Vers le Crépuscule du Système Dictatorial Togolais

« Seul artisan de ton bonheur, ainsi que de ton avenir » – Hymne national, la Terre de nos Aïeux

Par Dr Ati Antoine Randolph
Chers compatriotes de la Résistance togolaise
Chères sœurs et chers frères,
Vaillant Peuple Togolais,

Faisant partie de ceux et de celles qui ont appelé au boycott des élections municipales, j’ai le plaisir et le devoir de vous adresser ces lignes ci-dessous pour vous remercier d’abord et, ensuite, vous expliquer ce qui a motivé cet appel. Je voudrais aussi vous proposer un cadre conceptuel dans lequel notre lutte pourrait s’inscrire pour avancer, connaître des jours meilleurs et finalement déraciner cette vieille dictature complètement pourrie.

C’est un fait indéniable que le boycott a été largement et massivement suivi. Le peuple a une fois encore sanctionné le régime RPT/UNIR et, par la même occasion, a cloué au pilori celles et ceux de l’opposition démocratique qui ont participé à cette mascarade électorale et qui sont vraisemblablement responsables de l’enlisement de la lutte de libération. Cette lutte a trop duré et il est temps qu’elle aboutisse à un dénouement heureux dans les mois à venir car chaque jour qui passe coûte très cher à la nation et pèse lourdement sur les épaules du peuple. Nous n’avons donc plus le temps à perdre ! Nous devons abattre cette tyrannie de fer !

Les aiguilles de l’horloge cosmique tournent inlassablement et nous rapprochent donc inéluctablement de la fin du système dictatorial, néocolonial et démoniaque qui a réduit en esclavage le peuple togolais sur son propre sol.

En effet, la plus vieille dictature obscurantiste d’Afrique, ébranlée depuis le 19 août 2017 par l’insurrection populaire initiée par le parti national panafricain – PNP – ,et malgré le soutien multiforme que lui apporte la communauté internationale dont le groupe des 5 et la CEDEAO, se dirige tout droit vers les abysses où elle se dissoudra pour toujours dans l’éternité des temps, oubliée des dieux et des humains .

Les élections municipales ou « locales » du 30 juin, même si officiellement elles ont largement été remportées par le parti au pouvoir et ses partis satellites, elles n’en demeurent pas moins les prémices du crépuscule de cette dictature satanique, anachronique, corrompue et moribonde aux mains de la « voyoucratie » menée par les Gnassingbé père et fils. Nul n’ignore les conditions rocambolesques de gigantesques fraudes dans lesquelles elles se sont déroulées tout au long du processus électoral.

Ces élections témoignent ,une fois de plus, d’une part, de la nature démoniaque de cette dictature se traduisant par l’utilisation constante de la ruse, du mensonge, de la tromperie, de la corruption, de la violence créant un climat de terreur et, d’autre part, de la peur de perdre le pouvoir se manifestant par l’hystérie et l’arrogance des principaux acteurs du régime, la restriction toujours croissante des libertés individuelles et collectives , les moyens colossaux déployés pour organiser les fraudes électorales, l’achat des consciences, l’emprisonnement d’honorables citoyennes et citoyens, la propagande mensongère pour tenter de réduire la défiance du peuple à son égard.

A -Une nouvelle victoire d’étape, un nouvel ancrage pour des actions futures.

Cet important boycott, massif et franc, est une nouvelle victoire populaire et psychologique sur le régime RPT/UNIR. Cette victoire encourage le peuple à rester debout pour continuer à défier la dictature afin d’arracher la liberté, d’exiger la dignité et de réclamer le droit au bien-être car notre pays est un bien commun à nous toutes et à nous tous.

a- Boycott et abstention. Je voudrais féliciter ici pour leur clairvoyance les citoyennes et les citoyens, les mouvements et les partis politiques, les organisations de la société civile et les regroupements de la diaspora qui ont soit décidé de ne pas prendre part à ces municipales ou soit appelé à les boycotter. C’était la meilleure solution à prendre, faute de réformes garantissant la vérité des urnes. Ainsi la cohérence avec le boycott des législatives a été observée et maintenue. Avec un taux de participation réel d’environ 12%, le peuple du Togo insoumis vient de remporter comme en décembre 2018 une grande victoire, une victoire d’étape dans sa lutte de libération nationale.

