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Monday, January 17, 2022

Togo-Précarité ambiante: Les organes de presse privée se meurent…

Les unes des journaux

Togo-Précarité ambiante: Les organes de presse privée se meurent…

Au Togo, les médias privés qui vivent principalement de ce qu’ils produisent, n’ont plus d’interlocuteurs-partenaires dont la couverture des activités ou la pub elle-même permettrait de renflouer les caisses… Voilà la triste réalité évoquée par le confrère Luc ABAKi, ancien Directeur de LCF, dans cette nouvelle chronique. Bonne lecture.

“Bonjour mon frère, je ne sais pas si tu imagines déjà l’objet de mon coup de fil, mais j’aimerais sérieusement de demander de m’aider, à travers ton carnet d’adresse, à trouver quelques publicités et sponsoring pour mon organe. Cela fait des mois que je n’ai pas pu trouver les moyens d’assurer les salaires, vraiment la situation est grave”.

Voilà en substance, le contenu d’un message qu’un responsable de télévision locale, m’a laissé au cours d’un échange téléphonique que j’ai eu avec ce dernier juste la semaine dernière. Ce langage est sans doute symptomatique d’une situation qui devient de plus en plus intenable pour les organes de presse privée dans notre pays.

Ceci se comprend aisément d’autant plus que depuis près de deux, à la suite de la survenue de la pandémie à corona virus, toutes les activités qui procurent aux médias des ressources ne sont plus de mise dans le pays.

Il faudrait peut-être opportunément le rappeler, un organe de presse vit fondamentalement de la publicité, des annonces et du sponsoring. Une télévision par exemple génère des ressources à partir des bandes d’annonces rendant compte de la tenue de certains événements dans le pays, des spots publicitaires vantant les qualités et atouts de certains produits ainsi que du sponsoring qui consiste pour une grosse boite à prendre en charge les frais de production d’une émission de grande écoute à travers laquelle elle vend son image, ses services ainsi que ses produits.

Ceci sous-entend qu’en contrepartie, l’entreprise ou l’annonceur aura un retour sur investissements à travers des achats qui se feront de ses produits et services sur le terrain. Et plus il note une plus value, mieux il s’engage à faire la pub et les annonces aussi bien dans les journaux audiovisuels que dans la presse écrite.

Malheureusement, depuis pratiquement deux ans ou même plus, il ne fait plus l’ombre d’aucun doute, les conditions de vie et d’existence des citoyens se flétrissent et se dégradent de jour en jour avec une allure inquiétante dans notre pays. Cela s’observe à plusieurs niveaux notamment dans les marchés où les prix des produits de première nécessité flambent continuellement alors qu’en retour, le pouvoir d’achat s’effondre avec une courbe en sens inverse, désarmant ainsi la population de sa capacité à acheter ces produits.

Pendant ce temps, les activités culturelles sont systématiquement interdites dans le pays, tout comme celles qui exigent des regroupements massifs de personnes. La conséquence, dans un tel contexte, ne se fait plus attendre. Les médias dont le rôle est de rendre compte au peuple de l’ensemble des faits, événements et activités qui meublent la vie du peuple, ne sont plus fournis en objet de travail.

Évidemment les annonceurs non plus n’existent pratiquement plus, tout comme les sponsors qui, ne récoltant plus de plus value, ne trouvent guère d’intérêt à prendre en charge des émissions sur les médias audiovisuels, alors qu’au même moment, très peu de citoyens sont en mesure d’acheter un journal à 250 FCFA dans le seul but de lire et de s’en quérir des nouvelles du pays.

Le comble reste surtout, la privatisation d’une structure comme Togocom qui, lorsqu’elle était étatique, faisait non seulement de la vraie publicité dans plusieurs organes, mais aussi du social avec une assistance à des couches déshéritées. Ces activités généralement couvertes par nombre de médias privés étaient payées et permettaient ainsi de générer des ressources à ces organes qui assurent ainsi leur survie.

Dès l’instant où cette entreprise et bien d’autres aussi sont passées aux mains des étrangers, ceux-ci ont drastiquement réduit leur publicité en vue de maximiser en retour de profit dont les dividendes sont littéralement envoyés hors du pays.

Résultat de course, les médias privés qui vivent principalement de ce qu’ils produisent, n’ont plus d’interlocuteurs-partenaires dont la couverture des activités ou la pub elle-même permettrait de renflouer les caisses.

Or au même moment, la fameuse aide de l’État à la presse (la dénomination elle-même en dit long), se révèle particulièrement maigre, à peine 100 millions pour tous les médias privés exerçant dans le pays. Naturellement, les directeurs de publication, les responsables de chaînes de radios et de télévisions sont tous pris à la gorge, sans aucune possibilité de produire de la richesse, à moins pour eux de procéder par miracle.

Il se pose là, un besoin urgent de repenser toute la gouvernance même de l’État de sorte à desserrer l’étau en ce qui concerne les mesures un peu trop fortes interdisant par exemple les activités d’ordre culturel dans le pays et qui, par ricochet, laissent beaucoup de citoyens sur le carreau y compris naturellement les médias privés.

A défaut d’une telle mesure, il s’avère important que les gouvernants trouvent un mécanisme plus efficient de soutien des médias privés afin d’assurer leur survie et l’exercice de leurs activités dans le pays. Sans quoi, l’on aura alors le regrettable sentiment que les gouvernants eux-mêmes œuvrent exprès pour une extinction progressive et même programmée de l’écrasante majorité de ces médias privés au Togo.

Ce faisant, le créneaux crédibles pour servir au peuple les informations de qualité servant de denrées intellectuelles pour nourrir l’esprit des citoyens manquera cruellement. Et le peuple en retour, vivra naturellement dans un obscurantisme qui le démunit de compétence à comprendre les enjeux se présentant au pays et à agir en connaissance de cause en vue de contribuer à la création de la richesse nationale et à l’évolution du pays lui-même.

Luc Abaki

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