Début de fin d’un géant aux pieds d’argile, Jurisprudence togolaise de la CEDEAO

C13 - «recomposition» - «Grand mouvement citoyen ...», le faux débat

Début de fin d’un géant aux pieds d’argile, Jurisprudence togolaise de la CEDEAO

Par une maladroite estocade d’un nébuleux regroupement du nom de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de L’Afrique de l’Ouest), la lutte de libération en cours au Togo vient de recevoir « un coup isolé ». Mais comme l’achève bien le dicton, ce coup est loin, très loin d’« arrêter le combat » des Togolais. D’une part, il faut reconnaître par ce comportement de lâcheté et de fuite de responsabilité que la CEDEAO a montré ses limites. Pire, comme l’a pointé le président sénégalais, la jurisprudence togolaise risque de hanter le regroupement.

A la sortie de la feuille de route le 31 juillet 2018, la coalition a cru bon de se montrer prudente en évitant de tomber dans ce qui s’apparente déjà à l’époque à un piège tendu. Le piège c’était la feuille de route imposée par la CEDEAO. Rejeter ce document à sa naissance dans ce contexte serait synonyme de défier les chefs d’Etat et donc de tomber dans le piège tendu par la CEDEAO qui aurait ainsi trouvé un argument marteau pour se retirer du bourbier togolais en ouvrant le boulevard à la dictature qui ferait à sa guise. Mais dans le mécontentement généralisé né d’une telle feuille de route alambiquée, il y a heureusement eu des formations politiques pour faire une analyse politique approfondie en considérant ce document comme «un verre à moitié plein» afin de prendre la CEDEAO et sa monarchie aux mots. Nous y sommes. Les formations politiques qui s’étaient estimées satisfaites de cette décision communautaire de sortie de crise au Togo en parlant même de « victoire d’étape», ont fini par avoir raison sur l’histoire. En suivant la CEDEAO, la coalition Togolaise et sa population ont désormais l’avantage d’avoir pris conscience de leur statut d’orphelins de la sous-région. Du coup, le Togolais doit apprendre à se battre sans compter sur quelque regroupement de chef d’Etat que ce soit. Inutile de rappeler que la mise en œuvre de ces recommandations-pièges est très tôt devenue un grand danger qui mettra la monarchie dos au mur au point d’obliger la CEDEAO, elle aussi, à faire tomber le masque. De quelle crédibilité dispose encore un regroupement qui ne peut pas obliger un membre à appliquer des recommandations par elle édictée? Puisque la Guinée Bissau n’avait pas un trésor de guerre gratis à partager aux chefs d’Etat de la CEDEAO, quand elle était en difficulté, la CEDEAO a cru bon de se déplacer pour s’imposer par la manière forte. Des sanctions étaient même tombées sur 19 personnes qui étaient considérées comme les mauvais élèves du règlement de la crise Bissau guinéenne.

De père en fils, la racine du mal togolais est l’absence d’alternance pour cause des élections truquées, faute de reformes