b- Partisans des élections municipales. Ces municipales sont marquées par la contre-vérité des urnes et le triomphe de l’argent corrupteur. Elles ont donné les résultats suivants : RPT/UNIR: 895 sièges sur 1490. ANC – alliance nationale pour le changement, ex membre de la coalition des 14 – 134 sièges. La coalition de 14 partis politiques dite « C14 » réduite après le pseudo-dialogue à la « C7 » a obtenu 131 sièges. D’autres formations politiques dont de nombreux partis satellites dits « indépendants » se disputent le reste des sièges à pourvoir. De ce mélange incongru et hétéroclite se dégagent deux groupes dont les intérêts pourraient être conciliables.

bi – Groupe RPT/UNIR et ses partis satellites. Ce groupe est manipulé par le RPT/UNIR, le parti au pouvoir. C’est ce parti qui a organisé unilatéralement les élections et les fraudes à tous les niveaux du processus électoral, d’amont en aval, baignant dans un océan d’argent liquide. Les dignitaires du régime se sont occupés personnellement de leurs communes respectives pour voter à la place du peuple et pour le peuple !

bii- Groupe des « neutralisateurs de la lutte de libération » ayant opté de légitimer le pouvoir contesté par le peuple. Ce groupe comprend l’ANC et la fameuse » C14 « réduite à « C7 ». Ce qui est paradoxal c’est qu’aucune de ces formations qui prétendaient parler au nom du peuple ne peut avoir seule des maires sans passer par le jeu subtil des alliances politiques. Iraient-elles jusqu’à solliciter les partis satellites du pouvoir dictatorial ? La lutte de libération consiste pour vaincre à inverser le rapport des forces en faveur du peuple. Comment réussiront-elles en collaborant avec la dictature à le libérer ?

Je voudrais aussi remercier et féliciter les compatriotes qui, la peur au ventre et craignant pour leurs professions ou leurs fonctions, ont voté « blanc » ou « nul ». Je les exhorte à avoir plus de courage la prochaine fois. Ce nouveau boycott, après celui du 20 décembre, est une belle victoire psychologique et politique sur la dictature. Il constitue un nouvel ancrage pour poursuivre et raffermir notre lutte de libération nationale.

B -L’action non-violente est le salut de notre peuple

Le Togo a connu une courte période démocratique après son accession à l’indépendance avant de sombrer dans la dictature à partir de 1967. Cela fait donc plus de 52 ans que le peuple togolais lutte pour se débarrasser de cette dictature néocoloniale.

a- La victoire d’une lutte de libération nationale est-elle le fruit du hasard ? Non, sûrement pas ! Elle procède du désir ardent d’être libre porté par une très grande partie de la population, de la réflexion, de l’organisation de la résistance, des choix stratégiques etc. Autrement dit, la lutte de libération est aussi une science ; elle n’est pas une série d’improvisations relevant du bon vouloir de certains leaders au gré de leurs intérêts personnels. L’organisation de la résistance est le premier pas vers la victoire.

b- Briser maintenant le cycle tragique est la volonté du ciel. A chaque crise socio-politique ou à chaque insurrection populaire, les leaders autoproclamés ou non ont trahi la lutte du peuple et ses aspirations en signant un accord de dupes avec la dictature en conclusion d’un dialogue biaisé entre les deux parties et placé sous la médiation internationale partisane. Nous en sommes arrivés au 27ème connu sous le nom de « Dialogue Lomé 2018 ». Si ces leaders sont si friands de dialogues, cela voudra dire que ceux-ci leur rapportent des avantages matériels et financiers importants. Vu l’engouement populaire qui a suivi l’insurrection du 17 août, il était impensable que la lutte n’aboutît pas à la victoire ! Surtout que le régime est à bout de souffle, qu’il a montré ses limites et qu’il est irréformable. Le cycle tragique dans l’enfer togolais peut se résumer de la façon suivante : Mauvaise gouvernance – Contestation pacifique du pouvoir – Répression sauvage – Pseudo dialogue ( accord de dupes )- Elections frauduleuses – Paix du cimetière ( sans liberté et sans justice ). Heureusement que le Créateur est là et que ses lois cosmiques agissent implacablement. Selon la loi de changement, une chose arrivée à l’extrême se transforme nécessairement en son contraire. Donc, la dictature devra se transformer inéluctablement en une autre mode de gouvernance opposée à elle : la démocratie. Par ailleurs, le bien et le mal coexistent dans le monde humain et sont en lutte permanente, tantôt le mal l’emporte sur le bien, tantôt le bien domine le mal. Comme la dictature a fait beaucoup de mal et ce durant 52 ans, les divinités droites ont décidé de soutenir le bien. C’est pourquoi le peuple a eu un mandat céleste de se débarrasser de la dictature. Le mandat céleste ne passe pas par les élections. Il exige une action dynamique et tranchante !. N’oublions pas non plus que le bien est rétribué par le bien et le mal par le mal.

