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Wednesday, May 12, 2021

Patrice Talon, la rupture manquée !

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Patrice Talon, la rupture manquée !
Luc Abaki

Si l’on devrait s’en tenir exclusivement à la logique de son discours, à la cohérence de ses idées, à son approche pratique et pragmatique des questions de gouvernance d’un État, l’on le prendrait volontiers, pour un visionnaire sans pareil ou plutôt, un révolutionnaire.

Patrice Talon sait parler, il sait coudre sa rhétorique et charmer son auditoire.

Mais au-delà de ceci, je ne sais pas très bien comment se présente son bilan du premier mandat, mais j’observe que plus que jamais, le Bénin est profondément divisé sous lui.

Je note avec désarroi, un nettoyage des acteurs politiques majeurs au Bénin avec des méthodes fortement discutables.

Manifestement, le chantre du mandat unique a basculé, littéralement, dans une forme corsée d’autocratie où la pensée opposée n’est pas autorisée sous son règne.

Les méthodes primaires et brutaux ont refait surface au Bénin où l’on brime, intimide, embastille, musèle et dynamite toute dynamique unitaire des adversaires politiques.

Tout ceci, parce qu’en cours de parcours, le Président Talon a senti le désir et l’envie de rempiler pour un mandat de plus, une manière flagrante de se dédire par rapport à son engagement de départ vis-à-vis du peuple béninois et sur la base duquel, il s’était fait élire en 2016 contre Lionel Zinsou, présenté à l’époque comme l’homme de la fameuse France.

En cinq ans, le Président Talon a fini d’abolir la démocratie au Bénin et ainsi d’instaurer une forme hybride de gouvernance mi monarchie mi République.

Qu’à cela ne tienne, dimanche, contre vents et marées, avec tout le forcing que l’on peut imaginer, il s’est octroyé sur le dos du peuple, un deuxième mandat avec un taux de participation officiellement arrêté à environ 50% alors que les observateurs de la CEDEAO l’ont estimé à un niveau manifestement inférieur.

Mais pire, le porte-parole du gouvernement béninois s’est réjoui, sur les antennes des chaînes internationales, d’un tel taux qui révèle qu’au moins, la moitié du corps électoral n’a mis pied dans les bureaux de vote.

Le comble, il qualifie les opposants au régime de son mentor “d’apatrides ” comme pour consacrer et assumer définitivement cette béante division dont souffre désormais ce pays de Mathieu Kerekou.

Alors je me pose deux questions toutes simples: Si le Président béninois est tant sûr de son bilan, de l’adhésion sans concession du peuple béninois à sa vision et à son projet de société, pourquoi a-t-il si peur au point de forcer la non-compétition d’autres candidats sérieux ?

Cela révèle un manque manifeste de foi en lui qui s’est mué en une phobie qui l’amène à redouter tout adversaire de taille y compris les femmes.

Deuxième question: Comment le Président béninois conçoit-il la notion de développement ? En termes de réalisation d’infrastructures, de marchés, de routes, d’hôpitaux ou précisément, en termes d’épanouissement effectif du peuple qui doit être la mesure de toute gouvernance ?

Cette dernière question est d’autant plus déterminante qu’il me parait trop facile, pour nos dirigeants, de se cacher derrière d’éphémères réalisations d’ordre matériel et infrastructurel pour s’attribuer le mérite de se maintenir au pouvoir.

Or en vérité, aucun développement sérieux et durable ne peut se faire avec un peuple émotionnellement disloqué, un peuple frustré, révolté et donc non épanoui que l’on conduit tel un troupeau apeuré.

C’est le labeur du peuple qui génère les ressources qu’utilise le dirigeant pour réaliser ce dont il est aussi à l’aise à se vanter.

Ainsi, plus le peuple est épanoui, adhère à la politique de son dirigeant, se rend complice de sa vision, mieux il contribue consciemment et significativement à produire de la richesse.

Comment donc serait-il possible d’envisager un développement sérieux en marge d’une adhésion absolue et conséquente du peuple souverain?

Sérieusement, le style de gouvernance de nos dirigeants en Afrique est à revoir, à tout prix !

Luc Abaki

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