Gilchrist Olympio perd le terrain et assiste stérile à l’ascendance de Fabre et Djimon Oré

UNE MORT POLITIQUE QUI FRISE LE RIDICULE
Le Géant “Détia” a complètement disparu de la vie des Togolais. Et pourtant il y a quelques années, toutes les artères du pays étaient décorées à la couleur jaune. Il suffisait que ses lieutenants d’alors devenus aujourd’hui ses adversaires politiques communiquent son arrivée au pays pour voire déversée une foule immense à perte de vue envahir les rues de Lomé. Le Grand Gilchrist Olympio, fils de son père, était dès lors devenu un mythe en qui toutes confiances étaient placées quant au renversement du régime cinquantenaire. Par dizaine et centaine, ils mettaient leur vie en danger pour protéger la sienne. Les observateurs de cette fable se demandait si ce rêve des togolais pouvait devenir une réalité avec un homme vénéré et devenu plus qu’un dieu. Une présence de Gilchrist Olympio au Togo donnait une insomnie au pouvoir de Lomé 2. Toute la hiérarchie se bousculait et n’attendait que le départ de Gilchrist Olympio pour pousser un ouf de soulagement. Aujourd’hui, la légende est tombée de ses hauteurs et est obligé de quémander une place à côté de l’autre fils à papa. La roue de l’histoire a ainsi tourné et modifié l’ossature de la famille “Détia”. Gilchrist Olympio est obligé d’assister en toute stérilité à l’ascendance de ses fils politiques : Jean-Pierre Fabre et Djimon Oré. Que devient alors ce demi-dieu jadis vénéré ?

Le début du déclin

Un vent violent souffla, emportant dans tous les sens les feuilles, les écorces et même les morceaux de bois, soulevant la poussière et vidait les rues du Togo en général et de Lomé en particulier des citoyens qui s’interrogeaient sur l’expression de ce temps qui s’imposait. Confus, ils se retirèrent des rues pour se refugier dans leur pièce et allumaient, pour ceux qui en avaient, leur poste téléviseur. Le communiqué passait en boucle et apportait ainsi une réponse à l’interrogation. Le grand Baobab qui croit au milieu de la forêt venait de tomber. “Togolaises Togolais, un malheur vient de frapper le Togo: notre président n’est plus…” fut le contenu de ce communiqué qui passait en boucle. La peur des Togolais se renforça puis qu’ils y voyaient un avenir trouble et incertain. Nous étions le 4 février 2005. A une vitesse éclaire, dans des conditions peu orthodoxes, le fils hérita de la pipe de papa, contrairement aux prescriptions de l’adage qui interdisait aux enfants de fumer la pipe de leur papa. Malgré les tintamarres médiatiques de Gilchrist Olympio que ce soit sur RFI ou sur BBC, le pouvoir est allé du père au fils, dans un bain de sang sans précédent. La détermination des Togolais fidèles au “Détia” se renforça puis qu’ils y croyaient toujours. Des rencontres se multipliaient entre les deux fils que ce soit en Italie, au Nigéria, au Burkina Faso, en Libye, en France où puis-je encore. Un travail discret de fonds se faisait entre les émissaires des deux héritiers en course que tout opposait.

Un piège désavoué

En 2010, le cours des évènements a imposé une accalmie de chimère aux Togolais qui étaient appelé à aller aux urnes dans quelques mois. Coup de tonnerre, les fidèles de “détia” apprenaient que leur mentor avait fait un accident et ne pouvait plus défendre les couleurs du parti à l’élection présidentielle. Les lieutenants d’alors de Gilchrist Olympio y avaient vu une sorte de piège et avait rapidement mis en exécution un plan B. La candidature de Jean Pierre Fabre fut déposée aux grandes dames de son patron vénéré. Ce fut alors le coup d’envoi d’un feuilleton qui avait mis un point virgule avec la naissance de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC). Le fusil du combat politique pour l’alternance changea dès lors d’épaule. Dans ce méli-mélo, le pouvoir de Faure Gnassingbé poussa une seconde racine. Les rangs furent bousculés au sein de l’UFC avec l’émergence d’une équipe de jeunes notamment Nicodème Habia, Djimon Oré et autres. La roue de l’histoire tournait toujours. Après quelques années d’expériences au sein du gouvernement Houngbo 1, Houngbo 2 et Ahoomey-zunu 1, un sage à la tête blanche donna le coup d’envoi de démission en cascade au vu du bilan d’une cohabitation contre nature liée aux intérêts politiques des signataires de l’accord RPT/UFC du 26 mai 2010. Des voix s’élevèrent au sein de la “nouvelle UFC” et demandaient une reconsidération des clauses de l’accord qui a brisé cette glace de guerre entre ces deux fils à papa, ennemis d’hier. Une demande qui prendra rapidement une allure vive qui aboutit à la création du Front des Patriotes pour la Démocratie porté par Djimon Oré, ancien vice président de l’UFC.