En 2005, Eyadema meurt et transmet ses méthodes de conservation de pouvoir à son fils par le biais de la CEDEAO qui est venue cautionner un désordre qui fera 500 morts aux bas mots. Le 19 août 2017 naît un ouragan politique qui inquiète la monarchie au point d’obliger celle-ci à sollicite, une deuxième fois, la même CEDEAO. Celle-ci arrive et impose les reformes qui sont censées, pour une fois, accoucher des élections crédibles. Le palais de la Marina après avoir, dans un premier temps, crié victoire commence par traîner les pas à l’application desdites reformes qu’il s’efforce à contourner par des raccourcis afin d’imposer aux Togolais une élection sans reformes. La classe politique togolaise prend son mal en patience et observe la CEDEAO dans sa complaisance. Au finish, le regroupement des chefs d’Etat affiche ouvertement son soutien à Lomé. La CEDEAO n’a plus d’arguments contre les Togolais, mais les Togolais ont désormais un argument contre la CEDEAO. Quand les chefs d’Etat se sont réunis à Abuja, certains d’entre eux sont arrivés en avocats défenseurs pour le pouvoir togolais. Le cas du président du Ghana qui, en réalité, n’était qu’un loup dans la bergerie pour cette crise. Certains présidents n’ont pas hésité à se doigter en altercation sur la crise togolaise, les uns accusant les autres de complicité pour la dictature. Inutile de rappeler que certains parmi eux, étaient des canaux de transmission de sous à une race d’opposants togolais. Les deux médiateurs par exemple, dont les approches sur la crise togolaises étaient discordantes, sans qu’aucune ne soit à l’avantage des Togolais, ne se seraient d’ailleurs pas fait de cadeaux pendant cette rencontre à Abuja. Quant à un monsieur comme Wattara, il n’avait d’yeux et d’oreilles que pour la cause de Faure Gnassingbé dont le pays a servi de base arrière pour la rébellion qui a fait de lui un président. Des présidents n’avaient d’yeux et d’oreille que pour le prince de la Marina, soit par ce qu’il a su faire circuler une partie du trésor de guerre cumulé au dos des Togolais, soit parce que le Togo fut pendant longtemps une base arrière financière ou militaire pour la survenue de certains règnes. Certains voisins du nord, comme le Burkina, dont on ne soupçonnait pas une quelconque entente pour cause de récentes brouilles politico-militaires avec le Togo ont surpris par leur silence. Pire que le silence, certains offraient leurs bons offices à ouvrir les portes partout où la monarchie et ses porteurs de mallettes avaient de la peine à se faire accueillir. A quelques encablures près, les rares chefs d’Etat francophones qui n’étaient pas d’accord avec les méthodes de voyou étalées à Abuja n’avaient pas de voix. Seuls les pays anglophones ont pu se démarquer sans pouvoir changer la donne.
Mais la grande inconnue demeurera celle de savoir quel rôle a joué le président Buhari du haut de ses prérogatives de président tournant d’une CEDEAO désormais devenue un panier à crabes. Nos sources lui disaient absent pour raison de santé et qu’il ne s’était présenter à cette 54e cession qu’à l’ouverture avant de s’éclipser. On veut bien croire, mais en tant que détenteur de la présidence tournante, pays hôte de la conférence, même si Buhari était absent, quelqu’un a dû représenter le Nigeria, soit-il un préfet d’un district. Quelle était alors la position du géant Nigeria face à ce triste dénouement ? Et pourtant, on sait que ce pays s’est démarqué positivement depuis des lustres dans cette crise.

Les petits fonctionnaires

Une bonne partie des petits fonctionnaires de la CEDEAO qui avaient un droit de regard dans cette crise, soient-ils des membres du comité de suivi ou autres, n’ont pas fait de mystère à soutenir le monarque dans ses dérives. Rapport tronqué par-ci, déclaration controversées par-là. La race des Gbéhenzin et comparses, eux-autres, on les voyait donc venir. Pas de surprise donc de leur côté. Mais que s’est-il passé avec leur patron chef d’Etat ? Le Baron d’UNIR qui soutenait que « dans la crise togolaise même à la CEDEAO chacun a son prix » a-t-il finalement raison du bon sens? Aucun secret ne résiste au temps. Mais si compromission il y a eu, les décideurs qui se sont appropriés la crise togolaise doivent savoir que, s’il est vrai qu’en temps difficiles, c’est dans les petits territoires que les grands hommes se construisent une renommée, il est tout autant vrai que c’est aussi dans ces territoires qu’ils perdent leur renommée.

