Situation sociopolitique au Togo : Ce que les évêques ont manqué de mentionner dans leur lettre

Situation sociopolitique au Togo : Ce que les évêques ont manqué de mentionner dans leur lettre

Comme on le voit dans la plupart des pays en développement, les autorités morales comme on les appelle, à savoir, les pasteurs, prêtres religieux et vaudous, évêques, imams… interviennent dans la vie sociopolitique des pays respectifs dans lesquels ils officient, pour encourager ce qui se fait de bon par les gouvernants, ou condamner les dérapages, les manquements, les cas de violation des droits de l’homme… en matière de la gouvernance de nos Etats. Au Togo, depuis plusieurs années, en dehors de Monseigneur Philippe F. Kpodzro qui a marqué le temps lors de la conférence nationale souveraine, les autorités morales sont une sorte de poltron qui encouragent ces dérapages et se refusent toute vérité sur la dictature qui prévaut et qui confisquent et compromettent dangereusement la vie quotidienne et l’épanouissement du peuple togolais. Contre toute attente, la Conférence des Evêques du Togo a brisé le silence le 26 avril dernier, à la veille de la célébration du 56ème anniversaire de l’indépendance du Togo, et publié une note dans laquelle elle a replanté le décor par rapport à son rôle joué avant, pendant et après l’indépendance, et retracé les différentes étapes de la vie socio politique, notamment la gouvernance et les différents cas de violation des droits de l’homme.

Par Marcelle Apévi

Situation sociopolitique au Togo : Ce que les évêques ont manqué de mentionner dans leur lettre

Cette note, si elle continue de susciter les félicitations de l’opinion, elle reste une fuite en avant de ces évêques qui, contrairement à leurs collègues des autres pays du continent, tel que le Bénin, la République Démocratique du Congo (RDC), le Burundi…, manquent de prendre leur responsabilité, prendre position et dire concrètement ce qui se fait de bon, ou de mauvais.

En effet, dans leur courrier, les évêques ont retracé l’histoire du Togo et rappelé le rôle que l’Eglise y a joué jusque-là, dans les différentes périodes. Avant, pendant ou après l’indépendance, l’Eglise a joué un important rôle, et déterminant surtout lors de la conférence nationale souveraine. La personne de l’Evêque Philippe Kpodzro a été une légende de cette étape de repère quant au vent de démocratisation ou encore vent de l’est.

Il devint ainsi une icône en matière de la lutte que continue de mener le peuple jusqu’alors. Depuis ce temps, et vu le sort qui lui a été réservé, les autorités morales semblent assujettis à la cadence imposée par la machine. Au même moment qu’ils prêchent la bonne nouvelle, situant chaque acteur devant ses responsabilités face aux différents maux qui minent la cité, le courrier des Evêques vient lever le voile sur ce qui a manqué dans l’action des signataires de ce brulot assez réfléchis.

Sous d’autres cieux, notamment au Bénin voisin, Monseigneur Antoine GAYE a dépassé les vaines paroles et écritures pour aller au concret, en interdisant à l’ex président de la République béninoise, Docteur Thomas Yayi Boni de tripatouiller la constitution du Bénin, à la guise d’un troisième mandat qui viendrait mettre le feu aux poudres et lancer le pays sur la piste d’un lendemain tumultueux et difficile à vivre.

En République Démocratique du Congo (RDC), Monseigneur Musengo a clairement pris position et mis en garde le président Joseph Kabila contre cette forfaiture monstrueuse qui consiste à sodomiser les fondamentaux d’un pays pour juste nourrir son appétit glouton de s’éterniser au pouvoir.

Pour ne citer que ces deux exemples. Au Togo, les Evêques préfèrent accoucher dans une salle hermétiquement fermée. N’en déplaise à ceux qui penseraient le contraire. Les Evêques du Togo se cachent toujours derrière ses pseudos notes pour exprimer ce qu’ils n’osent jamais dire haut.

De l’affaire des incendies des marchés de Kara et Lomé, à celles nommées tentatives d’atteinte à la sureté de l’Etat, escroquerie internationale, j’en passe, seuls les écrits constituent les apports de ces autorités morales qui prêchent dans l’anti chambre du pouvoir. Dans leur note, les Evêques ont eux même glissé sur cette pente en ces mots : ” Cette situation amène parfois de nombreux citoyens, chrétiens ou non, à se demander à quoi servent finalement ces lettres pastorales qui, les unes après les autres, retrouvent un paysage inchangé. Pour certains, ces lettres joueraient aux pompiers qui arrivent toujours après, toujours en retard sur les événements. D’autres estiment que dans ces lettres les Evêques se contentent de parler, de prêcher la bonne parole dans une recherche d’équilibre inoffensif qui ne produit finalement aucun effet sur les acteurs. D’autres encore pensent que la parole et l’action de l’Église ne seraient qu’une forme d’opium qui endort la conscience des peuples et empêche de lutter pour les droits. Certaines critiques vont encore plus loin en imaginant au sein de la Conférence des Evêques des tendances ou compromissions de certains membres qui bloqueraient les initiatives”. Une sorte de confession donc.

“En effet, après la grande effervescence qui a marqué ces derniers temps, le Togo semble être tombé brusquement, suite à l’élection présidentielle d’avril 2015, dans une surprenante léthargie comme si les grandes revendications et promesses de réformes n’avaient d’intérêt que pour les campagnes électorales. De fait, aujourd’hui, le contexte international des attaques terroristes et les enjeux sécuritaires semblent avoir éclipsé totalement les questions internes de justice, de réformes institutionnelles, de décentralisation, de consolidation de la démocratie, de gouvernance et de l’Etat de droit. Nous ne saurions donc faire semblant de les oublier comme si, par enchantement, toutes les questions que nous nous étions engagés à examiner après les échéances électorales avaient simplement disparu”, pour citer la note qui lève le voile ici sur le réveil de l’Eglise à jouer pleinement son rôle aux côtés des politiques, afin de contribuer au plein épanouissement des populations togolaises. Avant de parvenir à cette réalité, il convient, comme Faure Gnassingbé a eu à le dire à l’occasion de la COP 21, de se départir de ces propos et écrits qui ne servent qu’à orner les tiroirs, pour poser des actes concrets. Ici, posé un acte concret va consister à dire clairement ce que se fait de mauvais, et situer son auteur devant ses responsabilité afin que ce dernier puisse changer de comportement. C’est bien de cela qu’il s’agit. Exiger par exemple le retour à la constitution de 1992, comme ils ont eu à le mentionner dans leur document. La sodomisation de ce document qui a été plébiscité par le peuple togolais à plus de 98% est la cause principale de cette mésaventure et désinvolture politique qui plonge le Togo tout entier et ses fils et filles dans le cachot du désespoir.

Et pour ça, nul n’a besoin de déplacer toute une encyclopédie. Le “Faire pour plaire” doit disparaitre des comportements et des actions. Désormais, les togolais rêvent de voir l’Eglise prendre ses responsabilités pour amener les citoyens et citoyennes à s’asseoir autour d’une table pour parler de l’avenir du pays, mais dans une franchise nourrit de la crainte de Dieu. Ce n’est qu’en cela que ces Evêques rendraient service au peuple togolais.

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