samedi, août 13, 2022

Cité au quotidien: Questions d’autonomie et de sécurité en Afrique

Cité au quotidien: Questions d'autonomie et de sécurité en Afrique
Maryse QUASHIE et Roger Ekoué FOLIKOUE

Sortir des tombeaux de la misère, des violations des droits humains et surtout des injustices sociales qui sont devenues des structures de notre vivre ensemble est possible.
Une véritable résurrection pour l’Afrique est possible et cela dépend surtout des autorités politiques de nos pays.
On ne peut tenir ensemble que par la justice et la justice sociale.
Bonne fête de Pâques
Bonne lecture de la tribune de cette semaine

Par Maryse QUASHIE et Roger Ekoué FOLIKOUE
10 avril 2022, le premier tour de l’élection présidentielle française vient de se clôturer.
Emmanuel MACRON arrive en tête. Qu’en sera-t-il du second tour ?
Cependant, même s’il est vrai qu’il y a interdépendance actuelle entre les différentes parties du monde, les résultats des élections d’un pays situé à des milliers de kilomètres du nôtre, devraient-ils nous préoccuper ? La réponse n’est pas simple dans la mesure où il s’agit de la France et de ses anciennes colonies, anciennes colonies dont une grande part des orientations et choix politiques sont conçus à l’Elysée.
De fait, la réponse à la question du second tour de l’élection présidentielle française ne devrait pas trop nous inquiéter. En effet, on aurait pu se dire que la politique française en Afrique aurait pu subir un infléchissement si la gauche de Jean-Luc MELENCHON devait arriver au pouvoir. Mais, même dans ce cas, le réalisme devrait nous rappeler qu’après la victoire de la gauche en France avec François MITTERAND en 1981, alors que les défenseurs des Droits de l’Homme en Afrique se réjouissaient à l’idée d’avoir des chances de voir advenir l’État de droit chez eux, une des premières actions internationales du nouveau président français a été d’effectuer une visite au Togo, alors reconnu pour son régime autocratique. D’ailleurs, dans une conférence de presse donnée le 15 janvier 1983, le président Français reconnaissait : « la bonne qualité de l’accueil reçu de la part des autorités de ce pays et particulièrement du président de la République togolaise GNASSINGBE Eyadema. » et ajoutait « Je peux dire que les échanges de vues, qui ont naturellement servi de toile de fond à ce voyage, sont prometteurs non seulement pour l’avenir, mais même pour le présent. Nous avons le sentiment que l’amitié, la coopération sont extrêmement solides et doivent pouvoir connaître encore des jours meilleurs.»
Et pour toute l’Afrique, ce que le gouvernement de gauche de MITTERAND a pu faire c’est le Discours de la Baule, message flou sur la nécessité de la démocratisation, mais en respectant chacun son rythme.
Bref, il n’y a pas de grand changement positif à attendre de l’issue de la présidentielle française, en espérant que ce ne sera pas pire même avec l’éventuelle arrivée au pouvoir de Marine LE PEN dont le discours xénophobe est dans le fond très proche de celui du raciste Eric ZEMMOUR.

En attendant, l’Afrique de l’Ouest continue à endurer ses souffrances. Ainsi le 11 avril 2022, une attaque a fait une dizaine de morts au Nord Bénin. On l’attribue à des “terroristes”.

Arriverons-nous à discerner clairement le profil de ces fameux terroristes responsables de tant d’exactions ? Il est, en effet, difficile de bien comprendre, comment ces groupes sont nés, quel est le point commun des personnes qui en font partie, quels sont leurs objectifs.
Nous pensions avoir des réponses lors du Sommet sur les transitions politiques et le terrorisme, prévu pour le 21 avril 2022, mais celui-ci a été reporté. Un questionnement sur le terrorisme est donc toujours d’actualité.

