Quand l’opposition Togolaise lâche la proie pour l’ombre!

Quand l'opposition Togolaise lâche la proie pour l’ombre!
coalition des 14 partis politiques de l’opposition

En attendant 2020, l’échauffement auquel se livrent les partis politiques au sein de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition est rude. Il a l’allure d’un derby espagnol entre le Barcelone football club et le Real de Madrid. Suite à l’annonce de la candidature de Jean-Pierre Fabre par l’ex député Sérévin DRAH, lors du meeting de sensibilisation tenu le 24 février dernier à Bè-Condjindji à Lomé, une certaine effervescence s’empare de l’opinion avec des militants surexcités qui s’entre-déchirent. La guerre de tranchées vient ainsi d’être lancée entre les partisans de Salifou Tikpi Acthadam et ceux de Jean-Pierre Fabre ?

A l’analyse, les déclarations de l’ancien député de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Sévérin DRAH, selon lesquelles le parti orange aurait déjà son candidat pour les présidentielles de 2020, en la personne de Jean-Pierre Fabre comme quoi on ne change pas l’équipe qui gagne devrait être un non évènement lorsqu’on sait que l’objectif premier d’un parti politique est la conquête du pouvoir. En plus ce n’est pas la première fois pour le parti d’annoncer la candidature de son leader, dans le cadre des élections présidentielles dans notre pays. Déjà candidat sous l’effigie de l’Union des Forces de Changement (UFC) en 2010, face à Faure Essozimna Gnassingbé, puis en 2015 sous les couleurs de CAP 2015, Combat pour une Alternance Politique en 2015, le leader continue d’être le champion de cette formation politique.

Annoncer la candidature de cet habitué des joutes électorales ne saurait en principe constituer un fait extraordinaire qui mobiliserait autant l’opinion et la désorienter de l’essentiel, si les enjeux de l’heure n’étaient pas la cause.

Au lendemain du 20 décembre 2018, nombreux sont ceux qui ont manifesté leur désolation face au boycott des élections, un boycott motivé par le refus du régime RPT/UNIR d’opérer les réformes pour lesquelles le peuple s’est soulevé en août 2017. Ce sentiment rejoint celui contradictoire exprimé par les populations intellectuelles des réseaux-sociaux et activistes de la toile qui avaient condamné le parti orange et ses alliés d’avoir participé à des élections présidentielles comme accompagnateur pour légitimer le troisième mandat de Faure Gnassingbé, en l’absence de toute réformes politiques. Il faut aussi rappeler que le mot d’ordre à l’époque était : “SANS REFORMES, PAS D’ELECTIONS”. En claire en 2015, CAP 2015 a été critiqué, condamné et crucifié pour avoir légitimé le troisième mandat de Faure Gnassingbé en participant aux élections sans que les réformes soient opérées. En 2018, les critiques ont porté sur le boycott des élections législatives, une décision prise par la coalition des 14 partis politiques de l’opposition sur la base du refus du régime sous la curieuse caution morale et matérielle de la CEDEAO, d’opérer les réformes.

La problématique des élections locales à l’étape d’annonce par le régime, divise donc l’opinion. Alors que certains pensent qu’il faut y aller même si les réformes ne sont pas opérées une autre classe estime qu’il faille lutter pour arracher les réformes avant la tenue de quelque élection que ce soit au Togo.
Logiquement, on peut reconnaitre qu’il n’est pas aisé d’aborder la question de participation ou non de l’opposition à des élections sans lesdites réformes censées garantir la transparence du scrutin. Il n’est pas non plus aisé de prendre part à des élections sans les réformes quand on sait que le peuple Togolais est pris en otage par un système qui s’est spécialisé dans la proclamation des résultats préfabriqués qui ne tiennent pas compte de l’expression du peuple dans les urnes. Ainsi donc, conclura-t-on que toutes les positions sont défendables voire discutables, car “s’il y a quelque chose de pire que de n’avoir pas réussi, c’est de n’avoir pas essayé”, pour citer le 32è président des Etats-Unis, Franklin Delano Roosvelt : “l’échec n’existe pas ; échouer c’est juste s’arrêter avant d’avoir gagné”.