La sécurité de Tikpi Salifou Atchadam dans la CEDEAO

Lui, c’est l’homme du 19 Août. Il incarne la lutte de libération dans sa forme actuelle. Connaissant bien la dictature en place qui a déjà fait ses preuves dans l’assassinat des adversaires politiques, dès que sa tête a été mise à prix par Faure Gnassingbé et ses officines militaires et civiles, il a dû se faire discret en comptant que grâce à la bonne foi de la CEDEAO qui était sur la crise la situation n’allait pas durer. A l’époque, il était encore possible de compter sur cette communauté qu’on croyait être capable de trancher en faveur de la veuve et de l’orphelin au Togo comme ils l’ont fait en Guinée Bissau. Et à chacune de ses sorties, il n’a pas manqué de rappeler ses paires opposants en lutte à un minimum de respect pour les démarches initiées par la CEDEAO afin de savoir jusqu’où elle veut bien conduire la crise togolaise. Cette posture de la coalition a aujourd’hui permis de suivre le regroupement communautaire jusqu’à son dernier retranchement. On sait donc que ces messieurs, à quelques exceptions près, n’ont d’yeux et d’oreilles que pour ceux qui peuvent faire circuler des milliards ici et là.
La CEDEAO a choisi son camp. C’est alors à se demander si demain Atchadam n’est pas aux USA, s’il n’est pas en Europe et il n’est pas dans un pôle lointain de l’Afrique et qu’il se retrouve dans l’espace CEDEAO, n’a-t-il pas des raisons de craindre pour sa sécurité quand on ne sait plus qui fait quoi dans la crise togolaise qui est devenue une foire d’Ali-Baba sous la supervision de la monarchie militaire au Togo? C’est juste une question qui vaut son pesant d’or. Mieux, une invite à Atchadam qui doit prendre les dispositions qui s’imposent avec les organisations et institutions compétentes et encore digne de crédibilité et de défense de droit de l’homme pour poser le débat sur sa sécurité pendant que la lutte de libération, qu’il a enclenchée, fait son chemin.

La chasse aux sorcières pour disloquer la coalition

Une chose est de doigter la CEDEAO et son enfant adoptif Faure Gnassingbé, l’autre chose est de se demander qu’est-ce que la classe politique togolaise de l’opposition a fait pour éviter que cela arrive. Il vous souvient que dans l’une de nos parutions de 2018, nous avions titré, « OPPOSITION TOGOLAISE, ET SI «Si ON CHANGEAIT DE METHODES : Les paradoxes d’une lutte de libération ».

Dans une édition passée, c’était notre titre. Notre modeste plume regrettait le fait qu’une fratrie d’opposants togolais fasse usage depuis les années « 90 d’une méthode qui perd ». Nous ne croyions pas si bien dire quand on déplorait déjà le fait que « Depuis que l’argent a remplacé toutes les valeurs au Togo, surtout en politique, un autre adage a triomphé du bon sens : « on ne refuse pas l’argent », pour ne pas dire « l’argent n’a pas de couleur ». Le pire est que, même quand cet argent provient des milieux au pouvoir, l’argument ne manque pas : « c’est notre argent, il faut prendre pour les combattre ». Au nom de ces philosophies aussi légères qu’en crise avec le bon sens, certains politiques sont devenus des hommes d’affaires et les stratégies de lutte rament. La République est ainsi prise en étau entre, d’un côté, les voleurs de la République qui dirigent et qui ont envie d’acheter le silence de tout le monde afin de piller à vie et, de l’autre côté, ces leaders de l’opposition qui marchandent ou leur silence ou leur représentativité contre des prébendes que la race aux affaires veut bien laisser tomber pour eux. Si on ne prend pas garde, la lutte politique au Togo risque d’être un terrain où les acteurs se partagent des rôles en faisant croire qu’ils luttent pour arracher une alternance. ….La lutte de libération au Togo fut et reste encore plombée par des commerçants politiques…. Il est vrai, contre une dictature qui a cumulé un trésor de guerre de cinquante ans, il est difficile de combattre les poches vides. Mais la méthode qui veut qu’on prenne l’argent du diable pour le combattre est légère, immorale et malsaine».
Toujours parlant de la coalition et ses atermoiements, témoins de l’histoire, nous avions lancé un appel à « la vigilance, car un jour le peuple nous demandera qu’avez-vous fait en tant que journaliste ». Nous avions déploré des informations selon lesquelles pendant des voyages dans le cadre de la crise togolaise, des individus n’hésitent pas à recevoir voire demander des enveloppes de la part de ceux qui sont devant les démarches principalement les médiateurs et autres chefs d’Etat influents de la crise. Nous avions à l’époque appelé ceux qui se comportent ainsi à un changement de comportement ». Actuellement, un doute s’est installé sur la sincérité des chefs d’Etat qui se sont mis, à un moment donné, devant la crise togolaise en sapeurs-pompiers. La solution qu’ils croient avoir finalement trouvé pour les Togolais pousse à se demander si certains n’ont pas été gratifiés de la puante magnanimité de la Marina. Si cette hypothèse se confirmait demain, est-ce que les leaders qui ont fait de la crise togolaise un fonds de commerce peuvent accuser ces chefs d’Etat si eux-mêmes, leaders victimes de la crise, n’ont pas pu résister au charme de l’argent ?

