Quel médicament pour « guérir » la justice togolaise ?

« Nous n’avons pas le droit d’échouer. Nous sommes condamnés à réussir », Pius Agbétomey

Quel médicament pour « guérir » la justice togolaise ?
Pius Agbétomey

D’aucuns pourraient trouver rébarbatif le fait que cette facette de la gouvernance soit sous le feu de nos projecteurs. On excusera volontiers leur prise de position. Surtout lorsqu’ils n’ont jamais été victimes de la justice « à la togolaise ».

Beaucoup d’améliorations ont été apportées aux conditions de vie des magistrats. Le retour sur investissement devrait se ressentir dans la manière de traiter les dossiers, de juger ou de départager les parties en conflit. Mais nos juges, surtout ceux qui pensent d’abord à leurs fins de mois déjà arrondies avant de penser à solliciter la clairvoyance divine dans leur rôle de « justiciers ».

Heureusement qu’il en est encore qui savent affronter l’adversité, tenir tête à l’exécutif, malgré les pressions. Comme la présidente de la Cour d’appel de Libreville qui vient d’être suspendue de ses fonctions. Non pas pour avoir pris des largesses avec les deniers publics, ou tranché une affaire en faveur d’une partie, en contrepartie d’un « petit cadeau ». Mais Maulette Ayo Mba, présidente de cette cour, a été suspendue de ses fonctions pour avoir pris, le 12 août dernier, la décision permettant à la justice de statuer sur la demande d’examen médical d’Ali Bongo Ondimba. Qui au sein de l’appareil judiciaire au Togo actuellement pourrait oser cela ?

Pour des peccadilles, des juges ont été sévèrement sanctionnés par des affectations scélérates. Mais dans le même temps, d’autres magistrats tripatouillent tout, font du faux et usage de faux, avalisent des décisions guidées par l’intérêt. Et la hiérarchie, comme frappée de surdité-mutité, ferme les yeux. Ou alors cautionne le faux contre des intéressements. Mais personne n’ose élever la voix. Et pourtant, on clame urbi orbi la transparence.

Des cas de fraudes avérées ont été signalés et les auteurs identifiés. Bien qu’il y ait des procureurs et autres substituts dans toutes les villes du pays. On n’a jamais entendu parler d’instruction à l’encontre de ceux qui cherchent toujours à forcer sur les résultats des élections. Les législatives en ont été victimes. Les élections locales n’y ont pas échappé. La présidentielle prochaine pourra-t-elle faire exception ?

Dans un Etat digne avec des dirigeants véritables, l’interdiction de la supervision d’une consultation électorale par une association, au motif d’un financement douteux, devrait se retrouver au tribunal pour voir le ministère coupable de la mesure débouté. Car, des constats de transparence venant de la part de la société civile sont un gage d’attrait du pays à l’endroit des investisseurs.

Est-ce vraiment Faure Gnassingbé qui demande aussi que les décisions de justice soient tripatouillées ? Que des fraudes avérées ne soient pas sévèrement sanctionnées ? Que les juges qui arnaquent les populations ne soient pas poursuivis ?

Qu’il est loin, ce temps où Pius Agbetomey, alors Inspecteur général des services juridictionnels et pénitentiaires, inspirait respect et crainte. Simplement parce qu’il savait appeler un chat, un chat. Aujourd’hui, que reste-t-il de cet homme rigoureux, rigueur pour laquelle il avait été certainement retenu comme ministre de la Justice ? Lui seul peut décider du médicament à prescrire pour guérir la justice togolaise, envers et contre tous !

Godson Ketomagnan

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