Aéroport de Lomé : La minorité de Faure Gnassingbé commence à avoir des visages, Zoom sur les actionnaires de SERVAIR-Togo

Aéroport de Lomé : La minorité de Faure Gnassingbé commence à avoir des visages, Zoom sur les actionnaires de SERVAIR-Togo

SERVAIR, filiale d’Air France, est la première entreprise française de commissariat aérien. Créée officiellement en 1971, elle occupe le 3è rang mondial avec près de 40 implantations dans le monde. SERVAIR offre à Air France et à plus de 120 compagnies aériennes clientes à travers le monde un ensemble de services indispensables aux métiers du transport aérien et au confort du passager. Disposant d’une position leader à Paris et en Afrique, elle intervient dans trois pôles d’activités. Le catering aérien (les menus standards, menus sur-mesure, les saveurs du monde, la cuisine cultuelle, le service sommelier, traiteur, les restaurants d’aéroports, bases vie, etc.). Ensuite les services aéroportuaires (nettoyage et armement cabine, service presse, assistance aux personnes à mobilité réduite, gestion des salons d’aéroport, gestion des duty free au sol et en vol, formation aux métiers aéroportuaires) ; et enfin Engineering et intégration de services ( 40 ans d’expertise de conseil au service du secteur aérien, construction de catering, expertise technique, gestion de l’Inflight Service pour les compagnies, formation des personnels navigants, achats matériels, etc.). Servair dispose de 10 mille collaborateurs avec un chiffre d’affaires déclaré de 789 millions d’euros en 2012.

SERVAIR est implantée en Afrique depuis 1989 et sera installée au Togo en 1999, soit dix ans plus tard via Lomé Catering. Située dans la zone de l’aéroport international Gnassingbé Eyadema, Lomé Catering / SERVAIR dispose d’une structure de 600 m2 avec une zone de production alimentaire dotée d’équipements de préparation, de cuisson et de conservation permettant de répondre aux attentes de ses clients. Les véhicules adaptés permettent les livraisons à temps pour les compagnies aériennes, les établissements clients et les lieux choisis par les clients.

Dans la foulée de l’inauguration en grande pompe de la nouvelle aérogare de Lomé construite sur un prêt chinois (110 milliards à rembourser en 25 ans, encore qu’une grande partie des sous a pris une autre destination), la Rédaction de L’Alternative a cherché à connaître l’identité de ceux qui sont les actionnaires de Lomé Catering/ SERVAIR Togo. Le résultat, comme l’indique le tableau ci-dessous, renseigne sur le profil de la minorité qui accapare les richesses du pays dont le chef de file n’est autre que Faure Gnassingbé. Sur les 10 mille actions de Lomé Catering en dehors d’Afrique Catering et de la Société Aéroportuaire de Lomé Tokoin (SALT) qui cumule 6800 actions, les autres, soit 3200, ont été gracieusement distribuées aux barons du régime. Feu Gnassingbé Eyadema lui-même avait sa part certainement récupérée aujourd’hui par Faure Gnassingbé, son ancien banquier tombé en disgrâce et mort à Paris, Alexis Lamseh Looky en disposait aussi, tout comme les dinosaures Walla Koffi, Akrima Kogoe, Payadowa Boukpessi ainsi que d’autres proches du régime.

Il appert à l’analyse et de façon scandaleuse que M. Kogoe Akrima, Directeur Général à vie de la SALT, actionnaire de Lomé Catering, possède lui-même 700 actions avec des dividendes nets en 2014 de 24 969 000 fcfa, une sacrée prise illégale ’intérêt, un mélange de genre qui caractérise la gouvernance de Faure Gnassingbé depuis 11 ans.

