Me Yawovi Agboyibo, « Président fondateur du CAR » hier, aujourd’hui et demain

Me Yawovi Agboyibo, « Président fondateur du CAR » hier, aujourd’hui et demain
Me Yawovi Agboyibo

Comment Me Yawovi Agboyibo a toujours volé au secours du régime des Gnassingbé

Me Yawovi Agboyibo, « Président fondateur du CAR » hier, aujourd’hui et demain
Me Yawovi Agboyibo

La crise traversée par le Comité action pour le renouveau (CAR) a atteint sa phase critique, avec des militants qui s’en prennent au Secrétaire général Jean Kissi dans son propre fief de Vogan, pour son rôle trouble et son appui à Yawovi Agboyibo. Dans une interview qu’il a cru devoir se faire faire (sic), le « Président Fondateur » n’a qu’ébauché la chienlit qu’il a créée, abordant par contre la situation politique dans sa globalité et lâchant des mots qui, à l’analyse, sentent comme une opération « sauvetage » de Faure Gnassingbé bien en difficulté, dans le débat d’actualité sur les réformes. Un service (sic) qu’il a toujours rendu au pouvoir RPT/UNIR dans les moments de difficulté. Revisitons le passé, avec des témoignages à l’appui de certains proches, pour mettre en exergue le parcours hors pair de cet homme qui s’illustre comme un pourfendeur de l’alternance au Togo.

Agboyibo au secours de Faure Gnassingbé

On retiendra que dans cette interview accordée –hum- au confrère afreepress, Yawovi Agboyibo n’a fait que du Agboyibo. Sur l’échec de la démocratie et de l’alternance au Togo, il a encore jeté la pierre aux autres, comme il sait si bien le faire. « (…) Si contrairement à ce qui s’est passé au Bénin, le processus démocratique a dérapé au Togo, c’est qu’avec l’entrée en scène des populistes en mai 1991, le peuple a soudainement changé d’attitude sur la question du dialogue avec le régime », a-t-il dardé, s’enorgueillissant d’avoir réussi, avec son FAR (Front des associations pour le renouveau) dans les années 1992, à mobiliser les populations et faire changer beaucoup de choses grâce au dialogue avec le régime. En parlant de populistes, il faisait simplement allusion à l’Union des forces de changement (UFC). « (…) Il est inadmissible de chercher à faire de la rue un lieu de conquête du pouvoir dans la mesure où le risque de confusion des fins est de nature à justifier les inquiétudes des gouvernants et à desservir l’utilisation de la voie publique comme moyen de défense des droits humains et des libertés publiques », a-t-il ajouté, entre autres propos.

Le commun des Togolais devrait s’attendre à voir le Président d’honneur du CAR s’épancher sur la crise qu’il y a créée par ses ambitions suicidaires et éclairer l’opinion. Mais, aussi bizarre que cela puisse paraitre, Yawovi Agboyibo n’a abordé la question que dans une demi-phrase au passage. Preuve que l’intérêt de cette interview se trouve ailleurs. « Le message du Président Faure Gnassingbé à Berlin me parait être une réaction de désespoir aux multiples dialogues qu’il a initiés sans lendemain à l’endroit des acteurs politiques depuis l’APG (…) Depuis lors, les dialogues initiés par le pouvoir n’ont dégagé le consensus qu’il fallait en termes de participants pour leur conférer un caractère national. Le Chef de l’Etat ne pouvait, dans ces conditions, continuer indéfiniment à initier des invitations au dialogue. Il a fini par en être désespéré», a-t-il déclaré, à propos de la proposition de Faure Gnassingbé de se référer désormais aux « intellectuels » pour plancher sur la question des réformes constitutionnelles. Une façon tacite de légitimer cette suggestion bizarre, au moment où elle est décriée de toutes parts par l’opposition. Pour des observateurs avisés, c’est ce sujet qui justifie toute l’interview, le reste n’étant destiné qu’à brouiller les pistes. Cette assistance portée au Prince n’est qu’un pan des nombreux services discrets rendus par le « Bélier noir » au régime du père et du fils pour le sauver, aux dépens des intérêts du peuple togolais.

