Affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé : Les inculpations de plusieurs leaders du CST annulées, la question des vrais commanditaires demeure

Affaire des incendies des grands marchés de Kara et de Lomé. Les Togolais ont sans doute oublié ce crime qui a anéanti les bonnes femmes et endeuillé des familles entières, subjugués qu’ils sont par les affres quotidiennes de la vie. Ce dossier vient de connaitre un rebondissement. Il s’agit de l’annulation des inculpations de plusieurs personnes, notamment des leaders du Collectif « Sauvons le Togo » abusivement présentés jusque-là comme les commanditaires de ces incendies. Cette évolution remet à jour la question des vrais ordonnateurs de ces incendies criminels de janvier 2013.

Affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé : Les inculpations de plusieurs leaders du CST annulées, la question des vrais commanditaires demeure

Rappel des arrestations et inculpations
A peine les dernières braises ont-elles été maitrisées que le pouvoir a enclenché une chasse aux opposants, notamment les militants et/ou responsables du Collectif « Sauvons le Togo », présentés comme les auteurs et/ou commanditaires de ces incendies. Ils étaient une bonne quarantaine de personnes à être arrêtées, inculpées et déposées pour certaines. Pour permettre aux lecteurs de faire un décompte à la fin et d’appréhender la problématique, on fait un rappel des arrestations et inculpations.

C’est Gérard Adja, le Vice-président de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS) qui avait ouvert le bal, arrêté le dimanche 13 janvier 2013 et détenu à la Gendarmerie nationale. S’en suivront Suzanne Kafui Nukafu-Dogbevi, présidente du regroupement des femmes de l’ANC du marché du quartier Nukafu à Lomé, appréhendée le lundi 14 janvier 2013 ;
Agbéyomé Kodjo, Président de l’OBUTS, arrêté à son domicile le mercredi 16 janvier 2013 et détenu à la Gendarmerie nationale ;
Toussaint Tomety alias Mohamed Loum, appréhendé le 18 janvier 2013 par des éléments du Service de renseignements et d’investigation (SRI) ;
Alphonse Kpogo, ex-Secrétaire général de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral(ADDI), arrêté à son domicile le mercredi 23 janvier 2013 ;
Tchagnaou Ouro-Akpo, député de l’ANC, appréhendé au domicile d’un parent le lundi 28 janvier 2013, détenu au Camp de la Gendarmerie nationale à Lomé ;
Tchakoura Bode, membre du bureau exécutif du Pacte socialiste pour le renouveau (PSR) et trésorier du CST, arrêté à son domicile le 23 février 2013, détenu à la réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Jean Eklou, Président de la Jeunesse nationale pour le changement (JNC), arrêté le mardi 23 janvier 2013 et détenu à la Gendarmerie nationale ;
Apollinaire Athiley, président de la sous-section ANC de Kodjoviakopé, chauffeur et garde de Jean-Pierre FABRE, appréhendé le vendredi 25 janvier 2013 et détenu à la réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Christophe Komlan Agbegnezi, militant de l’ANC, arrêté en janvier 2013 et détenu à la réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Maurice Kossivi Eklou, militant de l’ANC, appréhendé en janvier 2013 et détenu à la réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Taïrou Akpovi, Vice-président de la fédération de l’ANC-Ogou, arrêté le dimanche 27 janvier 2013 à Atakpamé et détenu à la Gendarmerie nationale à Lomé ; Hervé Senou, militant de l’ANC, arrêté en janvier 2013 et détenu à la Réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Ayawo Etienne Mivegbo-Toukpoui, militant de l’ANC, arrêté en janvier 2013 et détenu à la Réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Etienne Yakanou, membre de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), président de sa sous-section Avé-Maria et membre de son bureau fédéral de la Préfecture du Golfe ;
Ignace Missehoun, militant de l’ANC, appréhendé en janvier 2013 et détenu à la Gendarmerie nationale ;
Pasteur Godwill Nyonator, arrêté le 21 janvier 2013 et détenu en toute illégalité à la Réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Fofo Kokou Migan, militant de l’ANC, appréhendé en janvier 2013 et détenu à la Brigade anti-gang de la Police nationale ;
Ayéwa Mathieu Assogba, arrêté au mois de janvier 2013 et détenu à la Brigade anti-gang de la Police nationale ;
Josué Sovi Yalou, militant de l’ANC, arrêté en janvier 2013 et détenu à la réserve de la Gendarmerie nationale à Cacavéli ;
Séna Amavi, militant de l’ANC, appréhendé en janvier 2013 et détenu à la Gendarmerie nationale ;
le Chef d’escadron Olivier Poko Amah, président de l’Association des victimes de la Torture au Togo (ASVITTO), déféré à la Prison civile de Lomé le lundi 27 mai 2013 ;
Frédéric Abass Kaboua, président du Mouvement des républicains centristes (MRC), déféré à la Prison civile de Lomé puis transféré à Notsé ;
Nicolas Manti, Député de l’ANC, arrêté à Lomé au mois d’octobre 2013 et détenu à la Gendarmerie nationale depuis lors.

