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Wednesday, May 12, 2021

Togo : Nathaniel OLYMPIO dresse le bilan de 2020

Les unes des journaux

Togo : Nathaniel OLYMPIO dresse le bilan de 2020
Gamesu Nathaniel Olympio, Président du Parti des Togolais

Cette année 2020 aura marqué l’humanité
« Tels sont les défis que les Togolais de tous bords, pouvoir et opposition, doivent relever en 2021, soit en se livrant bataille entre eux au détriment de tous, soit en œuvrant en synergie pour le bien-être commun. »

Plus que le passage à l’an 2000 ou 2001 avec la catastrophe du World Trace Center à New-York, l’année qui vient de s’écouler a la particularité d’avoir marqué la planète tout entière. 2020 restera gravée dans les esprits des générations actuelles.

A la pointe des événements marquants, il y a la pandémie de la Covid-19 qui a déstabilisé l’humanité et ébranlé les certitudes du monde, y compris celles des pays les plus puissants.

Sur le plan humain, c’est une catastrophe. Au 31 décembre 2020, on compte plus de 1,8 millions de décès dans le monde, particulièrement aux Etats-Unis, au Brésil et en Inde qui forment le morbide trio de tête en termes de nombre de décès. Les médias révèlent que certains hôpitaux dans le monde, particulièrement dans les pays développés, ont même dû procéder à des tris de malades, laissant ainsi mourir certains, faute de soin, faute de mains disponibles, faute de place… pratique inimaginable et heurtant les consciences il y a quelques mois encore. Le bouleversement est total. La toute-puissance des grandes nations qui écrivent l’histoire du monde, montre ses limites.

En Afrique plus spécifiquement, bien que plus épargnée que le reste du Monde, en plus d’avoir mis à nu l’extrême fragilité du système sanitaire des pays, cette pandémie a emporté des personnalités comme Jerry John Rawlings, Amani Toumani Touré, Pierre Nkuruziza, Pierre Buyoya, Soumaïla Cissé et bien d’autres… Au Togo, nul besoin de devoir faire un tri pour savoir quel patient mettre sous respirateur artificiel en réanimation puisque, comme pour la plupart des installations sanitaires de base dans un
hôpital, cet appareillage était quasiment inexistant !

Au-delà de la pandémie elle-même avec le désastre sanitaire que cela induit, il y a surtout ses conséquences économiques, sociales et sociétales dont la lecture dans toutes les dimensions ne se précisera pleinement que dans la durée. Depuis la seconde guerre mondiale, ni les chocs pétroliers successifs, ni les crises financières brutales n’ont eu d’effets négatifs sur l’emploi et l’économie réelle à cette échelle. De nombreuses entreprises à travers le monde – les plus grandes y compris – se sont retrouvées en position de grande fragilité financière ou ont fait faillite. Les pertes d’emplois ou de sources de revenus sont sans pareil, faisant sombrer les citoyens.

En Afrique, où l’économie repose considérablement sur l’informel, la pandémie a tiré un peu plus dans la paupérisation ses acteurs, victimes des mesures de restriction et de confinement nocturne. La faiblesse de l’accompagnement social est telle que certaines personnes opérant dans l’économie informelle ne se relèveront pas de sitôt, entrainant avec eux des familles entières.

Les comportements et les liens sociaux ont connu une métamorphose avec les mesures de distanciation sociale et de confinement. Les libertés publiques ont été particulièrement restreintes avec l’instauration de l’état d’urgence sanitaire. Le contrôle de la population qui s’est installé, semble s’établir dans la durée. L’internet qui subissait déjà des restrictions de son potentiel de liberté d’expression – accusé à tort ou à raison de dérive – a vu, avec la Covid-19, ce processus s’accélérer brusquement. « Big Brother » de George Orwell se dépouille de sa dimension fictive pour s’inscrire dans la réalité de notre quotidien. On observe une accentuation des restrictions de libertés publiques, surtout dans des pays où les Etats ont une pratique douteuse du respect des droits fondamentaux des citoyens. Ces restrictions sont parfois établies par des lois iniques, particulièrement en ce moment où le monde à l’attention retenue par la crise sanitaire. La pandémie a parfois bon dos et on cherche souvent le bon sens de certaines décisions étatiques, comme au Togo où elles interdisent des manifestations pacifiques publiques quand pourtant on juge judicieux d’autoriser des « soirées mousses » dans des boîtes de nuit. Cherchez l’erreur!