Une ascendance qui plonge le vieux

De Jean Pierre Fabre à Djimon Oré, la coquille vide s’est complètement vidée de ses bras valides, de ses têtes pensantes, de ses sages. Le vieux a désormais un pied d’argile sur lequel il fait semblant de se tenir, quémandant une place à côté de l’autre fils lors de grands évènements. Gilchrist Olympio connait un déclin sans pareil. Désavoué par le peuple aux élections législatives du 25 juillet 2013, l’emblématique “détia” n’existe véritablement que dans les mémoires des Togolais qui y avaient tellement cru. Les cartes politiques avaient été redistribuées, plaçant l’ANC au second rang sur l’échiquier politique Togolais, faisant de Jean Pierre Fabre, le chef de fil de l’opposition. Une douche froide pour Gilchrist Olympio qui n’avait jamais vu venir ce tournant historique. En lieu et place de la couleur jaune, l’orange pris place. Une parfaite démonstration de force qui n’a pas dit son dernier mot.

Au lendemain de l’exclusion de Djimon Oré et ses amis de l’UFC, l’on avait cru à un dernier coup de poker qui bloquait le jeu en faveur de l’heureux perdant. Très vite, les nouveaux exclus prirent leur courage à deux main et amorcèrent un parcourt qui dura plusieurs mois. La roue de l’histoire continuait à tourner. Les informations firent vite une lumière sur la santé d’un grand géant dont l’écroulement ne fit aucun bruit. Alors qu’on cheminait vers l’échéance capitale de 2015, les derniers espoirs de l’UFC signent leurs démissions et rallièrent rapidement Djimon Oré et ses amis qui ne demanderaient jamais mieux. L’occasion est alors venue pour vider le parti emblématique de toutes ses substances. Une couleur verte sort du jaune tenant un parapluie portant des étoiles rouges. Malgré des agitations de dernières minutes, rien n’a pu empêcher l’accouchement du nouveau né. Le Front des Patriotes pour la Démocratie (FPD) venait d’être porté sur les fonds baptismaux. Deux naissances inattendues en moins de cinq ans ? La maison jaune n’a plus de locataires. Seuls les oncles sont restés et gèrent les affaires courantes.

Une première bonne note du nouveau né

Avec le FPD, des réflexions ont accouché d’une proposition pertinente en laquelle certaines personnes trouvent un obstacle à leur business politique payant. Une transition politique consensuelle, si elle parvenait à être réaliser, devait permettre au Togo de fusionner toutes les énergies et les orienter vers un avenir radieux. Cette première du FPD donne une idée sur l’avenir de ce nouveau né aux pieds durs. Une longueur d’avance qui va forcément permettre au FPD de s’affirmer sur le terrain lorsqu’il aura décidé d’expérimenter le terrain électoral. Lors de l’Assemblée Constitutive du FPD, d’autres leaders politiques de l’opposition ont accordé beaucoup de crédit à cette proposition à travers laquelle Djimon Oré et ses amis sortent la tête des entrailles de l’UFC.

La mort politique de l’UFC et de son patron, Gilchrist Olympio s’est confirmée à quelques mois de la présidentielle de 2015. Même si sa présence se lie autour de la table de discussion à la Direction Générale de Togo télécom, il serait incrédule de croire en une reconstitution des pièces maitresses du “détia” voire une renaissance qui ressemblerait, si jamais elle s’opérait, à la résurrection d’un revenant. La roue de l’histoire tournant toujours, à quand une nouvelle naissance sur les cendres de l’UFC ?

Rodrigue AHEGO

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