Permis de conduire pour motos : Un peu de réalisme Mon Général

Permis de conduire pour motos : Un peu de réalisme Mon Général
Général Yark Damehane

Par un arrêté ministériel, le ministre de la sécurité et de la protection civile, le général Yark Damehane impose aux motocyclistes l’obtention obligatoire d’un permis de conduire de type A au plus tard le 20 septembre 2019. Comme de coutume à la fin de chaque semestre, le ministre en charge de la sécurité et de la protection civile dresse un bilan sécuritaire portant surtout sur les accidents de circulation. Le vendredi dernier le ministre était encore devant la presse pour rendre public le bilan du premier semestre de l’année en cours.

En effet, le Togo est confronté depuis plusieurs années à la recrudescence des accidents de la route dont le nombre va crescendo. Selon ce nouveau bilan qui couvre la période de 1er janvier au 31 juillet 2019, on enregistre au total 3178 accidents de circulation. Ces accidents ont fait 4837 victimes dont 4483 blessés et 354 morts. Ces chiffres sont en hausse par rapport à ceux du dernier semestre 2018 qui faisaient 2974 accidents qui occasionnèrent 4136 blessés et 306 morts.

Abordant les conditions dans lesquelles ces accidents ont eu lieu et les causes à l’origine de ces derniers, le ministre a fait mention de l’excès de vitesse, conduite en état d’ébriété, non-respect ou absence de dispositions de sécurité, distraction au volant en raison de l’usage des téléphones portables, non-respect du code de la route.

Loin d’être exhaustif, le ministre a passé sous silence d’autres causes non des moindres qui expliquent également ces accidents. Au vu desquelles, le mauvais état de nos routes aussi bien dans la capitale qu’à l’intérieur du pays, le disfonctionnement ou même l’absence des feux tricolores à certains carrefour dans les villes, irrégularité de la présence des policiers sur les axes de pointe, absence d’un mécanisme de contrôle d’état d’ébriété, non-respect du code de la route par certains usagers qui se comportent comme autorité et surtout les courses poursuite engagées par les forces de sécurité contre les usagers.

Pour le ministre, remédier à cette situation conduit nécessairement à une prise de conscience. « Nous devons être beaucoup plus prudent sur nos routes. La meilleure répression, c’est la prise de conscience collective qui doit se traduire par un respect du code de la route », a-t-il déclaré. Une prise de conscience collective, loin de se décréter est fruit de communication et de sensibilisation progressive touchant toutes les couches de la société. C’est donc à ce défi que le gouvernement togolais doit faire face afin de pouvoir parvenir à cette prise de conscience collective.

Ensuite, le ministre a tenu à préciser que la plupart de ces accidents impliquent souvent les motos et leurs usagers pour justifier sa décision de rendre obligatoire l’obtention d’un permis de conduite de type A pour tous les motocyclistes sur toute l’étendue du territoire togolais. « Les motocycles ont jusqu’au 20 septembre 2019 pour passer et obtenir leur permis de conduire. Faute de quoi, leurs engins se feront saisir durant les contrôles routiers, et ils ne les retireront qu’après avoir présenté leur permis », a déclaré Yark Damehane.

Pour lui, cette mesure est destinée à protéger et les vies des usagers et celles de tous les citoyens. Au Togo, les motocyclistes sont à estimer à plus de deux millions. Demander à tout ce monde de passer et d’obtenir leur permis de conduire en espace d’un mois et demi est tout sauf réaliste. En réalité une telle décision devrait se précéder d’une forte sensibilisation sur le bien-fondé de cette mesure.

D’ailleurs le permis de conduire ne règle en aucun moment ce problème qui est intimement lié à un manque de prise de conscience sur nos routes. Ceux qui violent les feux tricolores en particulier et qui ne respectent pas le code de la route en général, ne le font pas par ignorance. Il y a donc nécessité de revenir sur cette décision pour sensibiliser d’abord la population et redéfinir le délai d’exécution. Faute de quoi le ministre risque en voulant régler ce problème d’en créer d’autres car certains policiers zélés seront prêts à se lancer dans des courses poursuite avec ceux qui ne seront pas en règle à partir de 20 septembre avec les dégâts qui pourront en découler.

Le Ministre de la sécurité devrait être un peu réaliste dans l’exécution de la nouvelle mesure surtout que les services de permis n’ont pas la capacité et les moyens de délivrer plus d’un million de permis pour moto en l’espace d’un mois.

Amos Dayisso (Stagiaire)

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