Les Etats eux-mêmes sont relativement affaiblis dans leur liberté de décision. L’interconnexion mondiale commande le partage insidieux de la réalité du pouvoir d’Etat avec de super groupes non-étatiques dotés d’importantes capacités financières et donc d’influence. S’achemine-t-on vers une sorte d’organisation mondiale informelle dont les acteurs ne seraient pas élus des peuples mais cooptés par leurs pairs, du fait de leur puissance financière ? Parallèlement, les Etats, seront-ils de plus en plus contraints à céder de fait certaines de leurs prérogatives à ce nouveau pôle de pouvoir ? Ne semblerait- il pas que nous y soyons déjà et qu’il faille en tenir désormais compte ? Ne serait-ce pas un changement fondamental dans le principe de démocratie ? La clôture des comptes sur réseaux sociaux du président américain par un groupe privé, en est-il une illustration ?

Les générations actuelles ont l’amer privilège d’assister à la profonde mutation qui s’opère sous leurs yeux dans les relations entre le citoyen, l’Etat et les suprastructures privées.

La frayeur et l’urgence générées par la pandémie aurait par ailleurs poussé les chercheurs à se surpasser et à produire des vaccins en moins d’une année, contrairement à la pratique habituelle nécessitant des années de travail ! Le plan de vaccination mis en place et lancé ici et là, suscite des réserves, voire des réticences de la part de bon nombre. Sans être obligatoire, la vaccination s’impose à tous avec des dispositions programmées tel que le passeport santé. Des expériences sont déjà en cours avec le carnet de vaccination injecté sous la peau : exit le traditionnel support papier. L’imbrication de plus en plus forte entre l’humain et la technologie est source de grandes interrogations. Même si plusieurs pays en Afrique ont intégré l’initiative COVAX qui met en place un plan d’approvisionnement de vaccins pour les pays démunis, personne ne sait pour l’heure quel vaccin sera disponible pour les africains, ni ce que cela coûtera à chaque citoyen d’être vacciné. Quand on suit la complexité de la logistique requise pour le transport et la conservation de ces vaccins, on s’interroge sur la mise en œuvre du plan vaccinal sur le continent, si tant est qu’il existe à ce jour. Pour l’heure, aucune communication n’émane des autorités quant aux questions légitimes que se posent les citoyens.

Quoi qu’il en soit, les dirigeants des peuples africains doivent s’interroger sur leurs propres capacités à prendre en charge la santé des citoyens. On ne peut s’empêcher de se demander s’ils se pencheront sur la recherche scientifique, afin de trouver les vaccins appropriés aux maux qui acculent le continent et délaissés par les grands laboratoires, le paludisme en tête. Personne ne le fera à la place des africains.
Et que dire des révoltes politico-sociales qui sévissaient avant l’arrivée de la pandémie ? Hong Kong, Inde, Thaïlande, Belarus, Ethiopie, Mali, Côte d’Ivoire, Guinée Chili, Argentine, Mexique, France… La France, grande référence de l’Afrique francophone… Avec Covid-19, exit pour l’heure les Gilets Jaunes et autres mouvements de masse du début 2020, des plus jeunes aux plus âgés. Passons alors au Brexit à rebondissements avec un Royaume Uni qui s’est lassé de la grande Europe.