Le lait est trait, il faut le boire

C13-«recomposition»-«Grand mouvement citoyen de libération national », le faux débat.
A mis chemin d’une lutte de libération, la surprise venue de la CEDEAO pousse le Togolais en lutte pour sa libération à un arrêt pour évaluer le chemin parcouru: qu’est-ce qui aurait pu se faire? Qu’est-ce qui a encouragé le regroupement communautaire dans sa dérive? Comment relancer la machine ? Comme ils savent bien le faire, les Togolais sont prêts à se jeter la responsabilité. Nous croyons que ce n’est pas le moment de responsabiliser qui que ce soit. Il faut en situations pareilles tabler sur les acquis de la lutte et comment les capitaliser pour renforcer le combat plutôt que de situer les torts à un moment où le chemin est encore devant. Ainsi, que ce soit dans l’opinion ou au sein de la coalition elle-même, les uns et les autres ne tarissent pas de stratagèmes. C’est alors que d’un côté, de nos indiscrétions, il se susurre dans la coalition qu’il faille demander des comptes à certains responsables pour avoir, dit-on, « vendu la lutte »; de l’autre côté, il se propose une recomposition de l’organe dirigeante du regroupement politique. Tout ceci sur fond d’une refondation de la coalition en «Grand mouvement citoyen de libération national ». Plus loin dans l’opinion, on parle d’adhésion des organisations de la société civile à la coalition.
Pour commencer par la fin, nous voudrions, de notre modeste point de vue, suggérer aux devanciers de la cause des Togolais d’éviter dans leurs démarches politiques des comportements qui peuvent nous ridiculiser de l’extérieure. A mis chemin d’une lutte, quelque soient leurs limites, vouloir remplacer des forces politiques coalisées par un mouvement citoyen peut amener des analystes avisés à se demander « quels sont ces partis politiques qui se confondent, voire se font avaler par des mouvements de la société civile ? ». Il est vrai, depuis un temps, la société civile au Togo se réveille. Elle n’est plus un instrument d’appui à la monarchie comme on l’a connue avant le vent du 19 août. Que ce soit le front citoyen Togo debout, Nubueké, CODITOGO, les différents mouvements confessionnels……, chaque organisation joue pleinement sa partition avec les moyens de bords sur un terrain d’ailleurs hostile. Avant le Togo, la société civile a joué un rôle au Burkina. Sauf qu’au Burkina, Blaise Compaoré n’a pas pu avaler sa société civile comme Faure l’a réussi entre-temps au Togo. Au Burkina, la société civile n’était pas une affaire de quelques agités derrière les réseaux sociaux. C’était une organisation méthodique et appuyée même de l’extérieur par les puissances aussi bien moralement que financièrement. Elle était portée par des artistes et autres leaders d’opinions qui avaient la voix, qui avaient déjà un monde derrière eux, qui étaient écoutés pour avoir su s’imposer à l’opinion au moment où tout était calme. La société civile au Burkina n’est pas née parce qu’une quelconque formations politiques aient lancé l’offensive contre Compaoré. C’est plutôt la société civile qui a préparé le terrain pour lancer la contestation qui a fini par renverser la dictature. C’est d’ailleurs pour cette raison que quand le dictateur en difficulté était obligé de dialoguer à la dernière minute, il n’avait que la société civile comme interlocuteur. C’était beau, ce rôle devant une Nation, mais ils ont dû se réveiller tôt. Ici, grâce au mouvement du 19 août, c’est d’abord les partis politiques qui ont pris conscience de leur devoir et se sont mis en coalition pour organiser la lutte de libération sur la base des revendications portées par les Togolais depuis cette date fétiche. Les Togolais qui se sont mis debout sont encore restés debout derrière ces revendications qui ne sont pas encore atteintes. Le peuple court encore derrière ces revendications, avec l’avantage que chaque jour se lève avec la contestation qui reçoit un appui de taille. C’est ici qu’il faut tirer un coup de chapeaux aux instances religieuses de toute obédience qui ne cachent plus leur soutien à la cause de la vérité et du bien-être de tous les Togolais. Avec le camouflet et le désaveu total réservé à la monarchie par les Togolais le 20 décembre dernier, jour du referendum le plus boycotté de l’histoire du Togo, avec l’appui ouvert des organisations religieuses, même si des coquilles vides, comme l’Union musulmane du Togo, sont encore bien assises autour de la table avec le diable, le Togolais est désormais conscient de son devoir de libération. Donc du fait que rien ne sera plus comme avant. Devant donc le jeu trouble de la CEDEAO et du régime, la situation se complique et la coalition fait un appel de pied, en renfort, aux couches de la société civile qui hésitaient à s’engager. Quoi de plus noble ?
Il est vrai, les réseaux sociaux ont donné la parole à tout le monde, chacun derrière son smartphone peut se révéler les talents de grand journaliste, de grand analyste. Les consultants politiques même on en dénombre. Et parfois, à tort ou à raison, on considère la coalition comme une racaille où il faille remplacer X ou Y à chaque bout de champ. On finira par laisser les réseaux sociaux prendre les décisions politiques.

