Doing Business : Hawa Cissé Wague ou la comparaison déplacée du Togo au Rwanda

Doing Business : Hawa Cissé Wague ou la comparaison déplacée du Togo au Rwanda

Parfois il vaut mieux s’abstenir d’ « ouvrir sa bouche » lorsqu’on méconnaît certaines réalités. Ce n’est pas parce qu’on est Représentante Résidente de la Banque Mondiale qu’on doit tout se permettre et donner l’impression d’enseigner les réalités d’un pays à ses premiers habitants. Mais parfois, la promotion peut griser. Serait-ce le cas de l’actuelle Représentante Résidente de la Banque Mondiale, Hawa Cissé Wague ? Elle a commis un impair la semaine dernière en mettant le Togo et le Rwanda sur…un pied d’égalité en matière de réformes !

L’obligation de réserve est le propre d’un Représentant Résident, surtout lorsque c’est la première fois que l’occasion vous permet d’exercer à ce poste. Dans la foulée du rapport Doing Business de la Banque Mondiale, Hawa Cissé Wague a cru indispensable de procéder à une comparaison du Togo avec un autre pays dont les efforts de gouvernance sont visibles à l’œil nu. «Comme le Rwanda, le chemin que vient de tracer le Togo au cours de ces deux dernières années, fait du pays un exemple et sera désormais un cas d’école pour beaucoup de pays africains qui voudraient changer leur parcours », s’est-elle fendue. Dans la foulée, une note de la présidence togolaise a ainsi considéré le classement comme « une occasion pour notre pays de célébrer les résultats encourageants, reconnaître le mérite des acteurs impliqués et poursuivre la mobilisation pour une croissance durable et un développement inclusif ». Lorsqu’on sait les conditions « très classe » dans lesquelles elle vit depuis juillet 2018 au Togo, on peut la comprendre sans l’excuser.

Parce que le 17ème rapport Doing business a classé le Togo aux côtés de huit autres pays les « plus réformateurs » que sont l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Bahreïn, le Tadjikistan, le Pakistan, la Chine, l’Inde et le Nigeria, nous avons fureté sur la toile et les sites de ces pays, histoire de voir ceux qui, comme le Togo, fêtent et lancent le fameux rapport. Jusqu’à ce jour, on n’en a pas encore trouvé. Peut-être dans les jours à venir.

Le classement semble une surprise pour Faure Gnassingbé lui-même, puisque jeudi dernier, il rappelait qu’ « il y a deux ans, nous étions, je crois, 156ème…» avant d’avertir qu’il espère ne pas être couvert d’opprobre l’année prochaine. En présence de la Représentante Résidente.

Justement à propos du classement du Rwanda, il est bon de rappeler que ce pays était classé 56ème et 41ème mondial respectivement en 2017 et 2018. Pendant ce temps, le Togo était logé à la 154ème place en 2017 et 156ème en 2018. Puis en 2019, pendant que le Rwanda occupe le 38ème rang mondial, notre pays se classe bizarrement 97ème. Et Hawa Cisse Wague trouve que le Togo est comparable au Rwanda. Tout comme un certain Gilbert Bawara qui a comparé Faure Gnassingbé à…Lionel Messi !

Pour rappel à la Représentante Résidente, il existe une corrélation entre les rapports Doing Business et l’index de Gini qui mesure les inégalités de revenus. « Les économies où le climat des affaires est mauvais sont celles où les inégalités sont les plus fortes ». Mieux, les économies les moins régulées sont celles où le taux de chômage est le plus fort. Que dame Wague situe les Togolais sur le degré de pauvreté dans le pays.

Que se serait-il passé si la devancière que dame Wague remplacée en juillet 2018, avait porté un jugement peu valorisant sur le Togo lorsque le pays était passé de la 154ème à la 156ème place entre 2017 et 2018 ? Possible que son contrat aurait été écourté sans une autre forme de procédure. Mais habitués que nous sommes à n’accepter que des louanges, mais pas de critiques, il fallait que la Représentante fasse bonne figure.

Bientôt un nouvel indice de mesure dénommé Wague business ? Possible, si elle doit rebondir à chaque classement et procéder à une comparaison entre le Togo et les autres pays. Mais, soit dit en passant, le monde connaît le parcours du Rwanda et celui du Togo. Le premier a connu un génocide ayant occasionné des centaines de milliers de morts, mais s’en est relevé. Le second a juste subi l’arrêt de la coopération, mais a bénéficié d’un allègement de sa dette ; et pourtant, les chiffres montrent qu’il n’a pas tiré d’enseignement du passé. Parfois, il faut savoir comparer deux choses comparables !

Godson K.

Liberté – N°3038 du Lundi 4 novembre 2019

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