Il comporte une première partie que voici. Le discours occidental semble affirmer une nette parenté entre les terroristes qui sévissent en Europe et ceux d’Afrique qui formeraient juste des branches des organisations qu’on connait en Occident. Et le point commun qu’on leur reconnaît, c’est la religion musulmane. Mais ce qui pose problème c’est que l’Islam dans un pays comme la France occupe une place culturellement minoritaire ; par conséquent, se faire remarquer en tant que musulman, dans la frustration de se sentir marginalisé peut avoir un certain sens. Mais, dans un pays comme le Mali, majoritairement musulman quelle peut être la signification d’un islamisme “radicalisé” comme on le dit en France ? Ou bien s’agirait-il d’un conflit entre Chiites et Sunnites, comme cela a pu être le cas en Irak ? Mais en Afrique, majoritairement sunnite, malgré la présence de Chiites, il n’y a jamais eu de conflits entre Chiites et Sunnites.

La seconde explication que l’on donne souvent à la naissance de groupes terroristes c’est le repli identitaire de certaines communautés politiquement et économiquement marginalisées, comme cela a lieu dans les banlieues en France par exemple. Dans l’impossibilité de s’intégrer à la société française, qui ne les reconnaitrait pas comme des Français à part entière, surtout ceux qui sont nés en France, certains jeunes d’origine musulmane, se replieraient sur leur identité islamique et seraient la proie facile du prosélytisme salafiste (un fondamentalisme islamique), se radicaliseraient pour devenir des terroristes. Pourrait-on appliquer le même schéma à l’Afrique ?

Pour répondre à la question, il faudrait interroger l’histoire politique des pays formant le Sahel, durant toutes ces dernières années. Mais, on a tout de même quelques indices avec la lutte des sociétés civiles de ces pays pour obtenir un peu plus de démocratie et une plus juste répartition des richesses nationales. Pour toute certitude, il faudrait une étude sociologique plus poussée de manière à mieux connaitre les populations en présence dans les localités touchées par les attaques et surtout à mieux comprendre pourquoi des gens qui vivaient auparavant en bonne intelligence sont devenus aujourd’hui des ennemis.
Il faudrait également des analyses politiques visant le dévoilement des manœuvres politiques nationales et internationales qui sont à la base de la naissance des conflits ou de leur exacerbation. Ainsi le 13 avril 2022, RFI annonce la fermeture de deux mines d’or au Burkina Faso pour des raisons sécuritaires. Plus précisément la Radio Française dit que « le groupe russe Nordgold a annoncé samedi qu’il stoppait son exploitation aurifère de la Somita, située dans la région du Centre-Nord, à 200 km de Ouagadougou. »
Notons que l’État Burkinabè ne détenait que 10% des actions de cette mine. De la même façon, la même radio annonce qu’une autre mine d’or plus au sud, à Youba, exploitée par un groupe turc a cessé son activité il y a un mois. Des Russes et des Turcs au Burkina Faso ?
Des mines d’or ? Comment décoder tout cela ?

Sinon que depuis toujours, l’histoire nous l’apprend, ce qu’on annonce comme des guerres de religion, recouvre en fait de puissants intérêts économiques.

La lutte contre le terrorisme en Afrique constitue une priorité mais on ne doit pas oublier non plus que la mauvaise gouvernance, les injustices sociales, l’accaparement des richesses par une minorité qui exploite la majorité avec le soutien des puissances étrangères et diverses autres frustrations sont aussi autant de causes d’insécurité sur le continent.
Pour un continent qui a encore un grand sens communautaire, on ne peut pas et surtout on ne doit pas oublier que pour tenir ensemble la justice est un pilier fondamental. Cette justice exige la reconnaissance des droits de l’autre, la construction d’un meilleur cadre de vie pour l’épanouissement de chacun au plan économique, culturel, politique et religieux.
Elle implique aussi l’existence d’institutions justes qui régulent le vivre-ensemble pour que l’espace public ne soit pas monopolisé par un groupe qui dicte sa loi aux autres mais que l’État, dans sa forme d’État de droit, soit le lieu de l’accomplissement de chaque individu reconnu essentiellement comme un être de liberté.
Si l’autre est le plus court chemin pour aller à soi, comme l’affirme Paul Ricœur, la politique de la reconnaissance de l’autre doit supplanter la politique de la négation de l’autre à travers les multiples formes d’injustice sociale et de violation des droits humains.

citeauquotidien@gmail.com

Lomé, le 15 Avril 2022

 

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