c- Quel est le meilleur terrain de lutte pour notre peuple ? Dans un combat, on ne commence jamais à attaquer l’ennemi sur le terrain qu’il maîtrise le mieux et où il se sent fort. Il y a deux terrains à éviter à tout prix dans notre pays où la dictature militaro-civile excelle.

ci- Le terrain militaire. Ce terrain est puissamment occupé par les forces armées togolaises – FAT – qui incarnent réellement la dictature. Le problème togolais est avant tout le problème de l’armée, une armée non républicaine aux ordres de la France et donc soutenue inconditionnellement par ce pays. Compte tenu de l’exigüité du territoire, du tempérament de la population et de nombreux autres facteurs, la lutte armée ne devrait même pas être envisagée.

cii- Le terrain électoral. Il est entièrement contrôlé par le régime dictatorial et minoritaire qui a la mainmise sur les institutions de l’Etat. Il organise unilatéralement les élections avec la bénédiction – voire la complicité – de la communauté internationale. C’est à croire que ce régime a reçu carte blanche pour organiser les élections comme bon lui semble. C’est pourquoi, comme je l’ai plusieurs fois écrit et d’autres compatriotes l’ont aussi dit, la voie électorale sous cette dictature n’est pas la solution, c’est une voie plombée, une voie sans issue. Malheureusement, c’est cette voie que l’opposition qui a choisi de légitimer la dictature emprunte régulièrement et sans succès depuis 1993 ! Le dogme selon lequel « un parti politique ne boycotte pas les élections » est faux. Il ne peut justifier la trahison de cette opposition opportuniste à l’égard du peuple. Au bout de tant d’années d’échecs, ne devrions-nous pas changer le fusil d’épaule et explorer une autre voie ?

ciii- La voie insurrectionnelle ou la voie de la rue ! Tous les gouvernants ont peur des révoltes populaires parce qu’ils ne les maîtrisent pas. Ils ont peur de la rue ! La rue est pourtant le lieu où la démocratie s’exerce par excellence. Pourquoi effraie-t-elle tant nos soi-disant démocrates ? Toutefois, pour que cette voie porte des fruits, elle doit être bien organisée et intégrée en aval de la lutte non-violente. Lorsqu’elle n’est pas bien préparée et qu’elle aboutit à la victoire, le peuple est alors dépouillé de sa victoire. La récupération de la victoire est rapide dans ce cas.

d- Cadre conceptuel de l’action non-violente pour la libération. Selon les spécialistes de la lutte non-violente tel que Gene Sharp(1), l’action non-violente comme méthode de lutte de libération nationale est, par rapport à la lutte armée, beaucoup moins coûteuse en vies humaines et en biens matériels et elle est aussi efficace sinon plus. Gene Sharp expose dans son célèbre livre « de la dictature à la démocratie » le cadre conceptuel pour la libération qu’il faudrait adapter à chaque pays et à chaque peuple. L’action non-violente repose sur trois principes incontournables –Désobéissance civile – Non-coopération – Insoumission généralisée – dont le strict respect ébranle la dictature qui, au contraire, a besoin de l’obéissance, de la coopération et de la soumission de la population pour pérenniser son pouvoir. Bien sûr qu’il faudra mettre sur pied une bonne organisation pour mener la lutte, élaborer une stratégie globale, appliquer des méthodes et des moyens adaptés au pays, avoir un programme commun de société etc…

