Déclaration liminaire de la Coalition des 14 partis politiques de ce jeudi 02 mai 2019

Déclaration liminaire de la Coalition des 14 partis politiques de ce jeudi 02 mai 2019

Les responsables de la Coalition des 14 partis de l’opposition ont animé ce jeudi 02 mai 2019 à Lomé au siège de la CDPA.
Lire la déclaration liminaire.

Mesdames, Messieurs les journalistes,

Nous tenons à vous remercier encore une fois d’avoir bien voulu répondre aussi nombreux à notre invitation. Merci surtout pour cette nouvelle opportunité que vous nous offrez de nous adresser à travers vos médias respectifs aux Togolais de l’intérieur et de l’étranger ainsi qu’à la communauté internationale. Notre dernier rendez-vous remonte au mois de Mars de cette année. Plusieurs événements ont, depuis ce temps, jalonné la vie de la Coalition. Mais, l’essentiel du rendez-vous de ce jour portera plus sur des préoccupations liées à l’actualité et surtout à l’avenir immédiat.

L’actualité la plus récente a été la commémoration du 59 e anniversaire de l’indépendance de notre cher pays, le Togo. La veille de cette commémoration, le 26 Avril , le Chef de l’Etat a présenté devant l’Assemblée nationale monocolore issue des élections législatives unilatérales du 20 Décembre 2018, un discours sur l’état de la nation qui n’était en réalité qu’un catalogue de belles intentions et de promesses démagogiques.

L’indifférence générale qui a marqué cet événement auprès des populations togolaises témoigne du peu d’intérêt et de crédit qu’accordent désormais les Togolais aux illusions et aux châteaux en Espagne dont le régime RPT-UNIR les abreuve depuis plus d’un demi-siècle. Les Togolais n’ont sans doute pas oublié que M. Faure Gnassingbé n’en était pas à son premier exercice du genre et qu’il avait déjà tenu en 2006 devant une Assemblée nationale également monocolore, les illusions et les promesses du genre.

Il est de notre devoir, en tant que regroupement de partis politiques aspirant à gouverner ce pays, de montrer aux Togolais que l’échec incarné par le régime RPT-UNIR n’est pas une fatalité à laquelle le Togo est définitivement condamnée et qu’une autre politique génératrice de prospérité économique et sociale, de justice et d’équité, notamment en matière de répartition des richesses nationales et de respect des droits de l’homme et des libertés publiques, est possible sur la Terre de nos aïeux.

En écoutant le discours du chef de l’Etat, la grande majorité des Togolais se demande s’il connait leurs difficultés. Le tableau paradisiaque dépeint par le Chef de l’Etat se trouve sur tous les points, en total déphasage avec l’enfer de la vie quotidienne de nos concitoyens. Sur tous les points qu’il a évoqués, Faure Gnassingbé est systématiquement démenti par les faits.

En effet, le Chef de l’Etat a dit « réaffirmer sa détermination à travailler sans relâche, en faisant du dialogue permanent son meilleur allié ». Il a juste oublié de relever que depuis le début du processus de démocratisation en 1991, nous avons eu près de 27 Dialogues qui ont tous échoué soit, parce le régime qu’il incarne a toujours fait du dialogue un marché de dupes destiné à affaiblir et à humilier ses adversaires, soit parce qu’il a systématiquement refusé de respecter la parole donnée et les engagements pris ou d’appliquer les accords qu’il a signés, soit encore parce qu’il a toujours refusé tout compromis qui ne serait pas autre qu’un alignement sur ses positions.

Les travailleurs togolais qui se battent depuis de plusieurs années pour l’augmentation de leur pouvoir d’achat et l’amélioration de leurs conditions de travail, ont souvent fait eux aussi les frais de la forte propension du régime RPT-UNIR à ne pas respecter ses engagements. On peut dès lors comprendre le scepticisme de ceux d’entre eux qui attendent de juger sur les faits, les promesses du Chef de l’Etat concernant la revalorisation en 2020 de la valeur indiciaire. et de la reprise du versement de l’allocation de départ à la retraite.

