La CDPA-BT et la réforme du 8 mai 2019

La CDPA-BT et la réforme du 8 mai 2019

Les discours sur les locales occupent aujourd’hui tout le champ politique de l’opposition. Comme si le problème des réformes, que les partis du courant majoritaire de l’opposition n’ont pas cessé de demander depuis des lustres au régime de faire, était définitivement résolu par la “réforme du 8 mai”. Comme d’habitude, d’aucuns diront que “nous n’avons pas le choix ”; qu’il faut “prendre le peu qu’on nous donne” ; que nous avons au moins la limitation des mandats présidentiels et les élections à deux tours… La CDPA-BT n’est pas dans cette logique.

Pour la CDPA-BT, la prétendue réforme du 8 mai pose un problème bien plus grave. Par son contenu et ses conséquences dans le présent comme dans l’avenir, elle compromet dangereusement le devenir du pays. Il importe d’amener l’opinion à le comprendre. C’est pourquoi notre parti juge nécessaire de déclarer ce qui suit :

1- Le régime politique auquel le pays est soumis depuis plus d’un demi-siècle maintenant est un régime de dictature antidémocratique et tyrannique. A plusieurs reprises depuis 1967, il a clairement montré sa détermination à s’éterniser au pouvoir par tous les moyens possibles, y compris l’usage brutal de la violence d’Etat contre la population, pour briser sans ménagement toute tentative de remise en cause du pouvoir en place.

On l’a vu lors de l’insurrection populaire d’octobre 1990 ; on l’a vu aussi pendant la mascarade électorale organisée en avril 2005 pour légitimer le pouvoir de Faure Gnassingbe. On l’a vu également à bien d’autres occasions tout au long des 56 années de gestion dictatoriale du pays, le dernier en date étant la répression scandaleuse de la manifestation du PNP le 13 avril 2019 et l’emprisonnement arbitraire de ses représentants, juste pour décapiter le parti.

La « réforme du 8 mai » n’a pas changé la nature de ce régime en place depuis 56 ans. Il fallait s’y attendre au demeurant. Le régime est donc resté dictatorial. La lutte d’opposition pour le changement démocratique est toujours loin d’atteindre son objectif. La masse des opposants, qui s’est battue jusqu’à présent pour le changement démocratique, n’a donc aucune raison de baisser les bras.

2- La prétendue réforme faite le 8 mai 2019 par le régime n’a pas seulement donné à Faure Gnassingbe le droit de se présenter encore en 2020, pour un quatrième mandat présidentiel, contre la volonté populaire. Elle lui permet également de se présenter en 2020 comme s’il n’avait pas déjà fait trois mandats depuis 2005, soit 15 ans de pouvoir après les 38 ans passés à la tête du pays par son père.

Cette disposition laisse ainsi à Faure la liberté de postuler à un second mandat en 2025. Il va ainsi rester encore au pouvoir jusqu’en 2030. En plus, la réforme prévoit qu’il peut organiser un référendum en 2030 pour changer la constitution afin de se présenter pour un nouveau mandat de 5 ans, et ainsi de suite…

Par la prétendue réforme du 8 mai 2019, le régime maintien en réalité le pays dans une situation de non limitation du mandat présidentiel au profit de Faure Gnassingbe. Mais ce n’est pas tout. Le jour où il lui plaira de quitter le pouvoir, il deviendra automatiquement membre à vie du Sénat, et pourra ainsi continuer de peser sur la vie politique togolaise, tout en restant intouchable puisque le statut de sénateur à vie lui confère, de fait, l’immunité à vie.

Continuer toujours de dire dans ces conditions qu’il suffit pour l’opposition de s’organiser pour battre Faure Gnassingbe dans les urnes est un discours d’hypocrite.

3- Par ces dispositions de la “réforme”, le régime vient de créer dans ses rapports avec l’opposition une situation dangereuse pour le présent et l’avenir du pays.

Si le peuple a fini par descendre dans la rue en 1990, ce n’est pas seulement parce que le régime politique dictatorial en vigueur depuis des décennies est intolérable. C’est surtout parce que, par sa nature antidémocratique et son caractère en réalité colonial, il ne parvient pas à faire progresser le pays tant au plan économique que social.

Les politiques de développement économique et social menées depuis 1963 n’ont jamais pu améliorer durablement les conditions d’existence de la grande masse de la population. Au contraire. La dégradation des conditions de vie avait déjà pris des proportions intolérables avec l’application des politiques d’ajustement structurel à partir de 1982. Il faut reconnaître que la grande masse de la population ne vit pas mieux depuis.

