Présidentielle de 2020 : Portrait-robot du prochain Président, tacle glissé au pouvoir…

Présidentielle de 2020 : Portrait-robot du prochain Président, tacle glissé au pouvoir…

Mgr Nicodème Barrigah sur le scrutin du 22 février prochain

Un mandat de vérité de l’église catholique avec le nouvel archevêque de Lomé ?

Les Togolais seront appelés aux urnes le 22 février pour le compte de l’élection présidentielle. Mais de quel type de Président le Togo a-t-il besoin pour la prochaine mandature ? Le portrait-robot a été dressé par Mgr Nicodème Barrigah-Benissan, le nouvel archevêque de Lomé, lors de sa messe de prise de fonction ce samedi 11 janvier. Il a profité de l’occasion pour dire insidieusement à Faure Gnassingbé et son bataclan de la minorité pilleuse présents à cette messe, un certain nombre de vérités qui ne doivent pas plaire. Doit-on s’attendre à une église de vérité sous Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan ?

Le tacle glissé de Mgr Barrigah, portrait robot du futur Président

La politique s’est invitée à la messe de prise de fonction du nouvel archevêque de Lomé, ce samedi 11 janvier 2020, organisée dans un décor chargé de désagréments pour les usagers du grand marché de Lomé, à cause des besoins sécuritaires de Faure Gnassingbé en ces lieux…En effet, dans son homélie de circonstance, Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan y a fait une incursion, évoquant notamment l’élection présidentielle et faisant ce qu’il convient d’appeler un tacle glissé à Faure Gnassingbé et sa minorité pilleuse…

«La paix dans un pays dépend de la qualité de ceux qui le gouvernent» ; « Que celui qui, librement et en toute conscience, prend la décision de se présenter, n’oublie pas que le poste privilégié qu’il veut conquérir est essentiellement celui du serviteur du peuple. Qu’il considère ses adversaires politiques non pas comme des ennemis à abattre, mais plutôt comme des frères et sœurs ayant d’autres visions de développement pour le pays ». Que toutes «les institutions impliquées dans ce processus jouent leurs rôles en toute indépendance et avec responsabilité».

Tels étaient, entre autres, les propos du nouvel archevêque métropolitain. Transparence du processus électoral, honnêteté, justice, ce sont les idéaux auxquels il a invité les différents candidats à ce scrutin. On était manifestement à un rendez-vous de leçons, de morale aux acteurs politiques. Cette exhortation de Mgr Barrigah à tout candidat à ne pas oublier que « le poste privilégié qu’il veut conquérir est essentiellement celui du serviteur du peuple » est une sorte de portrait-robot du prochain Président de la République, du moins l’idéal qu’il faut pour le Togo, et loin d’être fortuite. Le peuple n’a pas eu ce dirigeant serviteur durant les trois mandats de Faure Gnassingbé, et c’est une lapalissade. Bien au contraire, un qui a servi une minorité vorace et s’est (sûrement) servi, a nui plutôt au peuple.

Les messages passés à cette occasion par Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan s’adressent forcément à la dizaine de candidats à ce scrutin. Mais particulièrement aux décideurs qui sont connus. Le « Prince » insatiable qui brigue un quatrième mandat au pouvoir et ses collabos doivent ressentir la chose comme un tacle glissé habile à leur endroit. Une chose est certaine, ce sont eux qui ont le contrôle du processus électoral et le conduisent à leur guise. Il n’y a pas meilleure occasion que celle-ci, avec présence des intéressés – Chef de l’Etat, ministres, responsables des institutions électorales et/ou de la République, pontes civils et militaires du pouvoir – pour dire ces franches vérités.

Un mandat de vérité de l’église catholique ?

« Mgr Barrigah est réputé pour son intelligence (…) Ce type de Président idéal, tout le monde sait qu’on ne l’a pas eu jusqu’à présent. C’est une façon très habile de le dire (…) En plus, s’il y a un candidat qui ‘’considère ses adversaires politiques comme des ennemis à abattre, pas comme des frères et sœurs ayant d’autres vision de développement pour le pays’’, c’est évidemment celui du pouvoir…Le prélat n’ignore pas que les institutions impliquées dans le processus, la CENI et la Cour constitutionnelle sont toutes aux bottes du régime et de Faure Gnassingbé, il avait des messages à faire passer », commente un observateur avisé. Peut-on entrevoir un mandat de vérité (sic) de l’église catholique sous le nouvel archevêque de Lomé ? La question ne manquerait pas de faire couler de la bile. Mais elle est légitime à plus d’un titre.

L’église n’a, certes, jamais manqué d’interpeller les acteurs politiques et les gouvernants notamment, à travers les déclarations ou messages de la conférence des évêques. Mais elle le fait généralement avec une langue de bois qui indispose et donne l’impression de caution tacite aux dérives du pouvoir en place. Ces dernières années, le clergé, sous le mandat du précédent archevêque métropolitain Dénis Amuzu-Djakpah, s’est donné une (mauvaise) image de soutien tacite du pouvoir par son silence ou plutôt le manque de dureté devant l’arbitraire et les injustices. Le rôle de défense des aspirations du peuple est incarné depuis un bon moment par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, Pierre Marie-Chanel Affognon qui préside aux destinées du mouvement des forces vives Espérances pour le Togo, pour ne citer que ceux-ci. La plupart des évêques préfèrent garder le silence, pour préserver leurs intérêts connexes…

Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan est connu pour son intelligence et sa franchise. Son engagement pour un Togo paisible est un secret de Polichinelle et il a toujours répondu aux appels de la Nation. La plus grande illustration est sans doute la conduite de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) et du processus entre 2009 et 2012 malgré le négationnisme ambiant et les bâtons à lui mis dans les roues par les éléments du pouvoir lui-même. Il est aussi fréquent dans des missions discrètes de conciliation et de médiation dans certains dossiers sensibles, même s’il ne communique pas trop autour.

Le nouvel archevêque a souhaité que les relations existant entre l’église et les pouvoirs publics « soient toujours caractérisées par une collaboration franche et juste dans la recherche du bien-être ainsi que du développement intégral de nos populations ». Au-delà de ces civilités, le commun des fidèles catholiques et Togolais aspirant à la démocratie et à l’alternance voudrait voir l’église plus incisive à l’égard de la minorité maléfique en place depuis des décennies, être vraiment la voix des sans-voix, lui dire la vérité au lieu de la câliner, au nom d’une certaine réserve et des intérêts…Il souhaiterait surtout voir le clergé togolais suivre les pas de son collègue de la République démocratique du Congo (RDC) réputé tenace contre le pouvoir de Joseph Kabila qu’il n’a jamais lâché jusqu’à son retrait…

Tino Kossi

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