Si la démagogie électoraliste pousse le régime à tenir la promesse de la reprise du versement de l’allocation de départ à la retraite en 2020, année de la prochaine élection présidentielle, la justice et l’équité commandent la mise sur pied d’un plan d’apurement en faveur des milliers de fonctionnaires partis à la retraite sans avoir bénéficié de ce droit.

Sur ce plan, l’engagement du Chef de l’Etat à faire de la justice sociale une réalité vécue par tous, à travers la redistribution effective des fruits de la croissance nationale et la dimension sociale qu’il décrète soudain comme une priorité absolue de l’action de son gouvernement, ont dû faire sourire nombre de Togolais qui n’auront retenu du mandat social de Faure Gnassingbé que les inondations, la vie chère, les hôpitaux-mouroirs, les effectifs pléthoriques dans les écoles, l’injustice sociale, le chômage endémique, la pauvreté, etc….

Après les échecs tout à fait logiques des plans précédents (DSRP, SCAPE), le Chef de l’Etat déclare qu’avec le PND, qui se révèle être plus un programme de campagne électorale sans lendemain qu’un véritable plan de développement, il a fait le pari de la confiance à l’investissement privé -national et international- pour accélérer la croissance économique du Togo.

Malheureusement tout le folklore et les plans de corruption, d’enrichissements illicites et de détournements de fonds publics orchestrés autour du PND sont en train de révéler les supercheries que cache ce programme. Nous travaillerons d’arrache-pied à éveiller la conscience patriotique des Togolais sur le fait que, dans aucun pays, il ne peut y avoir de développement économique et social sans une approche participative, et surtout sans démocratie.

A en croire le Chef de l’Etat, « le gouvernement est déterminé à poursuivre l’amélioration de la gouvernance, notamment en mettant, dans les mois qui viennent, un accent particulier sur la lutte contre la corruption ». Les Togolais sont en droit d’espérer que cette détermination soudaine du Chef de l’Etat permettra enfin de connaître la vérité sur les nombreux crimes économiques et détournements de fonds publics commis sous les trois mandats de Faure Gnassingbé, notamment, les 26 milliards de francs disparus dans le projet de construction de la route Lomé-Vogan-Anfoin, les 600 millions de francs détournés sur le financement de la CAN 2017, les 10 milliards du projet Santé BIDC, les 6 milliards disparus de la CNSS sous l’ancien Directeur Général , etc… pour ne citer que ces exemples.

Dans le même registre, Monsieur Faure Gnassingbé a annoncé un projet de loi organique qui sera soumis à l’Assemblée nationale pour déterminer les conditions de mise en œuvre de la déclaration des biens et avoirs prévue par la Constitution. Mieux vaut tard que jamais !

Dans son intervention, le Chef de l’Etat a évoqué deux sujets brûlants de l’actualité politique, à savoir, les réformes constitutionnelles et institutionnelles et les élections locales.

S’agissant des Réformes constitutionnelles et institutionnelles, il a dit avoir noté avec satisfaction que l’Assemblée nationale ait fait des réformes institutionnelles et constitutionnelles une des priorités de la première session ordinaire de l’année 2019, et a exhorté les députés « à s’élever à la hauteur de l’enjeu, en ne considérant que la cause suprême ; celle de la nation togolaise ». Monsieur Faure Gnassingbé a demandé à ses députés de rester à l’écoute du peuple et d’opérer les réformes dans la sérénité et la concertation avec toutes les composantes nationales.

La question des réformes constitutionnelles et institutionnelles empoisonne la vie nationale de notre pays depuis près de17 ans. Lors de sa rencontre du 20 Mars 2019 avec le Chef de l’Etat, la Coalition avait tenu à lui indiquer qu’il ne faut pas continuer à poser la question des réformes en termes d’antagonisme entre le régime RPT-UNIR qui aurait besoin du statu quo pour se maintenir au pouvoir et l’Opposition qui aurait besoin des réformes pour réaliser l’alternance.
Nous lui avons dit que les réformes sont nécessaires pour permettre au Togo de vivre une vie démocratique normale nécessaire à son développement économique et social. A cet effet, nous continuons de considérer que la proposition de l’Expert constitutionnaliste de la CEDEAO est un compromis minimum susceptible de répondre aux aspirations des Togolais et qui respecte la feuille de route de la CEDEAO. De notre point de vue, les réformes à adopter par l’Assemblée nationale doivent refléter fidèlement la lettre et l’esprit de la proposition de la CEDEAO pour un règlement définitif de ce grave contentieux entre le régime au pouvoir et le peuple togolais.
De ce point de vue, les consignes du Chef de l’Etat tendant à trouver un compromis différent de celui de la CEDEAO relèveraient d’une manœuvre dilatoire pour se soustraire à la réalisation des réformes.