Visite sur le passé noir du « Bélier noir »

1991. Les Togolais avaient demandé la démission d’Eyadema. Le pouvoir était fragile, certains diront qu’il était à terre. Mais le « Vieux » sera sauvé par un opposant, Yawovi Agboyibo. Ce dernier monta au créneau avec Me Joseph Koffigoh pour dire qu’elle n’était pas opportune. Leur argumentaire était que la démission du Général Eyadéma créerait un vide constitutionnel et la situation serait intenable. Il fit alors tout pour démotiver ses camarades de lutte et casser la dynamique. Conséquence, Eyadéma fut sauvé, se requinqua et conforta son pouvoir (confer Jeune Afrique N°143 – mai 1991)

1993. L’opposition togolaise avait choisi à Cotonou au Bénin Edem Kodjo comme candidat unique pour affronter Eyadéma, ce qui créa des soucis chez ce dernier. Mais patatras, de retour à Lomé, le « Bélier noir » annonça à la surprise générale sa candidature. Et après avoir tout fignolé avec Eyadéma, loin des yeux et des oreilles indiscrets, il surfa sur le rejet de la candidature de Gilchrist Olympio pour prôner, hypocritement, le boycott, histoire de présenter Edem Kodjo comme le seul accompagnateur et faire-valoir du dictateur. Dépité par ce revirement aux allures d’un sabotage en règle, le patron de l’Union togolaise pour la démocratie (UTD) se vengea à son tour après les législatives de 1994, en se faisant nommer Premier ministre, non sans avoir subi à nouveau les fourberies du « Bélier noir » de Kouvé.

1998. Gilchrist Olympio – l’authentique s’il vous plaît – avait battu à plate couture Eyadéma à l’élection présidentielle de juin. Il fallait pour le Général trouver une formule pour faire un hold-up électoral, d’où la conspiration de la démission plus que stratégique d’une certaine Awa Nana, alors présidente de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) – celle que l’on présentait comme ayant voulu saboter la victoire du Général, la « traitre » donc sera bizarrement promue à la Cour de justice de la CEDEAO avec la caution du régime. Alors que le « Baobab » manœuvrait et que son camarade (sic) Gilchrist Olympio réclamait à cor et à cri sa victoire, tel Robin des Bois, Yawovi Agboyibo bondit et proclama qu’en l’état actuel des choses, le candidat de l’Union des forces de changement ne pouvait pas être déclaré élu. Mais lorsqu’Eyadéma mit le pied dans le plat et se fit proclamer vainqueur, avec la démission factice de l’actuelle Mme HCRRUN et la montée en scène du Général Séyi Mémène, le « Bélier noir » n’avait pipé mot.

1999 et 2002. Avec le dialogue ayant abouti à l’Accord cadre de Lomé, Agboyibo avait joué un rôle fondamental pour empêcher Gilchrist Olympio, qui en avait fait la demande, de rencontrer le Général Eyadéma pour une résolution consensuelle et définitive de la crise. « (…) Sa crainte, c’était de se faire dénuder et griller parce que jusque-là, c’est à lui que l’absence de Gilchrist Olympio profitait le plus. Si les deux adversaires arrivaient à s’entendre, on n’aurait plus besoin de ses services obscurs », confie un de ses anciens disciples.

Suite au non respect par Eyadema de ses engagements pris, Yawovi Agboyibo avait joué un rôle important dans le boycott par l’opposition des élections législatives de 2002. Une voie dans laquelle il avait embarqué l’UFC de Gilchrist Olympio et ses lieutenants. Les conséquences, on les connaît tous ; c’était l’élection d’une Assemblée nationale « mouton » qui allait « toiletter » la Constitution en décembre 2002 pour permettre à Eyadéma de jouer la prolongation après ses deux mandats, récidiver dans la nuit du 5 au 6 février 2005 après la « catastrophe nationale » avec les multiples tripatouillages de la Loi fondamentale et ainsi instaurer la chienlit.