Il y a eu aussi des arrestations à Kara.
Pyabalo Aimé Kaming, responsable étudiant appréhendé le 23 janvier 2013 et détenu à la Prison civile de Kara ;
Tchein Napo, arrêté le 23 janvier 2013 et détenu à la Prison civile de Kara ;
Bouraîma Naboudja, enseignant de Philosophie au CRETFP-Kara, arrêté le 25 janvier 2013 et détenu à la Prison civile de Kara ;
Alédi Tchangaï, gardien du marché de Kara, arrêté le 28 janvier 2013 et détenu à la Prison civile de Kara ;
Tchin Napo, militant de l’ANC, représentant du FRAC dans la Kozah, enlevé par la Gendarmerie à Bafilo le 20 février 2013.

Par ailleurs, des responsables et militants ont été inculpés, mais non déposés. Concernant Lomé, on compte Jean-Pierre Fabre, Président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), convoqué au Service de recherche et d’investigation (SRI) le mardi 12 mars 2013 puis présenté, le même jour, au Doyen des juges d’instruction qui l’a inculpé et mis sous contrôle judiciaire avec interdiction de sortir sans autorisation de la Commune de Lomé ;
Me Zeus Ajavon, Coordinateur du CST, inculpé et mis sous contrôle judiciaire le 26 mars 2013 ;
Me Raphaël Kpande-Adjare, Président de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), inculpé et mis sous contrôle judiciaire le même jour ;
Me Jil-Benoît Afangbedji, Président de l’association Ensemble pour les droits de l’Homme (EDH) et trésorier du CST, inculpé et mis sous contrôle judiciaire toujours ce 26 mars 2013 ;
Claude Ameganvi, Secrétaire chargé de la coordination du Parti des travailleurs, auditionné le 28 janvier 2013 et le lundi 4 novembre 2013, inculpé et mis sous contrôle judiciaire ;
Eric Dupuy, Secrétaire national à la communication de l’ANC, inculpé et mis sous contrôle judiciaire le lundi 4 novembre 2013.
Dans le lot de personnes inculpées, il y avait aussi le Directeur de Publication du quotidien Liberté, Zeus Aziadouvo, convoqué au Service de recherche et d’investigation (SRI) de la Gendarmerie nationale pour un article publié, le 18 mars 2013, sur l’affaire, inculpé et mis sous contrôle judiciaire le 21 mars 2013.

D’autres responsables et militants étaient visés par des mandats d’arrêt en vue de leur inculpation, à l’instar d’Anicet lawson-Ananissoh, militant de l’ANC ;
Sanoussi Lassissi, militant et gardien du siège de l’ANC ;
Guy Amevo, président de la Fédération ANC de l’Ogou ;
Alexandre Amorin.

Des inculpations annulées; la question des vrais commanditaires se pose

A l’occasion du 3e anniversaire de ce triste événement, des voix s’étaient élevées pour demander l’accélération du dossier qui traine depuis trois ans afin que les détenus et inculpés soient jugés. C’est notamment Amnesty International qui avait mis la pression. «Si les charges retenues contre sept personnes en détention préventive depuis trois ans sont maintenues, le Togo doit, dans les plus brefs délais, organiser un procès équitable, ou dans le cas contraire, les libérer immédiatement » ,a relevé l’Ong de défense des droits de l’Homme dans un communiqué rendu public le 13 janvier 2016. « La longue durée de ces détentions préventives semble difficilement justifiable. Les autorités compétentes doivent s’assurer que les personnes suspectées bénéficient d’un procès équitable dans les plus brefs délais », a ajouté François Patuel, son chercheur pour l’Afrique de l’Ouest, vu la situation que vivent les personnes arrêtées. Est-ce cette pression qui a eu son effet ?