Au sujet des prochaines élections locales, le Chef de l’Etat a dit exhorter la CENI pour sa part à prendre les dispositions idoines pour inscrire les élections locales dans un chronogramme à mettre en œuvre à brève échéance et a appelé les partis politiques à participer aux dites élections.

A l’issue des deux journées de réflexion qu’elle a tenues les 20 et 21 Février 2019, la Coalition a clairement indiqué sa volonté de participer aux prochaines élections locales et tout mettre en œuvre afin que ces élections se déroulent dans les meilleures conditions de transparence et d’équité. La Coalition s’étonne que le Chef de l’Etat ne se sente nullement préoccupé par les conditions de transparence et d’équité des prochaines élections locales. Les Conseils municipaux ne pourront exercer la plénitude de leurs prérogatives et travailler avec et au nom des populations locales que si elles jouissent d’une réelle légitimité populaire.

A ce jour, le chronogramme des taches liées à l’organisation de ces élections n’est pas encore publié officiellement. Les autorités laissent entendre que la communauté internationale fait pression sur elles afin que ces élections soient organisées à la fin du premier semestre de l’année en cours. En coulisses, les réseaux sociaux situent la tenue des élections locales au 30 juin 2019 et le démarrage de la révision des listes électorales au 16 Mai 2019.

Pour sa part, la Coalition est extrêmement préoccupée par les conditions de préparation de ces élections et craint un remake du 20 Décembre 2018. Afin que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, la Coalition entend saisir le gouvernement pour que les points minima ci-après soient effectivement pris en compte et résolus en vue d’assurer l’organisation d’élections locales transparentes et inclusives. Il s’agit de :

a) L’inclusivité des organes chargés de l’organisation et de la supervision des élections (CENI, CELI, CLC)

Au cours des discussions avec le Chef de l’Etat lors de la rencontre du 20 Mars 2019, il avait été entendu que cette question soit discutée avec le ministre de l’administration territoriale. Alors que les discussions concernant la représentation de la coalition dans les structures chargées de l’organisation des élections étaient en cours, le ministre a, dans la précipitation, imposé une solution qui n’a pas permis en définitive une représentation de la coalition.

b) La nécessité de mettre en place un démembrement de la CENI au niveau de chaque Commune

En effet, la circonscription électorale pour les élections locales étant la Commune, une structure décentralisée doit être mise en place à ce niveau pour assurer l’organisation, la supervision, la compilation, la publication des résultats et la transmission des données vers la CELI.

c) de la nécessité d’une refonte du Fichier électoral

Conformément à l’article 47 du Code électoral, « il existe une liste électorale pour chaque commune et pour chaque préfecture. La liste électorale nationale est constituée par le rassemblement des listes communales et préfectorales. »

Cette disposition du Code électoral impose un recensement communal permettant l’inscription sur la carte d’électeur, des informations indiquant la commune et la résidence de l’électeur, d’où la nécessité d’un nouveau recensement pour se conformer aux règles définies par le Code électoral.

d) De la nécessité de réadapter la gestion du Contentieux électoral par la Cour Suprême

La Cour Suprême qui a la charge de connaître des contentieux électoraux des élections locales conformément aux articles 250, 270 et 289 du Code électoral, est basée à Lomé. Afin d’avoir des réponses appropriées aux requêtes des acteurs politiques, il serait impératif soit, de rallonger les délais de traitement des recours, soit de mettre en place des structures décentralisées de la Cour Suprême au moins dans chaque préfecture.

