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Thursday, December 9, 2021

Togo/ Aziz Goma : Aux souffrances physiques s’ajoutent désormais les chicaneries de ses geôliers

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Togo/ Aziz Goma : Aux souffrances physiques s’ajoutent désormais les chicaneries de ses geôliers

Inutile de rappeler ici tout l’imbroglio qui avait conduit à l’arrestation de l’Irlando-togolais Aziz Goma le 21 décembre 2018. D’autres voix ont déjà à plusieurs reprises abondamment commenté les circonstances dans lesquelles le calvaire de notre compatriote avait commencé. Il vivait tranquillement avec sa famille dans son pays d’adoption, l’Irlande, et convoyait de temps en temps des marchandises vers le port de Lomé. Et il était normal qu’Aziz Goma fût régulier au Togo pour recevoir ses biens, en faire ce qu’il en voulait avant de repartir. Qui aurait cru que ce va-et-vient régulier entre l’Irlande et le Togo de quelqu’un qui voulait se faire un peu d’argent et nourrir sa famille, allait un jour devenir la source de son malheur?

L’histoire d’Aziz Goma ne diffère pas tellement de celle de tous ces embastillés dans l’affaire dite « Tigre Révolution », inventée de toutes pièces pour arrêter des jeunes et des responsables de l’opposition et surtout du PNP (Parti National Panafricain). Les mouvements de l’opposition démocratique, surtout l’apparition du PNP avec la pertinence de ses actions, avaient contribué à créer une telle paranoïa au sein du régime de dictature, que dans l’entendement des tenants du pouvoir RPT-UNIR, tous les moyens étaient bons pour reprendre la main. D’où l’idée de mettre en branle leur stratégie de la terreur dont des centaines, voire des milliers de Togolais furent déjà victimes depuis Gnassingbé Éyadéma jusqu’à aujourd’hui. Il s’agissait pour les jusqu’au-boutistes de la minorité pilleuse de tout faire pour casser une formation politique, légalement constituée, et dont l’avènement révigora l’opposition. La chasse à l’homme était alors engagée contre les premiers responsables du PNP; et tout le monde connaît la suite parlant de ce parti politique. Il y a quelques mois le journal togolais « Le Temps » écrivait à juste titre: «il ne fait bon d’être Tem par les temps qui courent »» Une déclaration qui dit tout sur le caractère de la persécution.

Aujourd’hui, Aziz Goma, s’agissant de sa santé, n’est plus que l’ombre de lui-même. Les diverses formes de tortures corporelles subies pendant les premiers moments de son incarcération avaient dû forcément laisser des traces. Et ses tortionnaires, bien identifiés, savaient pertinemment ce qu’ils faisaient. Les nombreuses formes de torture se traduisaient, entre autres, par des passages à tabac, des simulations d’exécution, des privations de nourriture, l’interdiction de faire ses besoins naturels. D’autres traitements inhumains constitués de bastonnades sur les orteils, sur les talons et sur d’autres parties des membres inférieurs ont eu pour conséquences les nombreuses maladies rares liées aux nerfs dont souffre Aziz Goma. Après presque trois ans de détention arbitraire, le jeune homme d’à peine 52 ans est méconnaissable et est condamné à se déplacer à l’aide d’une chaise roulante. La perte progressive de l’odorat et du toucher, désignée par les médécins par symptomes sensoriels, des signes de déshydratation et d’émaciation font également partie des lots de maux dont souffre le Togolo-irlandais.

Et comme si toutes ces souffrances physiques et psychologiques ne suffisaient pas, les ordres semblent être venus d’en haut pour que l’étau soit davantage serré autour des rares espaces de liberté dont jouit encore le presque grabataire prisonnier politique. En effet, mardi, 9 novembre 2021 Aziz Goma se rend tard dans l’après-midi chez son medécin, menotté et accompagné comme toujours par des agents pénitenciers armés. Le medécin traitant avait l’habitude de refuser la présence d’un garde armé dans la salle des soins au moment de s’occuper du prisonnier malade; ce qui est son droit; car prisonnier ou pas, tout le monde a droit à un secret médical. Mais contre toute attente et contrairement à ce qui se passait, un garde pénitencier armé a insisté pour être avec Aziz Goma auprès du medécin; ce que ce dernier a fermement refusé, menaçant de ne pas le traiter si tel était le cas. Après des échanges téléphoniques avec leurs supérieurs, les gardes avaient dû renoncer à leur projet d’assister aux échanges entre le malade et son medécin.

Chaque fois que Aziz Goma se rendait chez le medécin, un de ses cousins avait l’habitude de venir le voir et prendre des photos pour la famille, surtout pour les enfants restés en Irlande. Et c’est à ce cousin qui était là ce mardi 9 novembre 2021 qu’un des geoliers ou gardes pénitenciers a révélé que des consignes leur auraient été données pour qu’un des leurs soit coûte que coûte présent au moment du traitement pour voir qui prend les photos et pour empêcher qu’elles soient prises; car leurs chefs seraient excédés par la publication sur les réseaux sociaux et dans la presse des images montrant le prisonnier Aziz Goma malade sur son lit. Le cousin avoue qu’il est l’auteur de la prise des photos de son frère pour les envoyer à qui de droit comme nous l’avons déjà mentionné plus haut. Après le traitement, le cousin remet de la nourriture apportée de la maison à Aziz Goma; les gardes pénitenciers insistent pour qu’il leur remette son contact téléphonique pour qu’au cas où la nourriture serait refusée à l’entrée du lieu de détention, qu’ils puissent le joindre pour l’avertir. Le cousin dit avoir peur et se sent sous pression, car il pourrait être désormais joint, harcelé ou même inquièté surtout à cause des photos de son frère malade qu’il avait prises. Et pour cela il n’aurait plus envie de se présenter pour porter une quelconque aide à son frère prisonnier; et Aziz Goma se dit moralement au bout du rouleau et risquerait de craquer à tout moment.

Revenant aux souffrances physiques et aux diverses maladies dont souffre Aziz Goma, le medécin traitant lui aurait déjà remis une lettre destinée au medécin-chef de son lieu de détention, et aurait déjà insisté à plusieurs reprises sur le fait que son état de santé inquiètant ne pourrait pas s’améliorer s’il continue à être détenu dans ces conditions. Malgré son état de santé défaillant que n’importe quel profane en medécine pourrait remarquer à vue d’oeil, malgré plusieurs alertes de son medécin traitant quant à la précarité de l’état de son patient, les autorités qui sont derrière son arrestation aux allures politiques, ne semblent pas être pressées pour penser à sa libération. Ni à celle de plusieurs dizaines d’autres prisonniers politiques enfermés dans des conditions inhumaines depuis au moins deux ans pour beaucoup dans cette villa exigüe dans l’enceinte de l’ancienne gendarmerie face à la BTCI.

Samari Tchadjobo
Allemagne

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