Toujours est-il que ce mardi 10 mai, les inculpations de certains leaders du CST ont été annulées par le juge d’instruction, à la suite de la clôture du dossier. Parmi les personnes à bénéficier de ces annulations d’inculpations, figurent Zeus Ajavon, Me Isabelle Ameganvi, Eric Dupuy, Me Jil-Benoît Afangbedji, Me Raphaël Kpande-Adzaré. Notre Directeur de Publication, Zeus Aziadouvo en fait aussi partie. L’un des détenus dans cette affaire, du nom d’Hervé Senou, a recouvré sa liberté ce mardi. Selon les sources, d’autres inculpés devraient incessamment se voir signifier aussi l’annulation de leur inculpation. On annonce l’organisation du procès dans cette affaire des incendies sous peu, notamment aux assises.

C’est une bonne nouvelle, ces annulations d’inculpations. Mais ce rebondissement qui intervient à la fin de la clôture de l’instruction pose une problématique ; celle des vrais commanditaires de ces incendies. Il ne restait jusqu’à ce mardi, selon les décomptes, que sept (07) personnes encore détenues dans ce dossier, sur la quarantaine de militants et leaders arrêtés, déposés ou simplement inculpés. Si le juge d’instruction en vient à prononcer l’annulation des inculpations contre ces personnes citées (et devrait le faire incessamment avec d’autres), c’est dire qu’après les enquêtes et l’instruction, la justice n’a pas pu trouver de quoi étayer leur inculpation et s’est rendue compte qu’elles sont innocentes. Faut-il le rappeler, la plupart ou presque tous les leaders et/ou militants arrêtés et détenus, qui à la Gendarmerie nationale, qui à la Réserve de Cacavéli, qui même à la prison civile de Lomé…. ont déjà recouvré leur liberté. Ce qui est aussi essentiel à relever, c’est que les leaders du CST déposés à l’époque et présentés comme les commanditaires de ces incendies, ont tous été libérés, mais simplement placés sous contrôle judiciaire. Il se pose alors la question des vrais commanditaires. Ce ne sont visiblement pas les leaders du CST que l’on a toujours présentés comme tels. Les vrais donneurs d’ordre de ces incendies sont donc ailleurs. C’est ici qu’il est essentiel de rappeler les éléments apportés par le CST dans son rapport rendu public en novembre 2013, à la suite des investigations menées.

En effet, au terme des investigations qui lui ont permis de collecter, de recouper et de vérifier de nombreuses informations, le CST avait confirmé, de manière formelle, que les incendies criminels des marchés de Kara et de Lomé relèvent bien d’une machination politique orchestrée par de hautes autorités togolaises, membres du régime UNIR/RPT. Et de citer dans son rapport, avec description précise à l’appui du mode opératoire, ces gens comme instigateurs :« Mme Ingrid Nana Awade, Directrice générale des impôts (DGI) du Togo, principale instigatrice de cette machination ;
Colonel Félix Kadanga, à l’époque Chef corps de la Force d’intervention rapide (FIR), actuel Chef d’Etat-major de l’Armée de terre, exécutant en chef de cette machination ;
Lieutenant colonel Yotroféi Alex Massina, Directeur de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) ;
Raoul Kpatcha Bassayi, DG de l’entreprise de bâtiments et travaux publics CENTRO ;
Général Mohamed Atcha Titikpina, ex-Chef d’Etat major général des Forces Armées Togolaises (FAT) ;
Colonel Bawoubadi Didier Bakali, Préfet de la Kozah ;
Kogoé Sylvère Akrima, DG de la Société Aéroportuaire de Lomé Tokoin (SALT), fournisseur du kérosène qui a servi aux incendies et qui a été prélevé sur le stock de la base chasse de l’Aéroport international de Niamtougou ». Après publication de son rapport, le CST avait requis de la justice et des autorités togolaises, de commanditer une enquête internationale pour vérifier les conclusions de ses investigations. Mais rien n’a été fait jusqu’à ce jour. Il urge que la justice lève désormais le voile sur les vrais commanditaires de ces incendies.

Tino Kossi

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