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Monday, June 14, 2021

Le Mali sombre, deuxième coup d’État en moins de 10 mois, que fera la CEDEAO ?

Les unes des journaux

Le Mali sombre, deuxième coup d'État en moins de 10 mois, que fera la CEDEAO ?

La ventrocratie dont nous avons eu à parler dans notre article d’hier semble avoir pris au piège les militaires maliens. Ils ont pris goût au pouvoir et n’entendent visiblement pas y renoncer, quoi qu’il arrive.

Ainsi semble-t-il, pour une histoire de nouveau gouvernement qu’a constitué le Premier Ministre Moctar Ouane qui a écarté certains pions essentiels de l’armée, lui et son Président de la transition, Bah N’Daw, se retrouvent désormais à l’emblématique camp de Kati, déchus du pouvoir.

L’armée n’est donc pas allée par quatre chemins pour faire comprendre aux deux hommes de l’exécutif malien que tout passe et doit impérativement passer par elle, sans quoi, elle n’aura aucun mal à user des armes que lui procure l’État afin de défendre l’intégrité du territoire ainsi que la sécurité du peuple, pour conquérir le pouvoir.

Sans hésiter donc, elle l’a fait le lundi 24 mai, pour la deuxième fois, en moins de 10 mois, en capturant sans bruit, le Président de la transition et son Premier Ministre.

Dans un tel contexte, que fera la CEDEAO ou éventuellement l’Union Africaine après que ces organisations eurent fermé les yeux sur l’autre coup d’État qui a eu lieu au Tchad sous l’impulsion et l’onction manifeste du Président français, Emmanuel Macron à la suite du décès du maréchal Idriss Deby?

L’on se souvient en effet, qu’en août 2020, au renversement du Président Ibrahim Boubacar Keïta, cette CEDEAO avec Alassane Ouattara au premier plan, était montée sur ses ergots pour puissamment exiger le retour à l’ordre constitutionnel.

Il a fallu que de façon très farouche, les ténors de la société civile malienne fassent quelques leçons de morale politique aux chefs d’État de la CEDEAO qui donnent plus le sentiment de se soutenir entre eux que d’œuvrer pour le bien de leurs peuples pour que, de guerre lasse, celle-ci desserre l’étau dressé au coup des militaires putschistes et valide le principe d’une transition qui soit conjointement conduite par l’armée et les civiles.

Mais, aussi vigilante qu’elle fut, la société civile avec à sa tête l’imam Mahmoud Dicko s’était mise de côté avec des réserves et non des moindres.

Aujourd’hui, sans le soutien de cette puissante société civile, les militaires ont pris le risque de mettre les pieds dans les plats en renversant, grossièrement et maladroitement, la transition en cours au Mali. De quoi seront alors faits les jours qui suivent dans ce pays ? La fameuse communauté internationale qui a juste commencé à ânonner, se donnera-t-elle les moyens de faire revenir l’ordre constitutionnel dans ce pays face à des militaires aussi déchaînés et friands du pouvoir?

Pendant ce temps, la situation sécuritaire du pays ne s’est pas considérablement améliorée, la précarité non plus et encore moins la stabilité politique. A quoi a donc servi le premier coup d’État d’août 2020 ayant renversé IBK, après que des milliers de maliens eurent occupé les rues de Bamako, des mois durant, pour dénoncer tout ce qui se vit encore dans ce pays aujourd’hui ?

Mais franchement, quelle est cette propension qu’ont encore les hommes en armes dans nos pays, à se bomber le torse et à user de cette force pour renverser, sans coup férir, des pouvoirs civiles? Le rôle de l’armée n’est-il pas au front, sur le terrain? Dans un pays quasiment en guerre comme le Mali, que cherchent les militaires dans des bureaux douillets alors qu’ils sont formés pour une activité qui se joue littéralement et exclusivement sur le terrain?

Décidément, l’Afrique francophone semble désormais avoir acté le principe de ramer, sans peine, à contre-courant des valeurs démocratiques pour mettre en avant la force brute, rien qu’elle.

Du Tchad au Mali, quel sera donc l’autre pays qui prendra le relais des coups d’État que, depuis plus d’une décennie, l’on avait cru avoir dépassés en Afrique ?

Luc Abaki

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