mercredi, octobre 5, 2022

Lutte contre la vie chère, au-delà des mesures palliatives du PR, de la nécessité d’initier des solutions structurelles

Lutte contre la vie chère, au-delà des mesures palliatives du PR, de la nécessité d’initier des solutions structurelles
Luc ABAKI

Au hasard, j’ai fait un tour éclair vendredi sur la page facebook de Amnesty International section togolaise, où j’ai lu un post faisant état d’un atelier de formation que cette ONG organise à Aneho sur la participation citoyenne des jeunes filles à la gouvernance locale. J’y apprends, qu’il sera enseigné aux participants et participantes leur droit à la participation, les techniques de leadership et les techniques de plaidoyers.

J’étais justement en train de m’indigner sur le fait que nos gouvernants ne perçoivent pas le besoin de forger des citoyens intègres, compétents, efficaces, vertueux ayant une culture de résultats à travers des initiatives de cette nature qui permettent, une fois qu’elles sont menées avec la plus grande rigueur, de mettre un terme au phénomène des cas sociaux que constituent les milliers de diplômés qui sortent de nos universités tous les ans, quand, au journal de 13heures de la télévision nationale, je perçois notre ministre de l’économie et des finances, Sani Yaya, annoncer avec solennité, les mesures prises par le président de la République en personne pour contrer la vie chère.

En égrenant point par point les dix mesures du chef de l’Etat, je réalise qu’elles relèvent toutes du palliatif, d’ordre purement conjoncturel pour circonscrire circonstantiellement les peines que subissent de pleins fouets, les citoyens togolais.

En résumé, il s’agit notamment des ressources qui servent pour le transport du fonctionnaire, la rentrée scolaire, les besoins de cuisine, d’alimentation en vue de maintenir le citoyen en vie tout simplement.

Au Total, le gouvernant donne le sentiment d’être dans l’assistanat permanent des citoyens en prise avec une crise qui les assomme de partout. Le communiqué est présenté comme s’il s’agissait d’une largesse particulière du Président de la République qui s’est donné pour « souci permanent de veiller au bien-être de toutes les couches sociales de la population togolaise » et de viser « l’inclusion et l’harmonie sociale ».

Ainsi au bout du communiqué, il exhorte simplement les togolais « à plus d’ardeur au travail, à la solidarité et au renforcement de la cohésion sociale par ces temps de crise afin de relever ensemble le défi de développement inclusif de notre pays», sans pour autant expliquer clairement que les ressources désormais mobilisées pour les causes ainsi annoncées ne viennent pas de sa poche personnelle, mais de celle de chaque citoyen-actionnaire de l’Etat.

Il s’agit en vérité du fruit du labeur du peuple lui-même, une forme de participation des citoyens à la création de la richesse nationale qui s’opère à travers les différentes taxes et impôts perçus auprès du citoyen. En clair, c’est du travail de chaque citoyen que naissent les ressources de l’Etat que le dirigeant est appelé à affecter davantage dans un domaine ou dans un autre, en fonction des besoins et des urgences du moment.

Et si l’Etat est bien obligé, malgré la précarité et les difficultés auxquelles sont confrontés les citoyens, de se contenter uniquement des mesures palliatives destinées non pas à changer leur niveau de vie, mais tout au plus à les maintenir dans la survie, c’est probablement parce que les ressources officiellement disponibles dans les caisses de l’Etat ne sont pas conséquentes pour faire davantage.

Cette hypothèse a été d’ailleurs largement soutenue dimanche par le ministre porte-parole du gouvernement dans une émission sur New World où il a expliqué que l’Etat agit en fonction des ressources disponibles. L’Etat visiblement est lui-même financièrement alité, du fait que la capacité de contribution du citoyen à la création de sa cagnotte est assez faible, sans doute parce que la marge qui lui est faite dans la gouvernance du pays pour agir davantage n’est pas conséquente.

D’où précisément, tout l’intérêt déterminant de former le citoyen lui-même sur sa participation à la gouvernance de son pays, sur l’intérêt pour lui de disposer des aptitudes et compétences requises pour mieux participer au développement de son pays par son apport à toutes les échelles de la vie de sa société. C’est alors que les citoyens eux-mêmes, une fois confiants et suffisamment conscients de leur droit à participer à la vie de la nation, se sentiraient à l’aise à travailler avec plus de fierté, d’abnégation et de dévouement pour donner davantage de moyens au dirigeant d’assoir les socles de construction d’une nation, non pas avec des solutions palliatives et conjoncturelles, mais des principes structurels qui ouvrent la voie à l’évolution progressive de la société qu’il dirige vers les faîtes de l’épanouissement.

Tout, dans une telle perspective, doit reposer d’abord et avant tout sur le citoyen lui-même, en tant qu’actionnaire incontestable de l’Etat et ses droits de toute nature qu’il importe, dans une gouvernance, de promouvoir à tout prix, afin de le mettre dans le champ de résonance le plus optimal possible en vue de l’amener à révéler la meilleure version de lui-même dont la capitalisation aboutit à plus de production, de rendement et de participation.

Ce qui suppose que le processus de l’éducation et de la formation des citoyens devra être totalement revu pour répondre à ce besoin de forge de citoyens compétents et efficaces, aptes à servir la cause commune, à travers laquelle, ils donnent un sens effectif à leur vie.

Il va donc sans dire, que l’attelage actuel que l’on continue d’appeler dans notre pays « système éducatif » ne peut répondre à une telle cause. Sa refonte s’impose de soi. Mais à défaut d’une refonte brusque d’un tel système, il s’avère nécessaire d’emprunter d’autres raccourcis, à travers des écoles de formation parallèles telles que les IFAD initiées opportunément par l’Etat, mais malheureusement très mal conduits.

A cela devra également s’ajouter la capacité du dirigeant à orienter l’investissement des ressources mises à sa disposition par le contribuable dans des secteurs porteurs et à forte croissance, tels que l’agriculture et la culture par exemple.

Mais parler de la capacité du dirigeant suppose qu’il se montre ferme et rigoureux sur l’orthodoxie à imprimer dans la gestion des ressources, sur le tri des personnes missionnées pour une telle gestion et sa disponibilité à sévir conformément aux dispositions de la loi contre tous ceux, par leurs actes, saboteraient ou trahiraient une telle mission.

Mais si en tout temps et en tout lieu, l’on note dans la gouvernance de l’Etat une forme de complaisance et de laisser-aller face à des dérapages parfois scandaleux, si l’Etat donne le sentiment aux citoyens qu’il est providentiel et peut s’occuper d’eux sans eux, si enfin, les droits élémentaires des citoyens sont bafoués au point de les abrutir et de les réduire dans la posture des assistés, la perspective d’un déclic qui fournirait plus d’énergie et de puissance à notre pays sera vaine. Tout, malheureusement, se limitera encore et toujours à des artifices, des manœuvres, des jonglages qui plongent le pays et ses occupants dans le surplace ou même le recul permanent.

Luc ABAKI

- Advertisement -

Articles Du Dossier

- Advertisement -

Les derniers articles