Restriction des libertés de manifestations : Pourquoi la nouvelle loi est une bonne nouvelle…

Restriction des libertés de manifestations : Pourquoi la nouvelle loi est une bonne nouvelle...
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Loin d’être une surprise pour les Togolais avisés, la tragi-comédie qui s’est déroulée à l’Assemblée nationale le mercredi 7 août dernier, avec le charcutage de la loi N°2011-010 du 16 mars 2011 sur les conditions d’exercice et d’organisation des manifestations publiques pacifiques au Togo, rentre dans le souci du système cinquantenaire de conserver à tout prix le pouvoir. Une dictature a toujours cette prétention de restreindre toutes les libertés dont dispose le peuple souverain pour ainsi étendre ses racines et régner ad viternam, sans partage. Mais en le faisant, elle ignore qu’elle crée les germes de sa propre destruction.

Réunis donc à l’Assemblée nationale ce mercredi, les députés issus des législatives controversées du 20 décembre 2018 ont modifié la « loi Bodjona », restreignant ainsi le peu d’espace de liberté qui reste au peuple togolais. Dix (10) articles (3, 6, 9, 10, 12, 13, 17, 19, 20, 21) ont été modifiés et deux (02) autres (article 9, alinéas 1 et 2) sont ajoutés au texte. Désormais, ceux qui veulent manifester contre le pouvoir en place, selon les nouvelles dispositions, ne peuvent le faire qu’entre 11 heures et 18 heures.

« Dans le cadre des réunions ou manifestations pacifiques publiques, l’itinéraire comporte un seul point de départ, un seul tronçon de route et un seul point de chute », indique l’alinéa 1er de l’article 9. Et l’alinéa 2 de poursuivre : « Pour des raisons stratégiques, économiques et sécuritaires, les manifestations sont interdites sur certains axes et zones, notamment toutes les routes nationales, les axes et zones où se déroulent de fortes activités économiques, dans les centres urbains, les axes et zones proches des institutions de la république, les axes et zones proches des chancelleries et résidences des ambassadeurs et représentants d’organisations internationales, les axes et zones proches des camps militaires et des camps de service de sécurité » (..) Le nombre de manifestations organisées par semaine dans une ville peut être limité par l’autorité administrative compétente en fonction de la disponibilité des forces de sécurité et de l’ordre devant être affectées à l’encadrement desdites manifestations ».

Dans le cas d’espèce, la dictature a toujours des raisons pour justifier ses dérives autocratiques. Et mercredi dernier, c’est le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Payadowa Boukpessi qui était mis devant pour défendre ces modifications liberticides qui font reculer le Togo. Pour lui, ces modifications partent du souci du gouvernement d’assurer un meilleur encadrement des manifestations et la sécurité des riverains, entre autres. « Il faut signaler que les modification apportées ont été faites en tenant compte des conséquences tirées des manifestations publiques que notre pays a connues depuis le 19 août 2017. L’outil juridique que vous venez de mettre à la disposition de notre pays sera plus facile d’utilisation dans le cadre de l’exercice de la liberté de manifestation. Cela sera ainsi dans l’intérêt de tous à savoir : les manifestants et les autorités administratives compétentes », a-t-il déclaré devant les députés. L’autre argument, c’est la lutte contre le terrorisme que brandit le régime pour commettre cette forfaiture que déplorent nombre d’observateurs. « Il s’agit d’adapter cet instrument juridique (la loi du 16 mai 2011) au contexte nouveau marqué par les menaces terroristes dans la sous-région et aux portes de notre pays. L’objectif est de parvenir au meilleur encadrement des manifestations pacifiques publiques afin d’assurer la sécurité aux riverains et d’offrir surtout la sécurité aux manifestants qui manifestent, dans le cadre de la liberté de manifestation garantie par notre constitution, pour une raison ou pour une autre », a ajouté Payadowa Boukpessi.

Voilà des arguments que développe le régime cinquantenaire pour restreindre les libertés publiques au Togo. Dans tous les cas, ces tentatives de justifier l’arbitraire sont loin de convaincre le peuple togolais. En réalité, le régime de Faure Gnassingbé vacille et il saute aux yeux de tous qu’il cherche des moyens pour se protéger et rester au pouvoir le plus longtemps possible. Mais en le faisant, il réunit les germes qui peuvent contribuer à sa destruction.