e- Organisation de la résistance. « Résister, c’est le début de la victoire » a déclaré Adolfo Pérez Esquivel (2). Nous devons dire un non ferme à la dictature et ne plus lui laisser le champ libre pour faire ce qu’elle veut. Désobéir est un devoir constitutionnel ( art. 150 constitution 1992 ). Nous devons nous rassembler et nous organiser en conséquence et apprendre à travailler collectivement. Etre ensemble dans cette lutte, ce n’est pas être côte à côte comme dans la C14 mais c’est être la main dans la main et voir les cœurs battre à l’unisson pour la même cause et les mêmes objectifs. La résistance repose essentiellement sur la société civile regroupant toutes les forces vives éprises de liberté. Les mouvements et partis politiques qui veulent vraiment la libération de la mère patrie font partie intégrante de la résistance ainsi que la diaspora démocratique et indépendante. La Résistance se dotera d’une direction collégiale et représentative. Celle-ci sera chargée d’organiser, de diriger et de conduire la lutte de libération à la victoire. Elle formera l’ossature du gouvernement de transition.

Avant de conclure ce message, je voudrais vous faire ici une confidence. Une dizaine de jours avant le scrutin des municipales, un compatriote activiste, sympathique, amical et « pro-locales », ayant appris mon appel au boycott et pour me charrier un peu m’a envoyé un texto : » Hummm ! Doyen, je respecte ta vision ou encore tes mots mais je pense qu’ils sont venus trop tard et le médecin après la mort ne sert pas à grande chose ». Je lui ai répondu par texto en ces termes : » Si ce médecin arrivait à posséder la science divine il pourrait faire des miracles » ! Le miracle a eu lieu mais il est exclusivement l’œuvre de Dieu. Car Dieu nous a éclairés et nous a permis d’être cohérents avec le boycott des législatives : » pas d’élections sans réformes ».N’est-ce pas le principe ? La cohérence est aussi une qualité divine et fait partie de la vérité. C’est dommage que les organisations confessionnelles qui ont appelé à participer aux » locales » aient manqué à ce point de sagesse.

Chers compatriotes ! Nous sommes un peuple de Dieu ! C’est dire que nous avons une filiation divine privilégiée et que nous ne sommes pas descendus des singes anthropoïdes. Et nous avons reçu un mandat céleste pour nous libérer de l’emprise démoniaque que cette dictature exerce sur nous. Nous ne devons plus accepter les humiliations et la misère dans lesquelles nous vivons chaque jour. Notre pays est lourdement endetté et se trouve dans un état de délabrement avancé. La misère est partout, dans tous les domaines de la vie publique et particulièrement le domaine social engendrant d’énormes problèmes sociaux. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème de liberté ; il s’agit de notre existence même en tant qu’êtres humains et de notre patrie en tant que nation libre et souveraine. Nous sommes les seuls artisans de son bonheur ainsi que de son avenir. Il s’agit aussi du problème de la compassion envers les sans-voix, celles et ceux qui souffrent le plus parmi nous. Il s’agit également de prouver que nous méritons et que nous pouvons accomplir la promesse de Dieu de faire de nous l’ »Or de l’humanité et donc de devenir Ses agents pour participer à la gestion de Ses œuvres dans l’espace où vit l’humanité.

Chers Compatriotes ! Pour nous défaire des chaînes qui nous entravent, seule la lutte non-violente peut nous conduire à notre véritable libération et nous assurer de la réalisation possible de nos rêves. Cette lutte est à la fois une lutte existentielle et une lutte de libération nationale. Si nous agissons vraiment ensemble dans cette voie, dans l’unité, l’année 2020 sera celle de la Transition, l’alternance démocratique pour l’application d’un programme de société commun et l’émergence d’une nouvelle société républicaine, juste, bienveillante et fraternelle.

Alors, j’appelle, j’appelle de toutes mes forces le Peuple dans sa globalité à rester debout et à s’engager résolument dans cette lutte de libération car elle est juste, légitime, citoyenne et prometteuse d’un avenir radieux pour tous. « Vox populi, Vox dei » !

Ensemble, pour le bien de tous, bâtissons la nouvelle Cité, bâtissons la Splendeur ! La Joie approche ! : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres »(3) La victoire est certaine !

Vive la totalité de la Liberté la plus large !

Vive le Togo libre !

ABLODE BLIBO ! ABLODE GBADZA !

Colmar, le 24 juillet 2019

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