DES DISCOURS CLAIRS POUR DES CITOYENS EXIGENTS

Par Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE
CORONAVIRUS, c’est la grande préoccupation du moment ! Un millier de morts en Chine !
On parle de risque d‘épidémie à une échelle mondiale …
Pourtant mettons les choses à leur juste place : un millier de morts, c’est grave, mais à l’échelle de la Chine, qui compte un milliard quatre cent millions d’habitants, ça devient presque insignifiant en termes de chiffre. Et même si on se rend compte que le foyer où est née “l’épidémie”, la ville de Wuhan, compte plus de 11 millions d’habitants, bien plus que la population du Togo, on devrait se poser des questions.

Dans le même temps, le 8 février on annonçait environ 350 morts de la fièvre de Lassa au Nigéria dans le seul état d’Ondo. Et que dire des milliers de morts d’Ebola dans l’est du Congo ? Cela ne semble pas beaucoup émouvoir l’opinion internationale. Nous autres Africains sommes habitués à cela, même dans la mort, il y a des inégalités…

Ce qui est le plus étonnant c’est ce qui s’est passé au début de la fameuse “épidémie” : la menace était circonscrite dans la ville de Wuhan. Qu’est-ce qui était logique ? Garder les gens en quarantaine dans cette localité, et mutualiser les moyens autour des habitants, pour être plus efficace et protéger le reste du monde, n’est-ce pas ? Au contraire, les Occidentaux, la France en tête, ont commencé à évacuer leurs ressortissants, prétendant faire observer la quarantaine nécessaire sur leur propre territoire… Ce faisant, ils ont répandu le virus. Par exemple, un des évacués vers la France était porteur du virus, or il était Belge, on l’a donc envoyé en Belgique avec le virus.

Mais pourquoi ces évacuations? Par mesure de précautions ? Ou pour montrer qu’un pays où on peut faire sortir pratiquement de terre un hôpital de 1000 lits en moins de quinze jours est incapable d’enrayer une épidémie ? Et lorsqu’on parle de désinformation à propos du jeune médecin qui avait lancé l’alerte, qu’on aurait fait taire, et qui est malheureusement décédé, combien de scandales n’y a-t-il pas eu en France à propos de médicaments signalés dangereux ou de pesticides cancérigènes mais dont on n’a pas voulu parler à cause des toutes puissantes industries chimiques et pharmaceutiques !

De fait, tout cela n’aurait pas été possible sans les médias qui ont choisi de mettre le Coronavirus à la une des journaux, et qui continuent de le faire, faisant de cette maladie une affaire mondiale. Cela montre bien leur force.

C’est pourquoi, nous nous posons la question : qu’en est-il au Togo ? Nous disposons de médias d’Etat, qui sont tout puissants, puisque disposant d’une couverture nationale, mais qui ne visent pas l’excellence, loin de là ! A côté d’eux, des professionnels se battent pour exister tant bien que mal, malgré les caprices d’une HAAC plus qu’exigente, et enfin une multitude d’organes écrits et audiovisuels, dont la qualité et la fiabilité dépendent des bailleurs de fonds. Le citoyen moyen lui, doit se débattre tout seul dans cette jungle foisonnante : finalement il prend ses habitudes comme il peut, comme il veut. Du coup les réseaux sociaux prennent une importance démesurée, et les fausses nouvelles circulent allégrement, démultipliées par les citoyens eux-mêmes !

Et voilà que nous sommes en pleine campagne électorale. Que penser des comptes rendus de presse ? S’agit-il d’informations fiables qui disent au citoyen électeur, ce qui s’est passé dans telle ou telle localité, ce que le candidat tel ou tel a développé comme argumentaire, devant un public plus ou moins nombreux, ou bien s’agit-il d’éléments conçus pour servir ou desservir tel ou tel autre candidat ?
En fait, nous ne nous faisons pas d’illusions, personne ne peut être totalement neutre, mais ce qu’on peut demander c’est que les préférences soient plus affichées et que personne ne puisse prétendre à la confiance totale des citoyens, sans pour autant donner des garanties pour cette confiance en essayant, au minimum, non pas d’être objectif mais de reconnaître sa subjectivité.

Pour aller plus loin, nous estimons que si on veut avoir un processus électoral propre et transparent, c’est à tous les niveaux qu’il faut travailler. Pour ce qui est de la campagne, moment donné aux candidats pour rencontrer les citoyens, leur exposer intentions et projets, en vue de les convaincre, d’obtenir leurs suffrages, alors nous demandons que cela soit fait avec sérieux !

Pour en revenir aux médias, il faut qu’au moins quelques-uns d’entre eux contribuent à la sérénité du choix des citoyens en suivant les campagnes des divers candidats et en rendant compte de ces événements avec les mêmes moyens. Déjà tout le monde n’a pas droit aux médias d’Etat, tout le monde ne peut pas se permettre d’inonder les artères des villes avec de gigantesques affiches, mais que quelques médias au moins prennent à coeur de traiter tout le monde de manière à peu près égale.

Cependant, soyons justes, ne commençons pas par jeter la pierre aux médias, ce sont les citoyens qui doivent les pousser à l’excellence, et parmi eux en premier lieu, ceux qui se disent intellectuels. Pourquoi, nous les intellectuels n’avons-nous pas réussi à fédérer autour de nous des professionnels des médias pour produire avec eux des analyses d’un certain niveau, sur les déclarations des candidats et sur la situation sociopolitique du pays en général ? Ne sommes-nous pas appelés à éclairer les citoyens ? Et qui va porter notre voix sinon les médias ? Oui, c’est vrai, il y a de temps à autres des interviews d’intellectuels, mais à quel titre les invite-t-on, pour leur profil ou pour leur position supposée dans le débat national ? La question se pose parce que, quand on consulte les médias en ligne, ce qui est le plus écouté et suivi, ce ne sont pas les analyses d’un certain niveau, c’est le sensationnel !

Pour revenir à la question de profil : nous pouvons remarquer que les candidats de l’actuelle campagne ont tous un niveau universitaire. Comment n’est-ce pas possible qu’au moins ceux qui ne sont pas du parti au pouvoir, n’exige pas de débats contradictoires, organisés par les professionnels des médias ? Au lieu de s’attaquer par médias interposés, un face-à-face n’aurait-il pas été plus parlant pour les citoyens ? Pourquoi ces candidats eux aussi, qui prétendent pourtant vouloir ouvrir la porte à une ère de démocratie, utilisentils les mêmes moyens que le parti au pouvoir : campagne dépensière, distribution de teeshirts et autres, rencontres bruyantes ?

Et nous citoyens, pourquoi ne demandons-nous pas autre chose ? Pourquoi n’exprimonsnous pas notre besoin d’entendre des discours clairs sur les projets à court et à long terme des candidats ? Pourquoi, ne nous décidons-nous pas à poser aux candidats les questions qui nous préoccupent : si après le 22 février 2020, il se présentait telle ou telle situation, qu’avez-vous l’intention de faire ? Des alliances ou une autre phase de lutte ? Croyez-vous en l’éventualité d’un second tour ?
Pourquoi ce silence ? A moins que, comme ceux qui savent déjà qui va gagner, nous aussi nous ayons déjà les réponses, parce que nous avons choisi sans attendre des explications.
Pourquoi une campagne alors ?

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