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Saturday, December 4, 2021

Luc Abaki appelle les magistrats à aller au-delà de la dénonciation plutôt culpabilisante

Les unes des journaux

Luc Abaki appelle les magistrats à aller au-delà de la dénonciation plutôt culpabilisante
Luc Abaki

La réaction de Luc Abaki fait suite à la sortie du juge Béninois, Essowoe Batamoussi du Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET). L’homme en fuite, exhibe en plein jour, la pression qui caractérise les prises de décisions de cette structure qui est censée dire le droit. Selon les révélations du juge, le CRIET aurait jeté d’innocents en prison, suite à la pression qu’exerceraient les autorités sur les juges qui y siègent. Le dernier acte qui a provoqué la fuite du juge est selon ses propres propos, le dépôt de Dame Reckya Madougou en prison, accusée de projeter d’attenter à la sécurité intérieure de l’Etat, à travers la mise en œuvre d’un supposé plan qui consisterait à assassiner de pauvres citoyens pour dit-on troubler le processus électoral, voire empêcher la tenue de l’élection très exclusive organisée par Patrice Talon.

Dans sa réaction, Luc Abaki interroge plutôt le serment qui en réalité n’engage que le juge et devrait lui permettre de faire son travail dans les règles de l’art et en ne respectant que son serment. Malheureusement, ils sacrifient leur serment au profit des pressions politiques et se complaisent à les dénoncer plutôt que de faire usage de la force que la loi leur donne, de sanctionner les pressions exercées sur eux et traduire leurs auteurs devant les tribunaux pour répondre de leur acte. Cela devrait contribuer à mettre fin à la manipulation de la justice, fléau en vogue en Afrique, surtout avec ces présidents qui refusent de céder le pouvoir conformément à la limitation des mandats constitutionnels.

Ainsi, Luc Abaki, sur sa page FaceBook, appelle les magistrats à remettre au centre de leur devoir, le serment qu’ils prêtent de ne dire que le droit. Il prend comme élément sacré, la déesse Thémis, symbole de la justice. Celle-ci tient en main une épée et a les yeux fermés avec un bandeau en plus de la balance parfaitement équilibrée, indiquant clairement que la justice n’est pas faite pour plaire à un individu si puissant soit-il, mais pour trancher sans état d’âme ni complaisance.
Lire la publication de Luc Abaki

Question de justice en Afrique, parlons-en !
Durant ce week-end, un juge du Bénin a fait sensation sur les réseaux sociaux. Son passage sur la chaîne internationale RFI a été abondamment relayé.
Essowe Batamoussi, juge de la fameuse CRIET au Bénin, dit en substance ceci: le juge que je suis n’est pas indépendant tel que cela devrait être. Toutes les décisions que nous avons été amenés à prendre l’ont été sous pression. Je citerai la dernière, celle qui a vu le placement de Mme Madougou en détention “.

En tout, il affirme ne pas être indépendant pour exercer convenablement son métier.

Il le dit, comme si l’indépendance en question devrait lui être donnée par autrui, un individu quelconque et c’est là où j’ai un sérieux problème avec nos magistrats surtout en Afrique francophone.

D’abord je pose une question banale. Pourquoi nos professionnels du droit, en l’occurrence les magistrats, prêtent-ils serment avant leur prise de fonction ?
Dans ce serment, faut-il le rappeler, ils jurent d’exercer leurs fonctions avec droiture, loyauté, équité, justice…

Mais pourquoi le législateur a-t-il prévu que pour l’exercice d’un tel métier, il faut impérativement au préalable, une prestation de serment ? Ce serment engage-t-il une tierce personne autre que le juge lui-même ? Pourquoi qualifie-t-on la justice de troisième pouvoir dans un État ?

Je vais bien sûr me faire le devoir de répondre brièvement à ces questions, mais avant, il me plait de rappeler certains fondamentaux qui régissent la justice dans une société.

