De l’ombre à la lumière Pascal Bodjona bouscule les codes

De l’ombre à la lumière Pascal Bodjona bouscule les codes

Il est certainement le moins attendu dans la course des politiques pour l’administration des communes. Pascal Akoussoulèlou Bodjona, puisque c’est de lui qu’il s’agit, sans tambour ni trompette, l’ancien Ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, se laisse à nouveau découvrir dans l’arène politique togolaise où il s’est depuis forgé. En route pour le poste de maire dans la commune d’Agoè 1, ce retour inattendu de ce grand homme d’Etat bousculera sans nul doute tous les plans de ceux qui ont cru avoir anéanti un grand animal politique.

« J’entends poursuivre mon action politique dans la dignité (…) je sais que le monde tout entier attend la position du ministre Bodjona. Qu’il soit clair, comme on ne peut pas refuser à un menuisier de scier le bois, personne ne saurait arrêter le ministre Bodjona de la scène politique. Je vous dis solennellement que je serai présent, je ne serai pas absent de la scène politique togolaise…à 48 ans (2014, ndlr), je n’ai pas de rides, je n’ai pas une tête blanche et Dieu merci, je jouis d’une excellente santé, je suis donc loin de prendre de sitôt ma retraite politique ».

Ces déclarations datent de 2014 à la conférence de presse organisée par le ministre Bodjona à Lomé et devant un parterre de journalistes. Cinq (05) années plus tard, mai 2019, on en est dans la tenue d’une promesse. Aujourd’hui, âgé de 53 ans, l’ancien ministre d’Etat fait son come-back sur la scène politique togolaise, mais au moment où l’on attend le moins. Peut-être !

Lundi 27 mai 2019, date de clôture retenue par la CENI pour les dossiers de candidatures aux prochaines élections locales. Dans l’après-midi, sur les réseaux sociaux, les bruits circulaient quant à une probable candidature de Pascal Bodjona pour ces élections locales. Certes, le Togo à la grande réputation de pays où les rumeurs deviennent vite des clameurs. Qu’à cela ne tienne, il faut espérer pour mieux observer les choses. L’anticipation conduit souvent à la désinformation. L’on doit savoir jouer sur le temps.

Dans les confidences d’un responsable politique, ce dernier laissait entendre que ce ne sont que des rumeurs. Rien de concret. On l’aurait cru et penser à un scoop qu’aujourd’hui, seul, on serait le dindon de la farce. C’est-à-dire que la réalité est tout autre. Pascal Bodjona briguera bel et bien le poste de maire dans la commune d’Agoè 1. L’information de ce responsable politique, est-ce pour dissimuler sa crainte du retour de l’homme de Kouméa. Nul ne saurait le dire pour l’instant

Le « Ministre Grand Format » comme se plaisaient à l’appeler ses détracteurs aussi bien que ses fans, sera tête de liste “ENSEMBLE POUR LE TOGO” en abrégé “E-TOGO” pour les futures élections locales. Son dossier est déposé au siège de la CELI, Commission électorale locale indépendante de son ressort territorial avant minuit, le lundi donc, comme l’avait préalablement défini la CENI. Il entrera en campagne électorale après la validation du dossier par la Cour suprême. Mais, quel est l’intérêt pour ce fin stratège politique de s’engager pour les locales ?

La base pour se relancer…

« La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute, » disait Confucius. Pascal Bodjona l’a très bien compris et s’engage pour refaire les choses en grand.

Mais, beaucoup pourraient se demander pourquoi celui qui a connu les honneurs et les hauts sommets en politique, Directeur de cabinet de la présidence togolaise, ancien ministre d’Etat, Ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, ancien porte-parole du Gouvernement togolais, quasiment le 2e président togolais avant de tomber en disgrâce, s’enroule aujourd’hui pour l’administration d’une mairie. Ne demander surtout pas à Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo, député de la sixième législature de répondre à cette question. Mais pour ce qui est de l’entourage de Pascal Bodjona, non seulement les conditions ne sont pas réunies pour faire un quelconque rapprochement avec la situation du député précité, puisque ces deux situations sont diamétralement opposées, mais l’on croit plus que l’humilité précède la gloire, surtout que pour un animal politique de cette envergure, il faut plutôt dire que tout est calcul.

Rarissime sur la scène politique togolaise depuis sa sortie de prison en février 2016, suite à une rocambolesque affaire d’escroquerie internationale, montée par un sulfureux homme d’affaires Emirati Abass Youssef avec la bénédiction de quelques mesquins au Togo, Pascal Bodjona a choisi le silence comme une arme très forte.

Ces rares sorties suscitent de l’engouement, en témoigne l’effervescence générale observée en février 2018 à la descente de son véhicule lors de l’ouverture du 27e dialogue politique togolais. L’homme reste très influent, puisqu’il est d’ailleurs invité à l’ouverture de ce dialogue par le président ghanéen, l’un des facilitateurs dans la crise togolaise. Il l’avait rencontré un peu plus tôt à Accra au Ghana, avant le dialogue à Lomé. Aussi son silence fait-il réfléchir toutes les chapelles politiques au Togo, pouvoir et opposition réunis.

Aujourd’hui, tout porte à croire que la participation à ces locales, n’est que l’une des étapes pour la montée à la magistrature suprême. Posture présidentielle, l’homme a, non seulement la carrure et l’étoffe nécessaire pour y arriver.

Les locales avant les présidentielles ?

C’est plutôt sur ce terrain qu’il est attendu. Bodjona, candidat aux élections présidentielles de 2020 au Togo. Si cela arrivait, personne ne serait surpris si l’on se remémore ses excuses publiques aux Togolais pour les torts à eux causés dans la dynamique de l’alternance et du changement. Il a promis de corriger le tir.

Sur les grands tabloïds de par le monde, et les journaux locaux, il est cité comme probable candidat, vrai challenger de tout candidat du pouvoir dans la prochaine course au fauteuil présidentiel.

Ainsi, jauger l’engouement autour de sa personne et l’espace politique qu’il peut encore occuper et exploiter pour se redonner un nouveau souffle, les élections locales sont un bon tremplin pour ce fils de Kouméa qui sera, d’une part, face à ses anciens amis du parti UNIR qui redoute cette candidature dans la préfecture d’Agoè créée à dessein pour ces élections locales, d’autre part, ses amis de l’opposition qui ne cessent de se fourvoyer sur la scène politique. Ainsi, il bouscule tous les codes pour ces élections locales du 30 juin. Le pays subdivisé en 116 communes et 1527 conseillers municipaux vont être élus.

La validation de son dossier par la Cour suprême, permettra de mieux cerner les enjeux.

Sylvestre BENI

Source : La Manchette – N°064 du Mercredi 29 Mai 2019

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