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Thursday, February 25, 2021

Quand la HAAC au Togo devient le fossoyeur de la liberté d’expression et de la presse

Les unes des journaux

Quand la HAAC au Togo devient le fossoyeur de la liberté d’expression et de la presse
Samari Tchadjobo

Par Samari Tchadjobo
«Si la liberté d’expression se limite aux idées qui nous conviennent, ce n’est pas la liberté d’expression» Noam Chomsky (linguiste et philosophe américain)

La HAAC, c’est la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication. Et il n’y a pas longtemps nous avertissions du danger qui pourrait émaner de cette institution pour embrigader les rares journalistes qui se battent pour livrer la vraie information aux lecteurs. Nous nous appuyions sur l’injustice faite au directeur de publication de l’ »Indépendant-Express », Carlos Kétéhou, qui, après un tour de passe-passe, propre aux républiques bananières, entre le SCRIC et la HAAC, était contraint de mettre la clé sous le paillasson, mettant ainsi au chômage plusieurs pères et mères de famille. Avoir publié un article dénonçant un scandale impliquant certaines femmes-ministres de la dictature fut pour les fossoyeurs de la presse libre la goutte d’eau qui fit déborder le vase; un article qui, sous d’autres cieux ferait le chou gras de la Une de toute presse qui se respecte.

En insistant sur l’acharnement de la HAAC qui avait conduit au retrait du récépissé de paraître à Carlos Kétéhou, nous avertissions sur le fait qu’une convocation du SRIC au patron du Bi-hebdomadaire l’ »Alternative », Ferdinand Ayité, aussitôt annulée, n’était que partie remise. Aujourd’hui les évènements sont entrain de nous donner malheureusement raison. Encore une Une du journal à laquelle la HAAC a trouvé nécessaire de réagir en convocant le directeur de publication. Pour les membres de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, dénoncer un notaire, aujourd’hui Ministre de la République qui, dans l’exercice de ses fonctions en tant que notaire, aurait falsifié des documents pour escroquer un de ses clients, serait une entorse grave à la déontologie du métier de journalisme. Si dénoncer un tel délit en nommant notre fameux ministre du qualificatif qu’il mérite, était un crime de lèse-Majesté, alors que devrait faire la presse libre, sérieuse? Se contenter de suivre les autorités à l’inauguration de chrysanthèmes ou à l’ouverture des foires? Le journalisme, le vrai, à même d’éduquer et d’ouvrir les yeux au peuple, aura donc disparu.

Ferdinand Ayité est donc convoqué à la HAAC pour une audition de presque deux heures de temps pour se faire infliger quatre mois de suspension de parution. La HAAC togolaise à la gâchette facile vient une fois encore de frapper sans faire de quartier. Le directeur de publication du Bi-Hebdomadaire refuse de s’avouer vaincu et fait face en contestant les propos mensongers et surtout tendancieux contenus dans la décision de l’institution normalement régulatrice de la presse:

«Cette déclaration sentencieuse, péremptoire contenue dans votre décision de sanction rendue publique est hallucinante à tous égards, d’autant plus qu’elle ne reflète en rien le contenu des discussions et se trouve à l’opposé de vos propres propos tenus dans la salle dont nous avons répercuté certaines séquences ici. Comment pouvez-vous affirmer que le Directeur de Publication n’a apporté aucune preuve pour soutenir le bien-fondé de ses allégations alors que nous sommes arrivés à la HAAC avec une pile de documents que non seulement vous n’avez pas voulu prendre, mais qu’en plus vous avez tous déclaré que la confrontation des pièces se fait à la justice et que vous vous occupez seulement des questions d’éthique et de déontologie?…
Il y a lieu de s’inquiéter et de se poser des questions sur la mission réelle de la HAAC si vous prenez des libertés de servir dangereusement des contrevérités à l’opinion après une audition, pour jeter un média et son Directeur de Publication en pâture, le faisant passer pour un affabulateur, un colporteur de fausses informations, un diffamateur, un incompétent, dans le seul but de protéger un ministre indélicat…»

Sous une bonne dictature qui se respecte comme au Togo, des institutions chargées de la régulation de la presse, de la protection de la liberté d’expression, chargées aussi de veiller à l’égalité des chances en temps d’élections pour tous les candidats en termes de passages sur les médias publics, deviennent le gendarme qui sort la hache pour charcuter la frange la plus lucide des journalistes pour faire plaisir au régime. Avons-nous encore besoin d’une telle Autorité pas tellement haute qui semble se tromper de mission? Pendant les périodes électorales, ou même en temps normal, quand le parti au pouvoir monopolise les médias publics financés par tous les togolais, nos super-journalistes regardent ailleurs. Comme nos applaudisseurs assis au parlement-mouton, comme nos ministres qui ne sont libres de prendre aucune initiative personnelle, sauf celle du prince-héritier, les membres de la HAAC ne sont pas assez courageux pour imposer leur point de vue et remplir leur mission régalienne comme cela se passe ailleurs en Afrique.

Bien sûr, il y a une petite minorité en leur sein qui a compris qu’ils ne sont pas là pour se faire payer grassement et jouer de la figuration. Mais que peuvent-ils face à tous ces compatriotes qui n’ont rien compris à leur profession et qui se comportent comme étant en mission commandée pour faire reculer la démocratie au Togo.

Nous avons eu à travailler sous Badjibassa Babaka, actuellement premier rapporteur du bureau de la HAAC, un journaliste de formation, en sa qualité de rédacteur en chef à la TVT au début des années’90; et nous l’avions connu comme quelqu’un de réfléchi qui savait garder son calme là où d’autres auraient pété les plombs. C’est pourquoi nous ne comprenons pas pourquoi, malgré la présence d’une telle personnalité aussi expérimentée au sein de cette institution, la presse vraiment libre et indépendante soit victime de tels abus. Il en va de même pour le cas de Télou Willybronde et de bien d’autres. Aujourd’hui, que vaut leur présence à la HAAC en termes de contribution à la promotion de la liberté d’expression et de la presse, si leur rôle se résume à faire de cette institution, normalement louable, une aile marchante du régime Gnassingbé?

Un peu de hauteur quand même, Messieurs!

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