Farce électorale du 20 décembre : Abass Bonfoh confirme le charcutage des chiffres à la CENI

La « nomination » de certains députés fait grincer les dents à UNIR

Farce électorale du 20 décembre : Abass Bonfoh confirme le charcutage des chiffres à la CENI
Abass Bonfoh, ancien président par intérim du Togo

Le 23 décembre dernier, au journal de 20 heures sur la TVT, le professeur Kodjona Kadanga a donné en direct les résultats provisoires de la mascarade électorale tenue 72 heures auparavant. Sa lecture laborieuse de la fiche de résultats a laissé pantois plus d’un. Il n’avait aucune maitrise des chiffres et peinait à prononcer les noms des circonscriptions électorales. La seule certitude, c’est que ce folklore avait des senteurs de farce, fait d’arrangement et de rafistolages de chiffres. Selon des informations dignes de foi, les députés ont été tout simplement nommés à la suite des élections. Mais là encore, certains arrangements pour gratifier certains accompagnateurs de quelques sièges ne font pas l’unanimité.

En attendant la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle, les tractations vont bon train pour calmer certains candidats d’UNIR ou indépendants (UNIR) qui se sont vu déshérités des sièges gagnés (sic). En effet, à en croire certaines sources, plusieurs résultats envoyés par les CELI ont été charcutés au niveau de la CENI pour permettre à certains opposants qui ont voulu jouer le jeu, de s’en sortir avec quelques sièges, histoire de sauver la face. L’UFC, le NET, le MPDD, le PDP ont notamment bénéficié de cette largesse lors du partage. Seulement, comme c’est un linge sale qui est en train d’être lavé en famille entre les partenaires, les victimes de ce charcutage n’osent pas broncher. Elles préfèrent murmurer en douce. La pilule est dure à avaler. Seulement, ce silence imposé n’empêche pas certains de faire des déclarations aussi audacieuses qu’inattendues. C’est le cas de l’ancien président de l’Assemblée nationale, El Hadj Abass Bonfoh, qui ne décolère pas suite aux écarts constatés entre les résultats de la CELI de Bassar et ceux livrés par la CENI.

Pour l’ancien président par intérim du Togo, la CENI a travesti les résultats en manipulant les chiffres en faveur du Nouvel engagement togolais (NET) dans la circonscription électorale de Bassar. Il croit dur comme fer que les trois sièges en jeu dans cette circonscription devraient revenir à son parti UNIR. Il ne comprend pas par quelle alchimie l’un est revenu au parti de Gerry Taama qui, soulignons-le, a subi une bérézina sans précédent. « Je voudrais féliciter la CENI qui a conduit le processus électoral jusqu’au bout malgré des embûches diverses. Mais j’ai suivi les résultats provisoires donnés. Je pense que les résultats de Bassar ne seraient pas justes. UNIR aurait 3 sièges », a-t-il twitté le 23 décembre dernier.

El Hadj Abass Bonfoh pense que les populations de Bassar ont été lésées par ce revirement de situation. « Bassar, c’est l’une des plus vieilles unités administratives. Pour un minimum de considération, pour lui faire un habit, on devait demander son avis, lui prendre ses mesures et lui donner la possibilité de choisir la couleur de l’habit et le modèle. Pourquoi ce mariage forcé ? Un mariage forcé avec quelqu’un qu’on ne connaît pas et qui vous a jamais courtisé ni demandé votre main. Quel mépris! Votre fiancé discrètement vous pousse dans les bras inconnus de son « Rival ». Ce n’est pas rationnel. Je me refuse à cet arrangement », a-t-il fustigé avec ironie.

Contacté par la Rédaction, l’intéressé a confirmé ses affirmations. Il reste convaincu que d’ici là, la Cour constitutionnelle va corriger les irrégularités pour revenir à ce qu’il croit être justice, c’est-à-dire attribuer les trois sièges à UNIR.

Cette réaction publique d’Abass Bonfoh vient confirmer les allégations de manipulations des résultats issus de la mascarade électorale du 20 décembre dernier. Malgré la série de bourrages d’urnes par endroits, le plus haut sommet de l’Etat s’est rendu compte du fiasco retentissant, notamment sur le taux de participation qui, en réalité, était microscopique. Aussi, les soi-disant partis politiques de l’opposition qui pour des intérêts égoïstes, ont participé à cette comédie électorale, n’ont rien vu dans les urnes. Par endroits, certains se sont fait « aminer » par des bulletins nuls. Ce n’est pas Gerry Taama qui dira le contraire.

Cette situation ne s’est pas uniquement produite dans le Bassar. Par exemple dans le Yoto, Agbéyomé Kodjo a été totalement humilié avec son MPDD. Selon les résultats livrés par la CELI YOTO, les trois sièges revenaient à la liste indépendante Dunenyo, positionnée par UNIR. Selon les informations, les résultats de cette CELI ont « subi une métamorphose » avant d’atterrir à la CENI. Il s’est fait qu’un siège a été généreusement offert à Agbéyomé Kodjo après plusieurs tractations. Dans les rangs de ceux qui se disent victimes, c’est l’indignation. Mais, comme eux aussi ne sont pas blancs, personne n’ose lever le petit doigt pour en parler. Mais selon certaines sources, les choses risquent de prendre une autre tournure à tout moment. C’est aussi le cas dans l’AVE où la liste conduite par Pacôme Adjrourouvi s’est sentie lésée en voyant un de ses sièges aller au NET qui ne le méritait pas. Dans le Dankpen, le PDP, qui a présenté Innocent Kagbara, fils de Bassabi Kagbara, s’est retrouvé avec un siège alors même qu’il s’est fait devancer dans les chiffres par d’autres listes. Absurde, n’est-ce pas ? Rien ne doit étonner lorsqu’il s’agit des élections au Togo, notamment aux conditions de la dictature de Faure Gnassingbé. Ceux qui veulent sortir le nez pour protester contre ce semblant d’injustice sont menacés. C’est la loi de l’omerta.

Ces situations illustrent fort bien la pagaille électorale que notre pays a connue le 20 décembre dernier. Non seulement ces législatives n’ont suscité aucun engouement, mais en plus les partenaires sont obligés de recourir aux vieilles et viles méthodes pour se partager les sièges. Pour le moment, les tractations se poursuivent. Malheureusement, il n’y a plus la CEDEAO pour superviser cette partie aussi « démocratique » du processus. Malgré que le match soit amical, tous les coups sont manifestement permis. C’est ça UNIR !

Shalom A, Journal Liberté – N°2830 du Vendredi 27 Décembre 2018

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