Recomposition de la CENI / Gesticulations de l’UFC : Le parti de Gilchrist Olympio prend-il sa revanche sur le peuple ?

Recomposition de la CENI / Gesticulations de l’UFC : Le parti de Gilchrist Olympio prend-il sa revanche sur le peuple ?
Gilchrist Olympio

Par Tino Kossi, Journal Liberté – N°2779 du Jeudi 18 Octobre 2018

Depuis la 2e réunion du Comité de suivi de la mise en oeuvre de la feuille de route de la CEDEAO qui a décidé de la recomposition équitable de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’Union des forces de changement (UFC) anime l’actualité par une polémique stérile autour de cette problématique, au point de constituer une source de blocage à l’entrée de la Coalition de l’opposition. Ce parti n’est pas prêt à entendre raison et compte même ester en justice contre…la C14. Tout porte à croire que cette formation de l’opposant « antécambrien » est en train de prendre sa revanche sur le peuple togolais.

Vers une saisine de la justice

L’UFC anime un triste spectacle depuis la seconde réunion du Comité de suivi le 23 septembre passé. Alors qu’il a été décidé de la recomposition de la CENI et que les autres « squatters » ont consenti vider le plancher, le parti de Gilchrist Olympio, lui, tient les câbles. La formation a saisi depuis le 27 septembre le Président de l’Assemblée nationale pour lui faire part de ses intentions de ne pas retirer son représentant, l’inénarrable Jean-Claude Homawoo. Et le pouvoir s’emploie, par l’entremise de Dama Dramani, à tailler une place à son allié parmi les huit (08) représentants de la Coalition de l’opposition. Face au refus de la C14, il a créé un blocage dans la mise en oeuvre de cette décision importante du Comité de suivi et continue de façon solitaire le processus électoral. L’UFC en a même fait une affaire personnelle entre lui et la C14. Cette polémique risque de connaitre de nouveaux développements dans les prochains jours.

La formation de Gilchrist Olympio entendrait en effet ester en justice contre la Coalition de l’opposition pour son refus de l’inclure dans les rangs de ses délégués à la CENI et aussi contester la « désignation unilatérale » des représentants des partis politiques extra-parlementaires. C’est en tout cas ce qui est tramé, à en croire la Présidente du Groupe parlementaire ANC, Me Isabelle Ameganvi. « C’est l’UFC qui a menacé de nous attaquer en justice parce qu’ils ont cru devoir m’envoyer un courrier dans lequel l’UFC réclame non seulement une place au sein des partis de l’opposition parlementaire, mais soutient qu’elle a son mot à dire dans le choix des deux représentants des partis extraparlementaires de l’opposition et du représentant de la société civile », a-t-elle révélé ce mardi sur une radio de la place. Dans ledit courrier, le parti de Gilchrist Olympio a signifié joindre l’acte à la parole si sa requête n’est pas prise en compte. D’autres voix au sein du parti jaune évoquent plutôt une saisine de la Cour constitutionnelle.

Ouvrir un autre front et prolonger le blocage

Cette menace sera forcément suivie d’acte. Tout est ficelé à l’avance avec le pouvoir et le reste ne sera que simple formalité.

Faut-il le rappeler, c’est de la même façon que l’UFC a procédé à l’inauguration de la polémique le 27 septembre dernier avec l’intervention d’un de ses cadres, qui a annoncé leur intention de saisir le Président de l’Assemblée nationale pour s’entendre dire le droit (sic). La suite, on la connait.

L’enjeu caché, c’est d’ouvrir un autre front ou plutôt alimenter davantage cette polémique ouverte et occuper la Coalition de l’opposition. Cette éventuelle saisine de la justice aura pour effet de prolonger le blocage de la mise en oeuvre de la décision de recomposition de la CENI prise par le Comité de suivi. Le grand bénéficiaire de cette situation, c’est forcément le régime en place. La C14 sera tenue à distance de la CENI jusqu’au dénouement, et pendant ce temps, le pouvoir RPT/UNIR va profiter pour foncer davantage dans les préparatifs. Le temps que cette polémique ne trouve d’issue, il aura encore franchi d’autres étapes dans le processus, sachant que tout ne sera pas annulé dans l’éventualité d’une reprise partielle.

Pour un parti qui réclame à cor et à cri sa place au sein de l’opposition véritable et clame lutter toujours pour la cause du peuple, c’est assez cocasse. Dans cette polémique entretenue, l’UFC s’emploie plutôt à prolonger la souffrance des populations qui attendent une sortie de crise, et dans un avenir plus ou moins proche, l’avènement de l’alternance au pouvoir. Tout porte à croire à une revanche de ce parti sur le peuple togolais qui l’a vomi pour sa trahison de la lutte populaire et son ralliement aux bourreaux.

Quand l’UFC touche le fond

Le parti a perdu de son aura depuis fort longtemps. Mais l’on se rappelle entre-temps la sortie, en novembre 2017, de son Président Gilchrist Olympio qui avait semblé retrouver la raison, se permettant même d’appeler ouvertement Faure Gnassingbé, son allié à écouter les aspirations profondes du peuple et à ne pas se représenter à un 4e mandat en 2020. L’on croyait à une sorte de catharsis et à un nouveau départ aux côtés du peuple. Mais hélas.

La cause défendue par l’UFC est d’ailleurs assez cocasse. Si sur la base des textes portant statut de l’opposition, il pourrait prétendre être encore de ce courant politique, dans les faits, il a rejoint depuis bientôt une décennie le pouvoir avec arme et bagage. Le parti de Gilchrist a toujours accompagné, depuis l’accord bipartite du 26 mai 2010, le régime RPT/UNIR dans toutes ses décisions et initiatives, que ce soit au niveau de l’Exécutif ou de l’Assemblée nationale. « Si l’UFC a la latitude d’être dans le gouvernement, de soutenir l’action gouvernementale et d’être dans l’opposition conformément au statut de l’opposition, pourquoi pour une fois diantre, l’UFC ne demande-t-elle pas à UNIR son allié (puisqu’elle soutient son action) de lui céder une place ? La loi est dure, mais c’est la loi. Si la loi permet à l’UFC d’être dans le gouvernement, de soutenir l’action gouvernementale et d’être au même moment membre de l’opposition, ça veut dire que l’UFC peut avoir une place auprès du gouvernement qu’elle soutient et également elle peut avoir une place dans l’opposition. Ça fait 10 ans que l’UFC prend toujours une place manu militari à l’opposition et cette fois-ci, l’UFC peut aussi réclamer auprès du gouvernement une place à la CENI », a-t-elle argumenté Isabelle Améganvi.

Pendant que l’UFC ou ce qui lui reste de substance entretient cette polémique inutile, d’autres formations cherchent à avancer. C’est le cas de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS). La formation politique d’Agbeyome Kodjo sera en convention demain vendredi et samedi pour concevoir de nouvelles orientations afin de « revitaliser le parti face aux enjeux multiples qui s’ouvrent devant nous »…

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