C’est pour cette dernière raison surtout que la prétendue réforme du 8 mai, qui constitutionalise le maintient du régime en place, est une véritable provocation.

Après la mascarade électorale du 20 décembre 2019, le pouvoir s’est mis à parler, plus abondamment que jamais du PND (Plan national de développement), en présentant ce document comme un “sésame ouvre-toi” qui apportera désormais la prospérité pour tous les Togolais.

Ceux qui l’ignorent devraient savoir qu’on avait accompagné les trois premiers “plans quinquennaux de développement économique et social” (1965-1980), de la même propagande outrageusement tapageuse, avant de supprimer le 4 ème plan (en cours de réalisation !) sur les injonctions de la Banque mondiale et du FMI. Et on est passé tout aussi arbitrairement au “système de programmation triennale” supposé être meilleur. Le résultat : la pauvreté et la misère se sont étendues et continuent de faire des ravages terribles au sein de la grande masse de la population.

Si pendant 56 ans le régime n’a pas su définir et conduire une politique de développement susceptible de faire progresser durablement les conditions d’existence de la grande masse de la population, ce n’est certainement pas aujourd’hui qu’il va commencer à le faire. C’est pour toutes ces raisons que la “réforme du 8 mai” est dangereuse pour le présent et l’avenir du pays.

5- Face à cette situation et à ses conséquences si prévisibles sur le destin du pays, la CDPA-BT déclare :

  1. Il ne s’agit pas de se demander si la constitution issue du tripatouillage du 8 mai est bonne en soi ou non ; si elle correspond ou non a un standard international ; ou encore si tel article est bon ou pas. Il s’agit de voir si elle répond aux aspirations de la population.
  2. Le but réel visé par la “réforme” est de maintenir le plus longtemps possible le régime au pouvoir, avec Faure Gnassingbe à la tête du pays. Les dispositions d’ordre humanitaires de l’article 13, qui ouvrent le train des “réformes”, ne sont guère qu’un écran de fumée pour abuser l’opinion et faire passer la pilule. Par la “réforme du 8 mai”, le régime vient de donner une base constitutionnelle à sa détermination de rester le plus longtemps possible au pouvoir. C’est grave pour le présent et l’avenir du pays.
  3. En conséquence, la prétendue réforme est totalement contraire aux attentes de la population. Celle-ci revendique des réformes constitutionnelles et institutionnelles pour permettre l’alternance au pouvoir ; et voilà qu’on lui fabrique une “réforme” qui, dans les faits, empêche toute alternance politique possible.
    Dans ces conditions, l’abrogation de cette réforme devient un des objectifs prioritaires de la lutte d’opposition. Mais elle ne sera pas possible tant que l’opposition ne parviendra pas à s’organiser pour mettre fin au régime de dictature et instaurer un système politique démocratique dans le pays.
  4. Enfin, les incohérences de la politique menée pendant toutes ces années par le courant majoritaire de l’opposition ont sévèrement fragilisé l’opposition toute entière. Au point que celle-ci se trouve plus que jamais incapable d’imposer quoi que ce soit au régime. C’est pourquoi elle se contente de “demander” en sachant très bien que le régime ne donnera rien, de dénoncer sans jamais pouvoir aller au-delà de la dénonciation, de se limiter à des marches de protestation qui ne débouchent jamais sur quoi que ce soit… Bref, c’est cette fragilisation qui pousse l’opposition à s’installer à chaque fois dans la situation du “chien aboie, la caravane passe”.

La solution à cette fragilisation n’est pas dans la participation à plus d’élections pipées d’avance ; elle n’est pas non plus dans la multiplication de marches de protestation, ni dans plus de discours de dénonciation qui sonnent dans le vide.

Comme la CDPA-BT l’a dit à plusieurs reprises, le problème de l’opposition réside dans l’état du rapport de force régime/opposition. Le régime est fort parce que l’opposition est faible. Il importe plus que jamais pour l’opposition togolaise de se repenser avec rigueur, de se redéfinir plus clairement, tout cela dans le but d’arriver à se donner une organisation capable de l’amener à modifier le rapport des forces en sa faveur.

La CDPA-BT invite tous ceux qui partagent ces manières de voir, d’accepter d’engager des discussions sérieuses dans ce sens. C’est le destin de notre pays et des générations à venir qui est en cause.

Lomé, le 25 mai 2019

Pour la CDPA-BT
Son Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU

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