mercredi, octobre 5, 2022

Editorial de Diasporas News: Tout est-il à cause de la France ?

Editorial de Diasporas News: Tout est-il à cause de la France ?
Emmanuel Macron

La France est de plus en plus contestée en Afrique ; du moins dans les discours. En réalité, il n’en est rien. La Françafrique a bon dos. Lors de discussions, forcément animées, relatives à l’Afrique, il arrive toujours un moment où tombe l’argument massue : «C’est à cause de la France». La France serait ainsi responsable de tout ce qui peut poser problème dans ses ex-
colonies, de tout ce qui peut les empêcher d’émerger, condamnant ainsi une bonne partie de la population à une misère sans issue.

Une posture qui, sur la longueur, finit par lasser un peu. Tant elle semble priver de leur responsabilité propre les tenants et autres décideurs du monde politique, économique, des affaires, de l’administration. La mauvaise gouvernance, le détournement généralisé de fonds publics, est-ce la faute à la France ? Les dépenses somptueuses des présidences en Afrique francophone, est-ce la faute à la France ? Le choix des pouvoirs en place de privilégier les membres de leur famille, de leur groupe ethnique ou religieux, c’est aussi la faute à la France ? La décision de nombreux chefs d’Etat de se muer en présidents à vie, c’est encore la faute à la France ?

Rien n’aurait donc changé depuis les années 1960, malgré les efforts de présidents français successifs annonçant pompeusement, dès leur arrivée aux affaires, que «la Françafrique, c’est fini» ?
Le président Emmanuel Macron est le dernier en date. Son discours prononcé le 28 novembre 2017 à l’université de Ouagadougou, devant plusieurs centaines d’étudiants, avait fait grand bruit. Il y avait revendiqué une rupture d’avec la Françafrique, et une volonté de refonder les relations entre la France et le continent africain.

Ceux qui l’ont cru en sont pour leurs frais. Cela ne sera peut-être pas encore pour cette fois. En séjournant régulièrement en Afrique francophone, on prend en effet toute la mesure de cet assujettissement. Et on est forcé de reconnaître que la part de responsabilité de la France dans la bonne (ou mauvaise) marche de ses ex-colonies n’est pas qu’une commode ritournelle. Sinon, comment expliquer que les représentants de l’élite politique se pressent si nombreux à Paris pour être adoubés par la France, avant même de solliciter le suffrage de leurs compatriotes ? Même si le Mali semble avoir pris le leadership de la contestation.

En période électorale, on assiste à un feu d’artifice en matière de Françafrique. Le pouvoir en place comme l’opposition se réfèrent en permanence à Paris, pour montrer qu’ils ont le soutien de la France ; ou pour demander aux autorités françaises de prendre position en faveur de tel ou tel. La scène politique se transforme ainsi en décor de théâtre destiné à prouver à Paris que tel président, tel leader de l’opposition, mérite sa confiance pour défendre ses intérêts, importants en Afrique francophone. Y compris vis-à-vis des appétits de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis. Avec toutefois le risque, pour les autorités françaises, de s’accommoder de graves violations de la Constitution, du Code électoral, des droits humains. Les citoyens et citoyennes d’Afrique francophone, qui rêvent d’un avenir meilleur, devront encore attendre un peu. Et pas uniquement par la faute de la France.
Si la France a encore une part prépondérante en Afrique, malgré certaines velléités ça et là de certains pays, tout ne peut être de la faute de la France. Comme disait un célèbre chanteur africain célèbre, «le vrai ennemi de l’Afrique, ce sont les Africains».

Malick Daho

- Advertisement -

Articles Du Dossier

- Advertisement -

Les derniers articles