En effet, si la déesse Thémis, symbolisant la justice, tient en main une épée et a les yeux fermés avec un bandeau en plus de la balance parfaitement équilibrée, c’est que celle-ci n’est pas faite pour plaire à un individu si puissant soit-il, mais pour trancher sans état d’âme ni complaisance.

C’est elle qui incarne l’ordre établi dans une société, sa finesse et sa puissance lui donnent le pouvoir de garantir la paix sociale, l’égalité et l’équité entre les individus.

Ainsi, pour le respect de la personne humaine, pour la cohésion sociale, la justice se doit, par nature et par essence, d’être impartiale dans la recherche et l’établissement de la vérité sur des faits engageant la responsabilité ou non d’un individu.

Son indépendance est consubstantielle à son essence, elle ne devrait donc pas être ni discutable ni discutée au risque de remettre en cause l’essence de l’humanité elle-même, car une humanité sans justice, ressemblerait de près à une jungle où la cause humaine ne serait jamais entendue.

Or, la différence d’éducation et de culture, de coutumes et d’apprentissage mène à des inégalités qu’il importe à tout prix de traiter pour maintenir l’équilibre social et éviter que des individus investis d’un type donné de pouvoir, n’en viennent à dominer et à écraser les autres. Et c’est justement en cela que la justice est quasi sacrée et son exercice totalement sacerdotal.

Comment il se fait donc que des professionnels de la justice, en viennent à renoncer à ce sacerdoce pour se soumettre de façon lamentable aux desiderata d’un individu et ensuite crier sur les toits qu’ils ne sont pas indépendants ou subissent des pressions?

C’est un vrai parjure qui révèle une lâcheté et une irresponsabilité que le caractère vertueux de l’homme ne devrait guère tolérer, car se faisant, les juges remettent fondamentalement en cause, le principe de base qui détermine le Vivre Ensemble entre les créatures humaines que nous sommes.

L’acte posé par le juge du Bénin est peut-être héroïque, en ce sens qu’il dénonce une pratique non orthodoxe qui a cours sous le régime du Président Patrice Talon, mais révèle au même moment, un renoncement à un engagement essentiel qui définit la vie en société.

Car, il faut bien le comprendre, l’homme du pouvoir, du haut de son piédestal, jouissant des aveuglants avantages matériels et glorieux, aura toujours tendance à vouloir empiéter sur la marge sacrée réservée à la justice.

Il appartiendra aux professionnels de ce domaine, jouissant eux de toutes les valeurs humaines, dont l’équilibre et l’impartialité en premier, par souci de cohérence avec eux-mêmes et même d’héroïsme devant la société, d’y résister farouchement afin de ne pas mettre en péril, les valeurs essentielles qui distinguent l’humain d’un simple animal qui, par essence, vit et agit plus par instinct que par bon sens et raison que la gloire matérielle et ses intérêts ont tendance à inhiber en l’homme de pouvoir.

Tout le sens de la vie de l’homme en société se retrouve en la justice et nos professionnels du droit doivent pouvoir le comprendre et s’approprier aussi cette indéniable vérité que leur serment n’est pas une simple formalité qui s’assimilerait à un folklore, mais bien un acte sacerdotal qui engage toute leur raison d’être d’hommes et de femmes revêtus de valeurs les dissociant des autres animaux.

Manquer de jalousie dans la préservation d’un tel privilège, c’est remettre en cause tout le sens que doit pouvoir prendre la vie d’un être humain tout court. En cela, je ne crois pas qu’il ait d’acte plus grave dans ce monde!

Un magistrat qui renonce à son serment pour se soumettre aux caprices d’un quelconque homme de pouvoir, commet une bêtise ou plutôt, une bévue dont il ne manquera jamais de répondre seul devant le tribunal de l’histoire. Et c’est bien triste pour lui-même que pour la société dont tout l’espoir de vie et de survie repose pourtant en lui.

Luc Abaki

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