? C’est ce qui risquerait d’arriver si le statu quo était maintenu pendant longtemps encore. En effet, le couvercle maintenu fermé si longtemps sur une situation très tendue risquerait de sauter notamment par le fait des citoyens les plus jeunes. Or l’issue d’une situation insurrectionnelle est toujours incertaine surtout dans un pays où les forces de l’ordre sont prêtes à réprimer durement toute contestation populaire.

Une forme du statu quo consisterait aussi à donner uniquement au pouvoir en place un mandat pour organiser une transition : qui pourrait envisager cette solution ? Comment cela serait-il possible ? On assisterait à une mascarade qui donnerait encore du temps au régime pour se maintenir.

Alors, organiser de nouvelles élections ? Lesquelles ? La présidentielle ? Et qui l’organiserait ? L’équipe actuelle ? Et elle perdrait ces élections ? Plus de quinze années de ce schéma ne nous aurait rien appris ?

Certains pensent qu’il faudrait s’en référer à la communauté internationale pour faire pression sur le régime actuel pour accepter une transition. La première objection à cette solution est que la communauté internationale ne fera rien s’il ne se passe rien dans le pays lui-même. La seconde c’est que la communauté internationale protège ses propres intérêts et si le pouvoir demeure en place jusqu’à présent c’est qu’il donne satisfaction à la communauté internationale : ce qui s’est passé depuis 2017 le montre bien !

ALORS, IL FAUT EN CONVENIR, LA TRANSITION EST LA SOLUTION LA PLUS REALISTE FINALEMENT.

Cela ne signifie pas pour autant que c’est la plus facile. En effet la transition nous fait sortir de notre zone de confort, celle où nous attendons tout de l’autre. C’est ce désir de demeurer dans notre zone de confort, qui a poussé beaucoup de citoyens à adhérer à la solution d’un candidat désigné par Dieu par l’intermédiaire d’un homme d’Eglise. Ils ont longtemps attendu que Dieu leur serve la victoire comme sur un plateau.

De fait, les tenants du réalisme ne penseraient-ils pas qu’Il reste une proposition : faire confiance à la DMK pour organiser une transition ? Pourquoi pas ? Il faudrait alors que la Dynamique donne réponse à une question centrale. Avec qui organiser la transition ? En effet personne ne pourra mettre en place une transition tout seul, alors la DMK est-elle prête à renoncer à une certaine agressivité, à se rapprocher des personnes qu’elle diabolisait, maudissait pour construire ensemble, entre partenaires égaux, une transition ? Et il ne faudrait pas qu’elle cite comme appui à l’international Sébastien NADOT, unique député représentant un mouvement issu du Parti Communiste Français, en perte de vitesse en France depuis plusieurs années (rappelons que l’Assemblée Française compte 577 élus), les citoyens pourraient se faire inutilement des illusions.

Alors, il faudra bien en venir à une transition. Cependant celle-ci ne pourra pas être simplement décrétée mais elle doit être véritablement préparée dans la sincérité pour avoir toutes les chances de réussir. Cela signifie que la transition ne peut être obtenue qu’au bout d’une concertation et d’une mobilisation tenace et patiente.

Par conséquent, vouloir une transition c’est faire preuve de courage :

  • le courage de reconstruire la confiance et la cohésion nationale : il s’agit d’aller vers tous pour obtenir le consensus du plus grand nombre possible autour de l’idée de transition ;
  • le courage de prendre des risques pour cela : il est sûr qu’il y aura des adversaires farouches de l’idée de transition qui n’hésiteront pas sur les moyens de la combattre ;
  • le courage de mener le combat avec persévérance sans savoir le temps que cela prendra à cause de la nécessité de mobiliser le plus grand nombre et de réunir toutes les conditions de succès ;
  • le courage de se parler en vérité entre fils et filles d’une même Nation ;
  • le courage de changer de mentalité et de regard sur les autres car ils ne sont pas d’abord des ennemis ;
  • le courage enfin et surtout de ne pas penser dès maintenant aux postes à attribuer et partager, à qui dirigera la transition, à qui pourra se présenter aux élections qui suivront la transition.

Ainsi obtenir une transition devrait constituer l’objectif actuel de la lutte pour le changement au Togo. Et quoi que puissent en penser certains c’est le plus réaliste car cet objectif est le plus à même d’assurer le bonheur du plus grand nombre.
La transition réussie dans le contexte actuel ne sera donc ni contre quelqu’un ni contre un parti politique mais elle donnerait à notre pays le statut de pays modèle au moment où beaucoup d’autres pays africains sont en quête de nouvelles fondations pour la renaissance africaine. Elle sera aussi une réelle chance de redynamiser l’organisation sous régionale, la CEDEAO, pour œuvrer vers des transitions pacifiques qui permettent à nos pays qui, prenant appui sur la société civile africaine, envisageront les questions du développement. La clé du changement social sera ainsi l’œuvre de toute la société pour vraiment ouvrir la porte sur l’avenir.
Ce moment historique est à la portée des gouvernants et des gouvernés togolais. Le laisserions partir ?
« Le jour où le pouvoir de l’amour dépassera l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix » (Gandhi)

Lomé, le 26 février 2021

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