2020 c’est encore les gigantesques explosions de stocks de nitrate d’ammonium à Beyrouth. Sur le continent africain on ne sait toujours pas grand-chose concernant les mêmes stockages à risque, au Sénégal ou ailleurs. Dans le triangle Burkina, Mali, Niger, la lutte contre le djihadiste et l’extrémisme violent progresse sans toutefois laisser poindre une issue prochaine. Tandis que les attentats se répètent ici et là, gardant en extrême alerte un monde bien mal en point, aux USA, l’homicide de George Floyd qui a réveillé les consciences et relancé le mouvement Black Lives Matter, semble avoir considérablement influé sur les élections présidentielle, sénatoriale et des représentants. Coup de théâtre néanmoins, avec un président battu refusant la victoire à son successeur et envoyant ses militants prendre possession du Capitole, véritable siège du pouvoir américain. Insolite ! 2020 c’est aussi plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest ayant organisé une élection présidentielle avec des fortunes diverses. Le Burkina a montré que sa jeune démocratie pose un nouveau jalon de consolidation avec une élection où le vainqueur est félicité par les autres candidats. Le Niger a montré une voie attendue dans la zone, celle où le Président de la République décide de respecter la Constitution et de ne pas forcer un troisième mandat. Un Niger qui surprend agréablement d’un autre point de vue, en procédant à un second tour d’élection, chose ultra rare dans la sous-région. Le Ghana qui avait la réputation d’être dans une démocratie affirmée depuis 20 ans traverse un épisode peu élogieux en cette année. La Guinée et la Côte d’Ivoire quant à elles ont connu des situations critiques durant un processus électoral où les présidents sortants ont changé la Constitution pour postuler à un troisième mandat proscrit par la loi fondamentale. En ce qui concerne le Togo, le chef de l’Etat sortant qui avait déjà forcé un troisième mandat en 2015, a modifié la Constitution pour s’arroger un quatrième mandat. Les fraudes électorales ont été dénoncées par les partis d’opposition qui y ont participé. Le candidat de la Dynamique Monseigneur Kpodzro, Agbéyomé Kodjo, qu’une grande majorité des électeurs considère comme le vainqueur de cette élection est poursuivi par la justice, mis en examen et contraint à l’exil alors que des membres de son équipe sont jetés en prison. Des journalistes qui publient les travers du régime sont poursuivis, arrêtés et condamnés pour certains, afin de les contraindre au silence. Cela crée dans l’opinion l’idée que la justice est un instrument de règlement de compte politique au grand désarroi de magistrats offusqués par les dérives de certains de leurs confrères.

Au Togo, c’est aussi la disparition de plusieurs acteurs politiques de premier plan, notamment Edem Kodjo, Yaovi Agboyibo, Fambaré Natchaba, André Johnson, Seyi Mémène. Ces anciens sont partis en laissant un pays toujours aussi divisé où la perspective de nouvelles turbulences politiques ne semble guère écartée. Le Togo reste plongé dans une profonde crispation politique et sociale.

Jusqu’à présent parfaitement désintéressé par l’état de droit, la paix sociale et la démocratie, le régime togolais doit se réveiller et prendre en urgence des dispositions idoines pour relancer la mécanique démocratique enrayée depuis le coup de force militaire de décembre 1991 contre le siège de la primature pendant la transition.

De son côté, l’opposition politique a pour challenge de changer la nature de sa lutte pour que le peuple finisse par jouir de résultats qui lui procurent un mieux-être dans un vivre-ensemble harmonieux. Il est temps que le Togo devienne un Etat de droit.

Tels sont les défis que les Togolais de tous bords, pouvoir et opposition, doivent relever en 2021, soit en se livrant bataille entre eux au détriment de tous, soit en œuvrant en synergie pour le bien-être commun.

L’espérance étant permise et la lutte indispensable, que 2021 soit une année prospère et heureuse, offrant paix et santé aux Togolaises et aux Togolais de bonne volonté, unis pour transformer le Togo

Gamesu Nathaniel Olympio
Président du Parti des Togolais
15 janvier 2021

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