Au regard de ces difficultés, la Coalition entend proposer au gouvernement et à la CENI, l’ouverture de discussions avec l’ensemble de la classe politique afin de trouver des solutions consensuelles susceptibles de garantir des élections locales crédibles. Ces discussions doivent aller au-delà des questions électorales pour prendre en compte les préoccupations liées aux restrictions de plus en plus récurrentes opposées par le gouvernement à l’exercice des libertés publiques individuelles et collectives.

En effet, depuis quelques temps, nous assistons à une systématisation inquiétante des violations, par le gouvernement togolais, des libertés publiques au Togo. Elles se traduisent notamment par une instrumentalisation de la loi dite Bodjona aux fins d’une réduction drastique du droit constitutionnel de manifestations. Lorsque les manifestations programmées ne sont pas tout simplement interdites, les itinéraires habituels empruntés par l’Opposition pour ses manifestations pacifiques lui sont désormais systématiquement refusés et remplacés par des itinéraires choisis par le gouvernement lui-même. On assiste de plus en plus à des actes de répressions violentes exercées par les forces de défense et de sécurité sur les manifestants et qui se soldent généralement par des morts et des blessés graves parmi les populations civiles aux mains nues, sans compter les arrestations arbitraires suivies de procès expéditifs souvent sans la présence des avocats.

Pour la Coalition des partis politiques de l’Opposition togolaise, il s’agit, ni plus, ni moins, d’une entreprise délibérée de violations des droits de l’homme et des libertés publiques, orchestrée par le gouvernement togolais aux seules fins d’empêcher la mobilisation des populations togolaises en vue de l’alternance démocratique au Togo.

La Coalition s’inquiète également de l’emprisonnement de responsables de partis politiques qui résulte également de l’instrumentalisation de la loi Bodjona. En effet suite à l’interprétation abusive de cette loi, le gouvernement a récemment mis en prison des responsables du PNP dont Monsieur Ouro Djipka Tchaitipki conseiller du Président du PNP. Il est à craindre que cet emprisonnement ne soit que le début d’une tentative de décapitation des partis politiques de l’opposition qui ne ferait que compliquer davantage la crise togolaise et représenterait un recul dans les modestes avancées enregistrées depuis le début des années 90.

Sur ce plan des reculs démocratiques, nous sommes également préoccupés par les entraves à la liberté d’aller et venir déployées par le régime pour empêcher le retour au pays de Monsieur François BOKO.

Enfin, le saccage du domicile de Monsieur Tikpi ATCHADAM, Président du PNP le 13 Avril dernier par des éléments des forces de défense et de sécurité, constitue une preuve palpable des dangers qui pèsent sur sa vie.

Nous avons tenu, pendant qu’il est encore temps, à attirer l’attention des partenaires du Togo et de la communauté internationale sur une situation dont la persistance pourrait susciter et même encourager des velléités légitimes de manifestations spontanées hors de tout cadre légal et de tout contrôle politique, ou tout autre acte de désespoir, qui ferait basculer le Togo dans une violence généralisée ou le transformer en un terreau fertile au déploiement des extrémismes dont notre pays semble encore préservé.

Convaincue que la lutte de libération est une lutte citoyenne, la Coalition lance un nouvel appel à toutes les forces démocratiques, aux organisations de la société civile et de la Diaspora afin qu’ensemble nous puissions nous retrouver pour organiser la remobilisation des populations togolaises en vue de l’alternance.

Nous devons impérativement en vue de l’alternance :

  • Reconquérir la liberté de manifester acquise de haute lutte et confisquée
  • Obtenir la libération des détenus et otages politiques qui croupissent dans les prisons.
  • Nous battre pour obtenir les meilleures conditions de transparence pour aller aux élections municipales et obtenir notre victoire à l’issue du scrutin.

Ensemble, nous sommes invincibles, mais divisés et isolés nous sommes des proies faciles aux prédateurs de la démocratie !

Fait à Lomé le 2 mai 2019
Pour la Coalition, la Coordinatrice

Brigitte Kafui ADJAMAGBO JOHNSON

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