Les vérités de Barack Obama aux candidats à la présidence à vie

Les vérités de Barack Obama aux candidats à la présidence à vie

Les vérités de Barack Obama aux candidats à la présidence à vie« Les progrès démocratiques en Afrique sont en danger quand des dirigeants refusent de quitter le pouvoir à l’issue de leur mandat ».
La troisième tournée en Afrique, probablement la dernière de l’emblématique président des USA Barack Obama s’est achevée mardi dernier par un discours assez retentissant au siège de l’Union Africaine à Addis Abeba en Ethiopie. Que ce soit lors de sa première visite à Accra en juin 2009, son passage au Senegal (2013) , son discours aux obsèques de Nelson Mandela en Afrique du Sud (décembre 2013) , le chantre du « Yes we can » n’a jamais cessé de fustiger la corruption en Afrique, le manque de démocratie, de liberté, les pouvoirs à vie.

Dans moins d’une année, au terme de son second mandat, le premier africain américain à occuper la Maison Blanche quittera ses fonctions. Que retenir de son passage à la tête des USA par rapport à l’Afrique ? Un sentiment de déception pour ceux qui, dès le départ, avaient cru que l’arrivée de Barack Obama devait sérieusement apporter des changements notables en Afrique, et un bilan mitigé pour d’autres qui estimeront à juste titre que ses prises de positions sur les questions des droits de l’homme, de démocratie ont contribué à faire bouger un tant soi peu les lignes.

A la fin, c’est beaucoup de discours, mais peu d’actes forts. La « realpotik » et les exigences de la géopolitique et de la géostratégie sont passées par là. Qu’à cela ne tienne, à Addis Abeba, Barack Obama, en dehors du terrorisme, de la question de l’homosexualité qui a suscité la polémique, a dénoncé la corruption (le cancer de l’Afrique), les inégalités, la pauvreté, les dictateurs, les pouvoirs à vie. « Je dois être honnête avec vous. Je ne comprends pas cette attitude. Je suis dans mon second mandat. Cela a été un extraordinaire privilège pour moi de servir en tant que Président des Etats-Unis, mais notre Constitution dit que je ne peux concourir pour un troisième mandat ». Une piqûre de rappel d’un principe sacro-saint par Barack Obama qui ajoute : « Lorsqu’un dirigeant essaie de changer les règles du jeu en cours de route pour rester au pouvoir, cela risque de créer de l’instabilité et des conflits …. Et c’est souvent le premier pas vers la paralysie. Parfois on entend un chef d’Etat qui dit : je suis le seul à pouvoir empêcher cette nation d’éclater. Si c’est vrai, cela signifie qu’il a échoué à construire une véritable nation ». Il poursuit : «Les progrès démocratiques en Afrique sont en danger quand des dirigeants refusent de quitter le pouvoir à l’issue de leur mandat….. La loi est la loi, et personne n’est au-dessus, pas même les présidents ». Le Président américain s’étonne enfin qu’avec autant d’argent amassé au sommet de l’Etat, les dirigeants africains refusent de libérer le plancher pour aller jouir tranquillement de leurs biens (sic).

Prononcé au siège de l’Union africaine, une première pour un dirigeant américain, ce discours empreint de franchise a provoqué une onde de choc dans certains palais présidentiels en Afrique où les satrapes tropicaux rêvent d’un règne à vie. Les plus virulentes réactions sont venues de la RDC, du Congo Brazzaville, du Burundi où la riposte se résume ainsi : « Nous n’avons pas de leçons à recevoir de Barack Obama ». Mais du coté de la société civile, des leaders d’opinion, des acteurs politiques, tout en prenant conscience que les changements majeurs de l’Afrique ne seront que l’œuvre des Africains, cette intervention est fortement saluée dans ce sens qu’elle s’inscrit dans la droite ligne du soutien apporté aux peuples en lutte pour l’alternance. Même au Togo où les Américains continuent de fermer les yeux sur les dérives du régime de Faure Gnassingbé au profit d’un agenda purement sécuritaire, le discours de Barack Obama ne doit pas véritablement faire plaisir à un certain Faure Gnassingbé qui vient de se maintenir au pouvoir par une présidentielle frauduleuse de plus. Barack Obama a planté le decor. Pour le reste, seuls les Africains doivent s’organiser pour saisir les perches qui leur sont tendues de l’extérieur en vue de débarrasser le continent de tous ces dictateurs qui font la pluie et le beau temps.

Mensah K
L’ALTERNATIVE – N°444 du 31 Juillet 2015

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