Restriction des libertés, instruments de lutte du peuple

Depuis mercredi, des messages d’indignation des uns et des autres par rapport à la modification de la « loi Bodjona » font leur apparition sur les réseaux sociaux. Les gens ne comprennent pas pourquoi le peu d’espace de liberté qui reste au peuple togolais est en train d’être confisqué par le régime cinquantenaire. Cependant, il n’y a pas lieu de s’en faire pour ce qui s’est passé mercredi dernier à l’Assemblée nationale.

En réalité, le régime de Faure Gnassingbé est conscient de sa fébrilité. S’il lui arrive de voter des lois pour se protéger, c’est parce que le clan au pouvoir a peur. C’est une illusion cette protection que se donne le système. L’horizon reste obscur pour le pouvoir qui n’est pas serein. D’ailleurs, les Togolais devraient se réjouir de ces restrictions qui sont en réalité des armes que leur offre le régime. Un peuple en lutte, décidé à se débarrasser d’un système autocratique n’a pas besoin d’autorisation ou de permission pour manifester, avec des itinéraires que lui dictent ceux qu’il combat. C’est une illusion de croire qu’en restreignant les libertés publiques au Togo, le clan Gnassingbé se donne une garantie pour régner à vie sur le pays, en toute tranquillité.

L’exemple le plus palpable reste les événements du 5 octobre 1990. Personne n’a demandé au peuple togolais de se soulever. Et on connaît les dispositions prises par le régime de Gnassingbé Eyadéma pour contenir tout mouvement de contestation de son pouvoir, avec les assassinats des leaders. Mais cela n’a empêché ce qui devait arriver et qui a donné lieu à l’espace de liberté qui est en train d’être restreint aujourd’hui. L’on a vu cet exemple dans beaucoup de pays en Afrique et dans le monde où, brimé et confiné jusque dans son dernier retranchement, le peuple n’a eu d’autre solution que de s’exploser. Burkina Faso, Algérie, Soudan, etc. sont des exemples révélateurs.

Normalement, les Togolais ne devraient pas se plaindre des restrictions des espaces de liberté, comme le fait depuis quelques années le régime cinquantenaires. Il faut plutôt encourager la bande à Boukpessi à continuer dans la même voie, car c’est la meilleure pour précipiter la chute du clan qui a pris le pays en otage. Un peuple, c’est un cours d’eau en crue qui ramasse tout sur son passage. Les chars, les fusils d’assaut et autres armes de guerre ne résistent pas devant lui. Les grandes dictatures que le monde a connues peuvent en témoigner. D’ailleurs, en agissant de la sorte, le régime de Lomé redonne au peuple son pouvoir, dépossédant ainsi ceux qui pensent détenir le monopole des manifestations publiques.

Désormais, le monopole des manifestations au peuple togolais

Il est clair pour tout le monde dorénavant. Le peuple togolais n’est plus obligé d’attendre un leader politique pour descendre dans les rues et manifester contre le pouvoir en place. Ces restrictions de liberté dont se vante le régime RPT/UNIR ont le mérite d’arracher le monopole des manifestations de rue aux leaders politiques qui, finalement, se complaisent dans des carnavals dans les rues, pour le confier au peuple. Ce dernier, en colère, ne se verra plus en train d’aller dans un ministère demander l’autorisation, avant de manifester. Le pouvoir remet donc sans le savoir l’arme de la contestation au peuple.

On a toujours assisté à la comédie selon laquelle le pouvoir politique décide des itinéraires, et les leaders de l’opposition les respectent à la lettre en marchant d’un point à un autre, sans aucun incident sur le régime qu’on dit combattre. Un peuple qui veut se libérer n’a pas besoin de l’autorisation d’un dictateur. C’est une absurdité d’aller demander une autorisation de manifestation au dictateur qu’on combat. Heureusement que le régime vient de corriger cette aberration par le vote de cette loi mercredi dernier, en montrant à tout le monde qu’il est une dictature. Le peuple peut alors s’organiser conformément à cette nouvelle disposition que lui offre le régime cinquantenaire. C’est le lieu d’encourager les « extrémistes » qui sont autour de Faure Gnassingbé et qui pensent qu’il faut voter des lois pour empêcher le peuple, à continuer. Pour l’heure, ces lois leur donnent une illusion de protection qui d’ailleurs sera de courte durée.

Loin de prendre le vote de cette loi avec émotion et commencer tout de suite à jeter la pierre au régime en place, il faut plutôt le remercier et l’encourager. Tôt ou tard, le peuple togolais saura saisir l’occasion qu’on lui offre de reconquérir sa souveraineté. Ce n’est qu’une question de temps.

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