2005. Pendant que l’opposition battait le pavé et réclamait le retour à l’ordre constitutionnel et notamment de Fambaré Natchaba à la présidence de l’Assemblée nationale afin d’assurer l’intérim de la présidence de la République, « Agboblack » qui entretenait des rapports étroits avec Faure Gnassingbé depuis le vivant d’Eyadema, allait négocier, loin des yeux et des oreilles indiscrets, le poste de Premier ministre. Tout en feignant de lutter pour le peuple, il luttait donc pour ses propres intérêts. Un micmac dont avait d’ailleurs parlé TV7 à l’époque. C’est dans cette optique qu’il avait œuvré pour que le candidat unique de l’opposition fût Bob Akitani (paix à son âme), avec le soutien de Gilchrist Olympio et ses lieutenants qui ignoraient tout des desseins obscurs du « Bélier noir » de Kouvé. Il s’était surtout battu contre la candidature du Prof Léopold Gnininvi, à l’époque la meilleure alternative pour l’opposition. « La vérité, c’est qu’il avait déjà échafaudé ses plans. En cas de partage du pouvoir, lui qui s’illustrait en opposant « modéré » pouvait être la solution. Pendant ce temps, il guettait une erreur de Gilchrist Olympio et ses hommes. Et les conciliabules entre Faure et Gilchrist ont été une aubaine. Il en a profité pour prendre la présidence du dialogue de l’APG et devenir plus tard Premier ministre du Gouvernement d’union nationale, au grand dam de l’UFC dont les dirigeants ignoraient tout de ses calculs secrets. Pour continuer de profiter du statu quo, il avait déconseillé Faure Gnassingbé de mettre en oeuvre les réformes prescrites, car elles profiteraient à l’UFC et à Gilchrist Olympio – Ndlr, un cadre du parti a fait récemment des révélations similaires dans une déclaration publique. Et le chef de l’Etat qui était dans une logique de conservation du pouvoir n’avait fait que s’aligner sur la position de celui qu’il appellerait affectueusement Boulanger », explique un ancien disciple de l’homme qui nous apprend que « Boulanger » est le surnom donné au « Bélier noir » par le Prince pour ses services louches rendus au clan Gnassingbé. « Quand il l’appelle, il lui demande quel pain il lui propose face à un problème donné », nous confie-t-on.

2010. A l’initiative de l’ancien ministre de l’Intérieur François Boko, tout était scellé à Paris et tout le monde avait accepté s’aligner derrière le candidat du parti le plus représentatif de l’opposition, Jean-Pierre Fabre donc. Mais Yawovi Agboyibo sera des tout premiers à ravaler son vomi de retour à Lomé et annoncer sa candidature. Il dira plus tard après le hold-up de mars et lors du débat sur la vérité des urnes qu’il était arrivé 3e ; mais jamais, il n’a eu le courage de dire à l’opinion qui était 1er et qui était 2e, entre Faure Gnassingbé et Jean-Pierre Fabre.

2011. Les mouvements estudiantins, avec à leur tête le Mouvement pour l’épanouissement de l’étudiant togolais (MEET) proche du CAR, secouaient le campus de Lomé avait fini par fermer l’université. Le 3 juin, les étudiants se sont donné rendez-vous sur le terrain du bas-fond du Collège Saint-Joseph pour marcher sur la présidence de la République et se faire entendre. Le pouvoir était très fragile et avait peur. Même Agboyibo ne s’attendait pas à une telle ampleur. Il nous revient que dépassé, le Prince de la République s’était rabattu sur le Boulanger, puisque Adou Seibou et ses camarades avaient éteint leurs portables, mais ils avaient des numéros spéciaux que seul le « Bélier noir » connaissait. Et Agboyibo a fini par tout livrer et le lendemain, la manifestation a été étouffée dans l’œuf, les responsables du MEET n’étant pas là pour indiquer la voie à suivre aux étudiants. Selon les confidences, c’est suite à cette trahison qu’Adou Seibou s’est décidé à rallier le camp qu’il avait combattu…

2012. Yawovi Agboyibo a joué un rôle fondamental lors des manifestations historiques organisées à l’époque par le Collectif « Sauvons le Togo » à la place Dékon. Selon les indiscrétions, il aurait conseillé le Prince d’utiliser la méthode forte pour disperser la foule, voyant l’ampleur de la mobilisation. Tout le monde connaît la suite.

2014. En plein débat sur le processus de réforme constitutionnelle et la candidature de Faure Gnassingbé à un 3e mandat en avril 2015, Agboyibo est entré en scène pour proposer une formule donnant l’impression de couper la poire en deux, mais visant à accorder un 3e mandat à Faure Gnassingbé. On se rappelle, il avait requis que l’on commence à lui décompter les mandats à partir de 2010 ; ce qui ferait de 2020 la fin de son second et dernier quinquennat.

Toujours en cette année, notamment au cours du mois d’août, en plein conclave entre la Coalition « Arc-en-ciel » et le CST, « Agboblack » avait semé le désordre en faisant parler ses fameux Jeunes Libéraux et révéler les secrets du conclave. Une façon de saboter l’union que les deux parties tentaient de sceller et qui ne devrait pas l’arranger, projetant secrètement se faire coopter comme candidat du CAR, de la Coalition Arc-en-ciel et même unique de l’opposition. Par après, il a prôné le boycott pour permettre à Faure Gnassingbé de rester au pouvoir.

On peut multiplier les exemples pour illustrer la perfidie de Yawovi Agboyibo. « Tant qu’Agboyibo est là, l’opposition ne réussira rien au Togo », aurait dit un chef traditionnel de Hô au Ghana qui connait bien l’homme, à en croire une source proche du CAR.

Tino Kossi

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