Si l’on convient que pour avoir boycotté, parce que les réformes ne sont pas faites, on est critiqué et si participation il y a sans les réformes on est aussi critiqué, il serait souhaitable qu’avant tout acharnement, l’on soit à même d’évaluer et analyser les arguments qui justifient les différentes positions. Ce n’est que là qu’on pourra se rendre compte qu’il s’agit bien de la politique et que le reste n’est qu’une question de choix ou de vision.

Il est vrai qu’aujourd’hui, au vu de certaines réalités, il est souhaité au sein de l’opinion, l’émergence d’une certaine candidature unique de l’opposition, sans oublier sans ambages qu’il n’y en aura jamais car il y aura toujours des opposants artificiels qui se présenteront afin d’accompagner le régime dans son parcours.

Dans les conditions actuelles, doit-on avant toute vomissure, réinterroger la feuille de route de la CEDEAO, et savoir pourquoi malgré les capacités de cette organisation sous régionale avec toutes les armes dont elle dispose, n’a pu obliger le RTP/UNIR à opérer les réformes ?
Sur ce document bien que confectionné avec beaucoup de ratés, il était prévu néanmoins que les réformes constitutionnelle, institutionnelle et électorale soient opérées. De la recomposition de la Cour Constitutionnelle au renforcement de la Commission Electorale nationale Indépendante (CENI), la fameuse feuille de route de la CEDEAO a été une toiture de façade qui n’a pas empêché la mascarade électorale qui a conduit à la mise en place d’une assemblée monocolore bourrées de députés nommés (s’inspirant des déclarations de Monseigneur Philipe Fanoko Kpodzro). Ce qui veut dire que le bluff de la CEDEAO a mobilisé l’attention des Togolais de Février à décembre 2018, sans apporter un grain de réponse à quelque revendication que ce soit. Pire, la CEDEAO a amplifié la crise et remis une patate chaude entre les mains des acteurs de la coalition des 14 qui, au lieu de se ressaisir, focalisent les énergies sur des détails liés à un “cadeau empoisonné” reçu comme un coup de poignard dans le dos.

Chapitre fermé pour les élections législatives ; le régime fonce droit vers des élections locales même si elles restent incertaines et celles présidentielles ; lesquelles sont source de la bataille est engagée au sein de la coalition.

A ce jour, la question qu’il faut se poser, en abordant avec beaucoup de responsabilité 2020, est celle de savoir le comportement à adopter avec ou sans les réformes. Candidature unique ? Si oui avec qui et dans quelles conditions. Candidature multiple, si oui, toujours les mêmes questions se posent.
Le contexte étant tel, tous les acteurs ignorent complètement ce qui sera fait par le RPT/UNIR qui tient à un pouvoir à vie de son champion. D’ailleurs l’annonce de sa candidature a été faite sans que les acteurs lèvent le petit doigt pour dire NON à ce qui mérite d’être appelé forfaiture et provocation.

Une chose c’est d’annoncer la candidature du leader d’un parti, l’autre chose est de matérialiser la candidature, en évaluant les tenants et aboutissants de cette candidature, quand on sait que le dernier mot revient aux électeurs, même si ce n’est toujours pas vrai dans le contexte togolais.

Faut-il alors se battre parce qu’un Sévérin DRAH a annoncé que Jean-Pierre Fabre est le candidat naturel de l’ANC pour les présidentielles de 2020 ? Ou, faut-il plutôt aller à l’essentiel pour déjouer tout le manège d’en face en trouvant à tout prix la meilleure formule pour la concrétisation des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales qui vont acter notamment le mode de scrutin à deux tours et ouvrir le jeu des alliances.

Si l’on convient que l’essentiel utile demeure les réformes qui règlent tout, il est alors inutile cette bataille qui bat son plein au cœur d’une turpitude qui divise davantage et affaiblit l’opposition, face à son adversaire.

Rodrigue Ahégo

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