N’y a-t-il pas risque de procéder ainsi ?

Il est vrai, des propositions pertinentes peuvent venir des claviers de réseaux sociaux et cela aussi contribue car, comme tout regroupement, la coalition a ses hauts et ses bas. Elle n’est donc pas parfaite. Mais de tous les regroupements politiques qui se sont succédé depuis les années 90, la C14 a le mérite d’avoir tenue dans le temps. Cela est possible non pas parce que tout est parfait à l’intérieur mais parce que des gens ont accepté et acceptent encore le sacrifice.
Aussi, depuis que la CEDEAO s’est laissée apprivoisée par la dictature cinquantenaire du Togo, la cible à abattre sur le terrain politique togolais est la C14. Monsieur Faure Gnassingbé sait qu’aussi longtemps que ce regroupement reste debout, si bancal soit-il, le calumet de la résistance restera allumé. Comme elle l’a donc fait à la naissance de cette coalition, la dictature ne fera économie d’aucune énergie pour pousser le regroupement à se disloquer. Les gens pour jouer ce rôle ne manqueront pas aussi bien de la coalition que de l’extérieur et surtout sur les réseaux sociaux.
De grâce, la société civile n’arrive pas pour remplacer les partis politiques regroupés au sein de la coalition qui est un regroupement de circonstance. Si on commet cette erreur politique, ça veut dire qu’on aurait d’ailleurs donné un argument à certaines formations politiques de fuir leur responsabilité. Chaque formation politique doit se sentir désormais plus engagée et concernée que jamais par le devoir de mettre sa base debout.
Les élus du peuple issus de l’opposition qui ont été remplacés, avec les armes par les actuels députés nommés sans pudeur, ont subi un affront. Ils doivent le laver dans la sueur en faisant prendre conscience à leurs mandants du sort qui leur est réservé.
Le boycott du 20 décembre 2019 a pu démontrer aux yeux du monde que l’actuel parlement, si on peut ainsi l’appeler, est une nomination entre copains et coquins. Il appartient aux députés sortant de démontrer qu’ils ont une base électorale qu’ils peuvent mettre debout, contrairement aux députés qui viennent d’être nommés par les armes.
Amener la société civile à collaborer avec le politique dans une grande synergie, d’accord, mais ce n’est pas une fuite de responsabilité où les politiques en panne de mobilisation vont se cacher derrière un « mouvement national citoyen » pour se dédouaner de leur devoir de mobilisation. D’où chacun doit jouer au fond sa partition : leader d’opinion, leader politique, responsable religieux, organisation de la société civile, il faut éviter de se cacher derrière l’amalgame entretenu par des dénominations. Il vous souvient que du haut de sa mal-gestion, quand le RPT-UNIR met une société d’Etat en faillite, il le fait changer de dénomination au lieu de combattre le mal à la racine. C’est ainsi qu’ils se font bonne conscience au lieu de changer de gestion pour éviter la récidive. Evitons de les ressembler.
De notre humble avis, on ne peut pas à l’heure actuelle tout jeter sur la tête de la coalition. Elle n’est pas née pour revendiquer une quelconque élection législative. C’est la monarchie et sa CEDEAO qui ont déplacé le débat vers leurs élections. C’est en cela qu’il faut saluer le fait que, malgré l’insistance de certains, la coalition ait tout récemment refusé de saisir quelque cour constitutionnelle que ce soit afin d’un quelconque recours pour quelques élections que ce soit. Quand on n’a pour totem le chien, on ne se plaint pas du fait qu’il ait été mal cuit.
