Face au blocage des réformes au Togo, le FDP de Djimon Oré persiste et signe la nécessité d’une transition politique consensuelle

Front des Patriotes pour la Démocratie de Djimon Oré

Front des Patriotes pour la Démocratie de Djimon OréEspérées depuis 2006, les réformes constitutionnelles et institutionnelles continuent de mobiliser les débats surtout à quelques mois de la fin du second quinquennat de Faure Gnassingbé. L’opposition est divisée sur la question. Une partie soutient la nécessité des réformes avec l’interdiction formelle à Faure Gnassingbé de briguer un troisième mandat ; une autre frange de l’opposition se dit favorable aux réformes avec une possibilité au président Faure de se représenter et une partie se résumant au Front des Patriotes pour la Démocratie (FPD) qui, favorable aux réformes, maintient la nécessité d’une transition politique consensuelle. Selon le FPD, cette proposition résulte de la caporalisation des institutions de la République notamment l’armée, la Cour Constitutionnelle, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), la Commission Electorale Nationale Indépendante, l’administration publique…

Depuis son congrès constitutif, le Front des Patriotes pour la Démocratie (FPD) ne faiblit pas quant à sa vision d’une transition politique consensuelle. Il s’agit, selon le président national du FPD, Djimon Oré, de remettre les bases et les principes fondamentaux de la vraie démocratie. Cette proposition semble être partagée par les autres leaders de partis politiques qui restent dans un mutisme total et se refusent d’aborder le sujet publiquement. Dans un précédent article, nous avions mentionné dans notre analyse, la prise en compte de cette question de transition dans les points sortis du conclave CST-Coalition Arc-en-ciel publié le 30 octobre 2014.

Pourquoi une transition actuelle ?

C’est la grande question qui brûle les lèvres. A suivre l’argumentaire de Djimon Oré et ses amis, la plaie causée par la crise sociopolitique togolaise est béant et a atteint un niveau où la confiance en la constitution togolaise qui constitue le socle de la République est remise en cause. Pour avoir été sodomisée à plusieurs reprises et à des fins personnels par le clan Gnassingbé, cette constitution fait objet de polémique surtout avec l’application biaisée et alambiquée de la constitution. La preuve, le pouvoir RPT/UNIR navigue à vue entre celle de 1992 et celle de 2002. L’on se demande laquelle des deux versions est appliquée aujourd’hui ? Le gouvernement pour justifier la plupart des décrets pris en conseil des ministres, mentionne la constitution de 1992. Parfois, il le fait en contradiction de la constitution de 1992 mais en conformité avec celle de 2002. Ce qui constitue une entorse à la volonté populaire exprimée en 1992 par la grande majorité des Togolais.

Aujourd’hui où, l’on ne peut s’affirmer à 100% de la crédibilité de la constitution de 1992 ou encore si vous voulez de l’existence d’une constitution crédible au Togo, il est claire qu’il nécessite de recourir à une constitution commune, impersonnelle et généralisée. Celle de 1992 ayant été à volonté et satiété masturbée par le clan Gnassingbé, celle de 2002 n’ayant pas l’adhésion populaire, il convient d’aller à une nouvelle constitution crédible, impartiale et digne d’une République. Pour y arriver, il faille aller à une constituante, organe à travers lequel le pays s’ouvrira sur une nouvelle République. Le cadre idéal pour le faire, selon le Front des Patriotes pour la Démocratie (FPD) reste une transition consensuelle au cours de laquelle des réformes seront opérées notamment au sein de l’armée, de l’administration politique avec à la clé, la redistribution équitables des ressources du pays. La Cour Constitutionnelle sera également institutionnalisée ainsi que la CENI et la HAAC. Après toutes ces réformes, l’on pourra parler d’une élection démocratique, libre, transparente avec des institutions crédibles qui jouent leur rôle en toute impartialité et une armée républicaine qui s’affirme aux côtés du peuple et non celle qui fait allégeance à un clan et imposer manu militari un champion à un peuple contre sa volonté.

Si la proposition semble réaliste pour certains analystes, la question qu’ils se posent reste de savoir si le Togo est un pays en crise puis qu’ils soutiennent qu’une telle solution ne peut être appliquée que dans un pays en crise.

Le Togo est-il en crise ?

La conférence nationale souveraine résulte d’une crise profonde à laquelle des solutions avaient été issues de la transition qui y a succédé. Malheureusement, les considérations personnelles ont replongé le Togo dans un cycle infernal d’élection-contestation-violence-dialogue-accord. Et depuis plus de 24 ans, les leaders des partis politiques qui se partagent l’échiquier politique éprouvent beaucoup de difficultés à se défaire de cette théorie qui malheureusement fait couler beaucoup de sang innocent et provoquer l’arrestation de plusieurs centaines de togolais sans compter la fuite de plusieurs milliers qui vivent en difficultés sur des terres d’asile. Sans trop s’attarder sur le parcours qui a conduit à l’avènement d’un fils à la place d’un père, la simple analyse de la période qui suit l’imposition de Faure Gnassingbé par allégeance militaire constitue une preuve à la crise qui secoue le Togo. Le pays vacille entre les considérations personnelles, la défense des intérêts personnels, politiques et partisans, sans passer sous silence, le pillage systématique qui marque le temps. Le fait même que les politiques se disputent autour de la constitution de la République constitue une crise profonde qui remet en cause la légitimité des bases fondamentales de la démocratie qui voudraient que tous les pays soient dirigés par des dirigeants élus au suffrage universel à un pourcentage assez confortable. Un pays dans lequel, sur le plan social, la tension est vive depuis plus de dix ans sans qu’une solution efficace n’y soit trouvée, un pays dans lequel les populations n’ont pas confiance en des institutions de la République, un pays dans lequel le chef de l’Etat ne fait pas l’unanimité ou encore un pays où les élections sont reconnues par excellence frauduleuses, truquées avec des résultats qui conduisent à des violences, des tueries… Quelle preuve faudra-t-il encore pour parler de crise ? Le Togo est vraiment un pays en crise où il nécessite une transition politique consensuelle pour redistribuer les cartes et assurer la gouvernance du peuple par le peuple et pour le peuple.

Le FPD prêche-t-il dans le désert ?

Le mensonge, s’il court vite et à vive allure avec beaucoup d’adhésion et d’admiration, il se fait rattraper tôt ou tard par la vérité. Tel est le cas aujourd’hui avec les hommes politiques togolais qui, au nom des ambitions personnelles, partisanes et démesurées, s’offrent le luxe de mentir au peuple. Le FPD soutient que c’est de l’illusion ou encore de l’utopie, le fait de dire aux Togolais que l’élection présidentielle de 2015 sera la solution efficace à la crise sociopolitique. Prêcher dans le désert, Djimon Oré n’en croit pas. Selon lui, son message est bien écouté sauf que les leaders refusent de l’aborder publiquement de peur de perdre le fil de leur sermon qui n’a pas changé depuis plus de 24 ans. Quoi qu’il en soit, certains partis politiques y adhèrent. C’est le cas du NID qui soutient la même chose et reconnait la nécessité de cette transition qui va permettre à tous les togolais de fermer définitivement les pages sombres de l’histoire et entamer l’écriture de nouvelles pages.

En quelque sorte, les Burkinabé ont compris la nécessité de la chose et ont décidé, au nom de l’intérêt national et du patriotisme, de mettre à côté la constitution amputée et adopter une charte sur la base de laquelle la transition sera conduite. Ce qui donne raison au FPD qui continue de croire en sa vision.

Rode

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