Togo : Awa Nana Dabouya drôle de médiateur de la République

Awa Nana Dabouya
Awa Nana Dabouya

Awa Nana Dabouya
Awa Nana Dabouya
Par Rode
Awa Nana Dabouya, puis que c’est d’elle qu’il s’agit, a été nommée le mercredi 24 décembre 2014, Médiateur de la République et présidente d’un Haut-commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN). Elle devrait, à ce titre, assurer la mise en œuvre des recommandations de la Commission “Vérité, justice et réconciliation” (CVJR), veiller à l’instauration d’un climat social et politique apaisé nécessaire à la réconciliation et organiser le processus d’indemnisation des victimes nées des différentes situations de crises qui ont marqué le Togo entre 1960 et 2005.

Suite à sa nomination, plusieurs acteurs politiques notamment Gerry Taama, président du parti politique Nouvel Engagement Togolais (NET) avait clamé qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle. D’autres encore avaient pensé ou continue de penser que cette dernière ne saurait être impartiale dans ses nombreuses tâches, surtout qu’elle est de coloration bleue UNIR avec un passif en partage avec le RPT. Malheureusement, ces derniers jugés à l’époque de pessimistes ou encore de radicaux semblent avoir raison de nos jours. La dame s’embrouille tout simplement entre les nombreuses tâches que le prince a choisi de lui confier en guise de récompense au service rendu à “Papa” en démissionnant de la présidence de la CENI le 23 juin 1998, deux jours après le scrutin présidentiel, laissant libre cours, illégalement, à Séyi Mèmène, ministre de l’Intérieur à l’époque, de proclamer le Général Eyadéma vainqueur, avec des chiffres dont la somme avait dépassé les 100%, tout comme ce fut le cas le 28 avril 2015 où les totaux ne tombent pas à 100%. Comme ce fut le cas toujours en 2015, il avait fallu que le Général Séyi Mémène rectifie ses chiffres le lendemain pour attribuer 52,13% à Eyadéma ‘baobab’ – comme on l’appelait, et 34,10% a Gilchrist Olympio.

A ce jour, la juge Awa Nana reste muette comme une carpe sur les raisons qui l’ont poussé à briser le serment qu’elle avait prêté d’organiser en toute transparence, le scrutin présidentiel de 1998. Seule une petite phrase que dame Awa Nana Dabouya avait laissée avant de disparaître reste dans les mémoires. ”Je suis dans l’impossibilité de remplir ma mission dans la sérénité et de déclarer officiellement les résultats dans les délais prévus par le Code” est le contenu de ce message vocal diffusé à l’époque. Disparu des radars, Awa Nana Dabouya n’est réapparu qu’à la Cour de Justice de la CEDEAO, on ne sait par quelle alchimie. Nombreux sont ces observateurs qui continuent de clamer et soutenir que ce poste à la Cour de justice de la CEDEAO était une récompense du vieux pour service rendu à la “dictature”, pardon, à la nation j’allais dire. Poste qu’elle occupera jusqu’à sa retraite au titre de présidente de la cour, avant d’être parachutée comme médiateur du HCRUNN et aussi médiateur de la République.

Pour ce qui est des compétences de Dame Awa Nana Dabouya, l’on ne saurait douter de l’aptitude de celle-ci à accomplir toutes ses tâches cumulées à son actif. Malheureusement, “qui vole, volera” dit-on. Tous les signaux envoyés par Awa Nana n’augurent nullement de lendemain meilleur aux 68 recommandations chères à la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR), dans le processus de réconciliation au Togo. Selon le décret portant sa nomination, Awa Nana Dabouya est chargée de contribuer à l’instauration d’un climat social et politique apaisé nécessaire à la réconciliation.

Là où l’on commence par redouter les compétences ou s’inquiéter de la capacité réelle de Dame Nana à assurer la médiation dans le pays, c’est son silence dans le cadre des différentes situations qui se présentent depuis sa nomination. Si on peut peut-être fermer les yeux sur les évènements qui ont marqué la période électorale, le silence de Awa Nana Dabouya dans la gestion qui se fait du fameux projet de réhabilitation de la faune qui a provoqué un drame de plus à Mango, soldé par la mort de huit compatriotes, et pire par balle, renseigne mieux.

L’on ne peut comprendre pourquoi ce silence alors qu’il s’agit là d’un terrain où les Droits de l’Homme sont piétinés et même assassinés. Dans une pareille situation qui oppose les populations aux autorités, jusqu’à mort d’hommes s’en suive, Dame Awa Nana devrait jouer son rôle de médiateur de la République pour limiter les dégâts. Hélas. Peut-être doit-on croire que ce mandat n’est pas encore entré en vigueur. Si non, qu’on constate tout simplement l’inopportunité de cette récompense trop lourde qui ne cadre avec une versatilité avérée. Drôle de médiateur de la République qui préfère fermer les yeux sur les exactions militaires pour s’attaquer à l’autre mandat beaucoup plus juteux. Sacré Togo.

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