Hôpital Saint-Pérégrin : Et le président nous posa un lapin

Hôpital Saint-Pérégrin : Et le président nous posa un lapin

On était aux premières heures des annonces du PND : Plan National de Développement. Moment rêvé pour en rajouter une couche comique, ajouter quelques partitions pour que la pièce de théâtre soit jouée jusqu’à la fin. Eurêka ! pour reprendre le physicien Archimède au moment où il aurait découvert la poussée d’Archimède. Oui, les gens ont enfin trouvé. Appelons-le : Saint-Pérégrin, Hôpital Saint-Pérégrin ! Ainsi un hôpital de référence est promis aux Togolais. Seulement, les mois passent et les nuits se succèdent, mais rien de rien ne se profile à l’horizon. Le président nous a-t-il posé un lapin ? La question vaut son pesant d’or.

Vendredi, 15 février2019. Ce jour-là, le décor était beau. Komi Sélom Klassou, le Premier ministre togolais était aussi beau, très beau dans son grand veste bleu souriant magiquement. Imité par la présidente du Parlement, le sourire de dame Yawa Djigbodi Tségan était tout aussi magnifique.

Sur le site réservé à la construction de l’Hôpital Saint-Pérégrin, il y avait plusieurs Ministres de la République Togolaise, des députes, des Directeurs des Institutions de la République, autorités politiques et administratives, chefs traditionnels…bref, tout le monde était là, tout souriant. Chacun s’est mis sur son trente et un, attendant impatiemment l’arrivée du « champion », de « l’homme simple », le N°1 Togolais, « le président fondateur », le « Bigbro », « Faurevi vodoua », « Faurevi Gankpé »…pour le rappel des sobriquets, il y en avait eu suffisamment.

Gyrophares annoncés, il est enfin arrivé. Faure Essozimna Gnassingbé est là. Veste bleu, le bleu presque dans son gène, le Patron du « Grand parti UNIR » s’est installé. Et le spectacle a commencé.

« De toute évidence, une fois réalisée, l’infrastructure sanitaire de référence qui sera l’une des plus modernes, sera une fierté nationale pour les fils du Togo. Mais pas que ça ! Elle va rendre l’accès aux soins de santé plus facile pour un grand nombre, réduire de manière sensible le taux de mortalité et de morbidité, renforcer l’équité dans l’accès aux services de soins de santé et surtout réduire les évacuations sanitaires souvent très onéreuses. Sans oublier qu’elle occasionne aussi la création d’emplois directs et indirects, » a déclaré dame Ingrid Awadé, Directrice Générale de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).

Manifestement impuissant face aux grognes répétitives des praticiens hospitaliers qui veulent de meilleures conditions de vie et de travail, le Ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le Professeur Moustafa Mijiyawa, a choisi ce moment pour se mettre en évidence. Occasion aussi de démontrer au Président de la République et au Premier ministre qu’il a bien appris ses cours après le séminaire gouvernemental de mars 2019 sur tous les contours du PND.

Il dit : « Le projet de construction de cette infrastructure s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan national de développement 2018-2022 du Togo notamment en son troisième axe. Cet axe qui projette de consolider le développement social et renforcer les mécanismes d’inclusion. L’Etat togolais tient ainsi à désengorger les hôpitaux de grande fréquentation de la capitale à savoir le CHU Sylvanus Olympio et le CHU Campus de Lomé. Il faut dire que plusieurs services du CHU SO connaissent des travaux de réfection, est-il que bien d’autres encore doivent y être crées pour répondre aux enjeux de santé publique de notre temps ».

Des autres intervenants, il fallait juste retenir que l’Hôpital Saint-Pérégrin sera un immeuble moderne de 60.000 m² de superficie avec 11.000 m² pour les installations hospitalières, 7000 m² pour un espace hôtelier moderne et une piste héliport. La capacité d’accueil sera de 10.000 hospitalisations par an et 80.000 consultations également par an. On parle aussi d’un plateau technique ultra moderne avec possibilité de télé médecine.

Le clou de la cérémonie, reste la pose de la première pierre du bâtiment par le chef de l’État togolais, Faure Essozimna Gnassingbé. Quinze (15) mois ont été retenus pour que le joyau tant vanté puisse sortir de terre, c’est-à-dire la fin des travaux de construction de l’Hôpital Saint-Pérégrin. C’est la CNSS de dame Ingrid Awadé qui pilote le projet.

Seulement, de l’annonce des travaux en février 2019 à aujourd’hui, déjà six (06) mois se sont écoulés, mais rien n’est encore fait sur le site réservé à la construction du fameux hôpital de référence dans la préfecture d’Agoè-nyivé. Outre la pierre inaugurale du chef de l’État, pas de truelles, même pas de brouettes vides ou des papiers d’emballage de ciment ne sont visibles sur le chantier.

Que des engins caterpillars s’y trouvent pour orner le milieu et rappeler, peut-être aux passants non encore informés, que c’est le lieu choisi pour accueillir le « grand » hôpital de référence. Et pourtant, lors de la cérémonie de lancement des travaux, le président de la République, Faure Essozimna Gnassingbé a été ovationné à son arrivée sur le site par une foule de gens, choisie, amassée sur le lieu et peut-être payée plus tard au billet bleu.

Cette ovation peut être expliquée par le courage du président togolais dont les pieds foulent, depuis les évènements du 19 août 2017, la préfecture d’Agoè où le Parti National Panafricain (PNP) de Tikpi Salifou Atchadam semble étendre son règne ou établir son fief de Lomé. Le grand guerrier de Tchaoudjo, Tikpi Atchadam prenant une certaine dimension dans cette préfecture, les inquiétudes deviennent grandissante au sein de UNIR. D’ailleurs, beaucoup pensent que le choix d’Agoè pour abriter cet hôpital de référence, est une manière politiquement réfléchie par les membres du régime RPT-UNIR afin de couper l’herbe sous le pied du PNP.

Qu’à cela ne tienne, le chef de l’État togolais nous a-t-il posé un lapin ? Ce qui est constant, c’est que le Forum Présidentiel de la Jeunesse annoncé tambour battant en 2017 pour 2018, n’a jamais eu lieu. La construction des fermes avicoles dans la préfecture de l’Avé, à Badja notamment, n’a jamais été réalisée depuis 2015, soit quatre (04) ans aujourd’hui après la pose de la première pierre du projet par le président Faure Gnassingbé.

« Nous devons bâtir des institutions fortes, une administration efficace et efficiente, plus proche et à la hauteur des performances recherchées. Dans le même sens, la lutte que nous avons entamée contre la corruption doit être intensifiée avec méthode et détermination, » a déclaré Faure Gnassingbé en 2016.

Trois (03) ans après cette promesse, il ne reste qu’aux Togolais de bien croiser les doigts et de prier intensément pour que le chef de l’État trouve ceux qui ont dilapidé les 25 milliards de Francs CFA destinés à la construction de la route Lomé-Vogan-Anfoin et ceux qui ont aussi fait disparaitre les 600 millions de Francs CFA de la CAN 2017.

Pour le reste, il fallait juste comprendre que les promesses du président de la République Togolaise sont des prophéties. L’on doit toujours espérer sa réalisation. Même si elles tardent, elles se réaliseront. C’est une question de foi pour les croyants. Ne dit-on pas que rien n’est tard si la vie se prolonge ? Alors, qui vivra verra

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