A moins qu’ils soient en mission pour une révolution du palais afin de volatiliser la coalition, au temps chauds où étaient ceux qui accusent présentement certains leaders d’avoir trahi la lutte ? Une lutte de libération ne se trahit pas en un jour comme on vendrait un coq en quelques minutes dans un coin du marché. La trahison dans une lutte politique, c’est un ensemble de comportements qui se construisent de jour le jour et qui aboutit à un résultat. Si un ou deux individus, soient-il des devanciers, ont pu trahir une lutte dans un regroupement à 14 où on traite d’égal à égal, c’est qu’ils ont eu des appuis et complicités. Donc frères de la coalition, arrêtez d’amuser la galerie et pensez à comment achever la lutte. Les traitres, tout le monde les voient, ils existent, mais laissons l’histoire s’occuper d’eux, aucun traitre n’échappe à l’histoire. Il y a eu des moments dans la coalition où il fallait prendre des décisions salutaires, ou refuser des offres risquées. L’évidence crevait les yeux et on n’était pas obligé de sortir des universités politiques pour savoir politiquement ce qui arrange ou n’arrange pas les Togolais. Mais un ou deux formations politiques se sont braquées derrière des positions incohérentes. La grande surprise, c’est que presque tout le monde s’aligne derrière elles comme des moutons de panurge. Ainsi, la majorité incohérente laisse une ou deux formations politiques isolées derrière leur position qui pourtant s’avère la vraie. Et des situations de ce genre, où ceux qui défendaient la bonne cause étaient obligés d’avaler les couleuvres, se sont répétées. Aujourd’hui, ces mêmes individus, qui par leur silence ou leurs alignements automatiques incohérents derrière des positions indéfendables voir suspects, ont été complices, veulent jouer les saints en criant au sorcier dans la maison, de grâce. S’il y a des gens qui, de par leurs convictions politiques, se sentent mal à l’aise à la coalition, ils sont libres de partir. Le MCD de Me Tchassona vient de quitter le regroupement, c’est un choix. La solution n’est pas derrière le remplacement de quelqu’un ou quelqu’une à la tête de la coalition. La solution c’est de se dire la vérité quand on discute des sujets politiques de sortie de crise. Eviter de suivre des individus ou parce qu’on est proche de X ou de Y, ou parce que, étant donné que la proposition, si pertinente soit-elle, vient de telle, je dois prendre le contre-pied, où encore, suivre des gens parce qu’on vient de la même zone. Défendez ou combattez les idées parce qu’elles sont bonnes ou mauvaises. Mais sachez que le peuple vous observe désormais. Pour le 12 prochain, la coalition appuyée par la société civile, doit travailler à mettre tout le pays debout au lieu de se perdre à déplacer le débat. Mieux, les honorables députés de l’opposition qui viennent d’être remplacés par les députés nommés par Faure Gnassingbé et ses officiers supérieurs, armes à lunettes à l’épaule, doivent en toute logique, chacun, retourné être devant la marche de ce 12 janvier devant la population qui a fait de lui un député. C’est de cette façon qu’ils peuvent démontrer qu’ils sont différents des députés nommés par des arrangements politiques d’une monarchie en fin de règne.

Abi-Alfa, Journal Le Rendez-Vous N°336 du 08 Janvier 2019

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.