En parcourant le budget de l’Etat gestion 2016, on découvre que les prévisions en recettes de la SALT sont en chute libre. En 2014 par exemple, la SALT prévoyait dans la loi de finance des recettes de 350 millions. Il apparait que les dividendes nets de cette année soit 117 711 000 l’apport des 3500 actions de Lomé Catering. Pour les deux années suivantes, la SALT prévoit des recettes standards de 300 millions en 2015 et 2016. Est-il normal dans un pays qu’un employé de l’Etat, dirigeant une société d’Etat, prenne des actions au même titre que la société dont il a la responsabilité dans une autre société ? Il en est de même d’un certain Koffi Kadanga Walla qui symbolise à lui seul le grand scandale de la gestion calamiteuse de Faure Gnassingbé. Voilà plus de 17 ans que ce monsieur est à la retraite, mais au nom d’un pacte dont lui et Faure ont le secret, il continue de diriger la Caisse Nationale de Sécurité Sociale devenue en réalité son entreprise personnelle. Lui aussi s’est arrangé pour mettre la main sur 400 actions dans Lomé Catering.

Un autre et non des moindres se nomme Payadowa Boupkessi. Eternel ministre depuis 1990, il fait partie de ces barons qui ont siphonné à grande échelle les ressources de l’Etat togolais. Ministre de l’Economie et des Finances en 2005, il a été débarqué en 2007 suite à un transfert douteux de fonds à la BIA Togo. L’affaire n’a jamais connu de suite. Mis à la touche, il est revenu au gouvernement après s’être fortement impliqué dans le hold-up électoral de la présidentielle de 2015 en tant que membre de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Lui aussi dispose de 500 actions dans l’entreprise Lomé Catering.

Le fond du problème ici n’est pas tant la prise des actions dans cette société. N’importe quel particulier peut le faire. Ce qui frise le scandale, c’est la posture des dirigeants qui sont à la fois décideurs au sommet de l’Etat et actionnaires dans plusieurs entreprises. Ce qui constitue un conflit d’intérêt.

LOME CATERING : Dividendes à distribuer exercice 2014, Montant total à distribuer (FCFA) 410 000 000

La minorité qui accapare les richesses du pays en prenant les actions dans les sociétés a-t-elle une couleur ethnique ? Le décryptage du tableau renseigne qu’en dehors d’Afrique Catering, de la SALT qui sont dirigées par les barons du régime, en dehors du Général Gnofame Zoumaro qui fait exception, la majorité du reste des actionnaires sont d’une même ethnie et cette évidence crève les yeux. Le cas typique de Lomé Catering n’est que la partie visible de l’iceberg. Les mêmes barons et bien d’autres qui pillent déjà les sociétés d’Etat possèdent les actions dans toutes les entreprises implantées au Togo, même celles de droit étranger dont on exige parfois d’ouvrir l’actionnariat aux nationaux tout en sachant que ces actions tomberont dans l’escarcelle des mêmes personnalités. On peut facilement imaginer à partir du cas de ce document, les milliards que ces gens ramassent juste en faisant le tour chaque année dans les sociétés où ils possèdent des actions. Lorsqu’on inaugure la nouvelle aérogare, l’hôtel Radisson Blu et bien d’autres infrastructures sur des prêts à rembourser sur des années par les contribuables, on fait croire aux citoyens qu’ils en seront les premiers bénéficiaires ; mais en réalité ce sont les tenants du régime, cette fameuse minorité dont les visages commencent à apparaître qui font les affaires avec le pays. Ils ont d’ailleurs réussi à faire de Lomé Catering une entreprise inscrite en zone franche, ce qui induit des avantages et des facilités, mais aussi un traitement peu convenable par les employés.

Dans le rapport 2015 du gouvernement des USA sur la situation des droits de l’homme au Togo, on peut lire qu’au Togo, le clientélisme, le régionalisme et le népotisme sont toujours d’actualité et ceux qui bénéficient des ressources du pays sont ceux qui sont proches du pouvoir. Les réalités sont désormais connues, il ne reste qu’à Faure Gnassingbé de montrer aux Togolais qu’il est capable de mettre fin au pillage des ressources du pays par cette minorité dont il est le vrai patron.

Ferdi-Nando

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